Les caractères des champagnes ondulées sarthoises

Un paysage marqué par les ondulations des vallons et buttes calcaires

La frange ouest du bassin parisien marquée par une série de cuestas et buttes témoins


Terminant les formations géologiques du bassin parisien, les paysages des champagnes sarthoises se caractérisent par des ondulations marquées et des buttes très lisibles sur l’horizon. Les reliefs les plus élevés sont localisés entre la vallée de la Sarthe et la champagne de Conlie. Ils coïncident avec des buttes-témoins plus ou moins isolées (cénomaniennes), moins érodées du fait de leur couche de grès ferrugineux appelés localement roussard : La Crochère (148 m), forêt de Mézières-sous-Lavardin (167 m), collines de Lavardin (176 m).
Ces points culminants sont associés à la cuesta qui domine la Champagne de Conlie. Ce plateau calcaire supporte localement de petites buttes-témoins boisées aux environs de Neuvillalais et Vernie. Sur cette rive droite de la Sarthe, les cours du ruisseau le Lombron et de la Longève, au Nord, recoupent la cuesta callovienne au nord.
Un relief globalement ondulé avec des vallées marquées Cette cuesta et les plateaux calcaires qui terminent à l’ouest le bassin parisien se traduisent par des buttes marquées et des ondulations amples dans le relief. Ces effets sont particulièrement amplifiés sur le secteur sud de l’unité paysagère par des vallées marquées et plus encaissées (souvent espacées compte tenu de la porosité du socle calcaire). Ces dernières suivent les directions de failles du socle armoricain soit nord/sud soit nord-est/sud-ouest. C’est le cas notamment de la Vallée de la Vègre (qui suit les deux directions et fait un coude au niveau de Brulon qui domine un ancien méandre de la rivière), des vallées nord/sud de la Gée, du Renon et de l’Orne Champenoise. Au sud-est de la cuesta de Mézières les ruisseaux de Vray et de l’Antonnière ont des vallées plus encaissées, d’une cinquantaine de mètres, dans le plateau de Lavardin. Cette diversité des vallées amplifie le jeu des ondulations et donc de dynamiques de perceptions visuelles du paysage avec des jeux de covisibilités, de belvédères et promontoires, de vues cadrées dans les vallées…

Une occupation agricole et des boisements qui créent des contrastes dans le paysage

Des plateaux et buttes calcaires ouverts sur de grandes cultures


Sur les terrains des plateaux et des versants doux de buttes, les terres de groies plus riches sont propices aux cultures. Le paysage s’ouvre sur une large mosaïque de couleurs en été et de labours en hiver. Les bruns, ocres et jaunes dominent la palette végétale et sont accompagnés des verts tendres de pousses de printemps, des blés d’hiver, ou des petites prairies qui s’immiscent dans ce patchwork cultivé. Ces larges panoramas ouverts par les grandes cultures sont animés par la présence d’éléments végétaux qui ponctuent le paysage et donnent de la profondeur aux perspectives. On retrouve ainsi des arbres isolés, des petits vergers souvent à l’appui des chemins ou des fermes, des petits bosquets et des alignements correspondant à d’anciennes haies où le chêne domine.
Des vallons bocagers soulignés de lignes de peupliers
Dans les vallons, les ambiances sont beaucoup plus intimistes. Les fonds inondables sont quadrillés de petites prairies humides souvent partiellement encloses par des haies bocagères aux textures et couleurs caractéristiques des arbres de milieux humides (saules, frênes, aulnes et chênes). En été, le contraste est souvent saisissant entre la fraicheur des ambiances de vallons et la chaleur des plateaux.
Cette trame végétale accompagne la ripisylve qui dessine les méandres de la rivière et remonte souvent sur les coteaux structurant ainsi la pente. Le paysage rural se complexifie dans les vallées révélant la diversité des modes de faire-valoir de la polyculture élevage. Les terrains plus pentus, inondables ou trop humides, moins facilement labourables, sont ainsi voués à l’élevage et alternent avec les parcelles de cultures sur les terrasses alluviales plus riches et les versants plus doux de coteaux. A l’approche des bourgs ou des fermes ces prairies sont souvent plantées de petits vergers qui ajoutent à la richesse de ces trames végétales.
Autrefois, les terrains alluviaux du fond de vallée étaient cultivés de chanvre comme en témoignent les nombreux fours à chanvre qui accompagnent encore le bâti traditionnel.
Les bords de rivières sont également très souvent accompagnés de lignes de peupliers ou de petites peupleraies qui dessinent des rideaux végétaux plus ou moins transparents. Depuis les plateaux, ils signalent l’axe des vallées et marquent un second plan qui fait souvent ressortir les lignes courbes des reliefs.
Des boisements sur les crêtes ou les versants nord des coteaux

Sur les collines sableuses cénomaniennes et les versants marneux calloviens les sols sont beaucoup plus pauvres. Ils ont été boisés : on retrouve ainsi la forêt de Mézières et le bois de la Bazoge qui referment le paysage au nord de l’unité. Plus au sud ce sont de petits boisements qui occupent le plus souvent les coteaux et versants de buttes : la perception du paysage est ainsi plus boisée lorsqu’on le regarde du nord vers le sud que du sud vers le nord.


Une implantation du bâti étagée sur les coteaux, conditionnée par l’eau

Des teintes chaudes du bâti identitaire liées au roussard


Les couches de grès ferrugineux du cénomanien appelé localement roussard (cf. pour en savoir plus sur le roussard), si elles sont responsables de la formation des buttes témoins et de la cuesta, sont aussi à l’origine du matériau de construction privilégié du « Maine roux ». Les grès rougeâtres sombres, les calcaires jaunis, les sables ferrugineux des enduits et les tuiles plates brunes composent dans l’architecture une palette aux couleurs chaudes tout à fait caractéristique jouant sur les nuances allant de l’oranger au brun en passant par des bordeaux et ocres.
Des bourgs étagés sur les coteaux qui s’appuient sur les vallons
Les bourgs sont principalement implantés à l’appui des vallées avec un accès souvent direct à l’eau. Ils s’étirent le long des rivières et sur les coteaux exposés au sud sur des lignes parallèles aux courbes de niveaux. Le long de la rivière, on retrouve en interface avec le bourg un riche patrimoine de moulins, biefs, ponts, chaussées et lavoirs qui interrompent souvent le ruban jardiné des potagers qui bordent l’eau.
Ces bourgs étagés sont particulièrement lisibles depuis les points de vue du sud vers le nord et offrent également des effets de belvédères intéressants sur les vallées. Ils contribuent à donner une image de campagne pittoresque à ces vallées et les clochers pointent en repère discret sur le plateau pour signaler la présence des bourgs.
Un bâti rural qui s’organise en villages autour des points d’eau Source : CAUE de la Sarthe. Architectures rurales en Sarthe, Champagne mancelle. 1991. « La rareté des points d’eau a entrainé une organisation de l’habitat tranchant avec le reste du département. Les bâtiments agricoles sont regroupés en villages. Une grosse ferme constituant parfois à elle seule le hameau. Autre particularité, si le bordage reste généralement de petite dimension, les bâtiments d’habitation des grandes exploitations sont fréquemment dotés d’un élevage habitable. Cependant, dans ce pays de tradition d’élevage, c’est au bétail que sont réservées les plus vastes constructions. Sous un même toit, peuvent être réunis plusieurs étables et l’écurie. (…) Dans ce pays verdoyant, les couvertures sont de tuiles plates, tuiles de Domfront ou de Saint-Symphorien tout proche. L’ardoise y est parfois associée, provenant de Parennes. »
Cette riche terre d’élevage et de cultures est également marquée par un important patrimoine de châteaux et de logis Renaissance. Implantés dans la partie haute des vallées, ils se distinguent souvent très partiellement dans la trame bocagère ou de boisements qui les encadrent.
Ces châteaux s’adossent parfois au bourg ajoutant à son caractère patrimonial et singularisant sa silhouette dans le lointain.
Un bâti d’exploitation qui traduit le dynamisme agricole

Véritable grenier à grain de l’ouest sarthois, les champagnes ondulées Sarthoises et de Conlie se situent au cœur de la région d’élevage des poulets de Loué. Cette tradition volaillère ancienne du Maine s’est développée autour de l’image de marque de Loué avec une labellisation qui produit aussi des effets sur le paysage. La mise en place d’un cahier des charges scrupuleux pour l’élevage de ces volailles labellisées se traduit directement dans le paysage par le développement sur quasiment chaque siège d’exploitation de bâtiments d’élevage conçus et aménagés sur un modèle commun. Les bâtiments sont ouverts sur un espace extérieur d’au moins 2m² par animal appelé parcours. Ces derniers sont composés de prairies, de haies et d’arbres, abris naturels recherchés par les volailles craignant le soleil de l’été et les pluies de l’automne. Basé sur un principe d’autosuffisance (production de grain et paille pour les volailles) ces exploitations constituent un motif paysager identitaire de la plaine de Conlie (et plus largement de la Champagne et du Maine sarthois).


Un territoire de passage avec des infrastructures marquantes


Cette unité paysagère est très fortement marquée par le passage de nombreuses infrastructures majeures :
  • Autoroutes A11, A81 et A28
  • Lignes électriques haute tension
  • Ligne ferroviaire à grande vitesse (LGV) et ligne ferroviaire classique

Si ces éléments sont plus particulièrement développés dans la partie dynamique des paysages, ils n’en constituent pas moins des éléments de caractères paysagers forts pour l’unité en induisant des ruptures visuelles mais aussi physiques dans l’appréhension du territoire. Ils constituent par ailleurs des modes de perception « à grande vitesse » des paysages de champagne dont on ne perçoit que les lignes essentielles.


Pour aller plus loin sur le patrimoine culturel et naturel

Patrimoine culturel :

Patrimoine naturel :

Sources bibliographiques

  • CAUE de la Sarthe. Architectures rurales en Sarthe, Champagne mancelle. 1991.
  • J. DUFOUR. Dossier de presse de l’exposition photographique « Terres de roussard ». 2004.
  • CERESA. Atlas des paysages de la Sarthe. Conseil Général de la Sarthe, DDE de la Sarthe, DIREN Pays de la Loire, 2005.
  • JUIGNET P., LEBERT A., LE GALL J., MARY G. Notice de la carte géologique au 1/50000ème de Beaumont-sur-Sarthe (322). BRGM, Orléans, 1988.
  • J.-P. CLÉMENT, J. CHANTRAINE, J.-C. LIMASSET. Notice de la carte géologique au 1/50000ème de Loué. BRGM, Orléans, 1987.

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