Les perceptions sociales des paysages

La convention européenne du paysage à Florence, en 2000, a défini le paysage ainsi "le paysage désigne une partie du territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l’action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations". Analyser les perceptions sociales des paysages dans le cadre de la réalisation d’un Atlas régional des paysages revient à s’interroger sur le paysage objet, sur le paysage en tant que représentation mentale et sur le paysage en tant que produit des interactions entre un individu, un groupe, une société et son environnement.
"Le plus simple et le plus banal des paysages est à la fois social et naturel, subjectif et objectif, spatial et temporel, production matérielle et culturelle, réel et symbolique" selon G. BERTRAND.
La perception du paysage du cadre de vie est la résultante d’un processus complexe dont la dimension subjective de la relation qu’entretient un individu avec le paysage permet de comprendre ce qui fait sens pour lui.


L’ensemble du texte présenté dans ce volet des perceptions sociales des paysages est une synthèse rédigée par la DREAL à partir du travail réalisé par Sylvie ROUX, sociologue à Emanence, dans le cadre de la démarche mise en œuvre spécifiquement pour l’atlas de paysages des Pays-de-la-Loire

Analyse des perceptions des paysages de la région par enquête postale et numérique

Résultats du questionnaire sur les paysages, le carnet des acteurs : approche quantitative
Une enquête destinée à consulter les acteurs des cinq départements (élus, professionnels et représentants associatifs) sur les perceptions des grands paysages à l’échelle régionale a été menée en octobre 2013 afin de répondre aux questions suivantes :
- Quels sont les paysages jugés de qualité ?
- Quels sont les critères qui qualifient ces paysages ?
- Quelles sont les caractéristiques des paysages les moins appréciés ?
- Quels sont les facteurs majeurs d’évolution des paysages ?

Pour en savoir plus sur la démarche sociologique de l’enquête par questionnaire

Téléchargez le carnet des acteurs

Le traitement des questionnaires et leur analyse ont été confiés aux étudiants du Master 2 « Paysages urbains stratégies et médiations » co-habilité par l’Université d’Angers et Agrocampus ouest d’Angers. Les résultats obtenus ont été présentés lors du séminaire « Paysages, tous acteurs » le 10 janvier 2014, à Angers.
Le questionnaire a été diffusé par courrier postal et numérique auprès de 613 acteurs du paysage intervenant aux échelles régionales, départementale et locale. 141 questionnaires ont pu être exploités.
Le profil des participants :

  • 53 % sont des techniciens du secteur public ;
  • 14 % sont des représentants associatifs ;
  • 12 % sont des techniciens du secteur privé (acteurs de Sociétés d’Économie mixte, d’agences d’urbanisme ou d’architecture) ou des enseignants chercheurs de l’enseignement supérieur ;
  • 3% sont des élus ;
  • 18% n’ont pas précisé leur statut.

Les informations collectées donnent un aperçu des représentations sur les grands paysages en Pays de la Loire. Elles nous aident à comprendre les choix des acteurs dont la mission est de sensibiliser le public aux enjeux de paysage, de former de futurs professionnels, de préserver, d’aménager ou de gérer les paysages d’un territoire.

Les paysages les plus appréciés

Question 1 : A partir de la carte ci-jointe, pouvez-vous citer et localiser au maximum cinq paysages que vous jugez de qualité dans la région des Pays de la Loire?
Les réponses ont été cartographiées ci-dessous.


Les paysages d’eau sont les plus appréciés
59 % des paysages les plus cités sont des paysages d’eau. La Loire et le Val de Loire, les Marais de Brière, de Guérande, les marais Poitevin et Breton, le littoral atlantique dont l’Ile de Noirmoutier et l’Ile d’Yeu, les paysages liés au réseau hydrographique de la région comme les Basses vallées angevines, les vallées de l’Erdre, du Loir et de la Sèvre ou encore le Lac de Grand-Lieu sont les paysages les plus appréciés. Ce sont des paysages emblématiques de la région que ce soit pour le Val de Loire ou les zones humides. Une grande partie des paysages cités fait l’objet de mesures de protection.

Les critères de qualité attribués aux paysages cités

Question 2 : Dîtes en quoi ce sont pour vous des paysages de qualité.


Les composantes naturelles du lieu (faune, flore, richesse de la biodiversité), les activités humaines, la dimension patrimoniale et identitaire comme la culture du sel à Guérande et la culture du roseau dans le marais de Brière, l’architecture et la qualité du bâti pour le Val de Loire, l’émotion que ressent celui qui regarde ou encore la topographie accentuée dans les Alpes Mancelles et la diversité des paysages sur un même territoire sont dans l’ordre décroissant les critères qui explicitent le choix des paysages.

Les paysages les moins appréciés

Question 3 : Sur la planche photographique ci-jointe, quels sont les cinq paysages que vous aimez le moins ?

Les photographies ont été choisies pour illustrer des phénomènes particuliers d’évolution du paysage qui n’ont pas été systématiquement perçus comme tels par les participants à l’enquête.

Les paysages avec présence de végétation, avec des espaces ouverts, les espaces bien entretenus ou bien encore les paysages de transition énergétique ont été peu cités pour illustrer les paysages les moins appréciés. Ainsi les paysages les plus cités pour symboliser le rejet sont dans l’ordre décroissant l’entrée de ville (photo 9), le grand axe routier (photo 4), la friche industrielle (photo 8) ou la densification urbaine avec la barre d’immeuble (photo 13).

Les critères et symboles de dégradation des paysages
Question 4 : Quelle est la raison principale de votre choix ?
Les personnes étaient invitées à répondre à la question 4, en choisissant pour chacune des photographies, une réponse parmi douze propositions.


La multiplication des enseignes publicitaires et la présence d’infrastructures routières sont citées comme des pollutions visuelles et sensorielles. Les paysages fortement urbanisés (entrées de ville, logements collectifs, zones d’activités commerciales et industrielles, lotissements) ou à l’inverse le délaissé urbain (friches) contribuent selon les enquêtés à dégrader et à défigurer le cadre de vie et à compromettre l’identité du lieu.

Les facteurs majeurs d’évolution

Question 5 : Sur votre territoire de travail ou électif, quels sont les facteurs majeurs d’évolution des paysages ? Développez vos commentaires ci-dessous en précisant pour chacun des facteurs s’il est, selon vous, positif ou négatif.

Les acteurs (élus, techniciens, représentants associatifs, enseignants chercheurs) étaient questionnés sur l’évolution du territoire sur lequel ils agissent. L’étalement urbain, l’urbanisation standardisée, l’atteinte à l’agriculture et ses paysages bocagers, l’artificialisation des sols et la densité des voies de communication sont pour eux les impacts majeurs identifiables dans l’évolution des paysages. Ils en attribuent la cause en partie à un manque de stratégie paysagère dans les projets « une urbanisation incohérente », « des implantations conduites de manière anarchique » et à un manque de réglementation « publicités en bord des routes ».

Les signes perçus comme positifs en matière d’évolution concernent les actions de protection et de préservation de l’environnement (classement des sites), les actions de développement durable par la prise en compte de déplacements doux, la mise en valeur des paysages agricoles par la plantation de haies ou la modification des pratiques et des techniques plus respectueuses de l’environnement.

Analyse des perceptions des acteurs des Pays de la Loire, par questionnaire

Les paysages les plus fréquentés

Question 1 : Quels sont les lieux que vous fréquentez le plus pour votre plaisir pendant votre temps libre, hors déplacement pour les vacances ? Nommez 3 lieux sur la carte régionale des Pays de la Loire, en précisant pourquoi vous les fréquentez.

259 personnes/263 ont répondu à la question. S’agissant des paysages fréquentés par les participants, hors déplacement pour les vacances, les lieux cités sont des lieux proches fréquentés le soir ou les week-ends, à l’exception des personnes retraitées qui disposent de plus de temps libre. Les endroits cités sont en proximité des lieux de vie des personnes interrogées (38 lieux d’entretiens mentionnés sur la carte) et l’occurrence de citation dépend du nombre de participants.


Les participants ont, en citant les paysages les plus fréquentés, mis en avant :

  • L’eau sous toutes ses formes : littoral de Loire-Atlantique et de Vendée, marais de Guérande, marais breton vendéen et marais poitevin, paysages liés au réseau hydrographique (Val de Loire, Vallées de l’Erdre, de la Sèvre Nantaise, de la Mayenne, de la Sarthe, du Loir et de la Vègre notamment) = 348 réponses
  • Les villes : Nantes et Angers principalement, Le Mans, La Roche-sur-Yon, Laval, Mayenne, Vitré, La Rochelle, … = 104 réponses
  • La campagne avec le bocage, les coteaux et les vignes, les chemins creux = 85 réponses
  • Les villages et cités de caractère = 56 réponses
  • La forêt et les bois = 55 réponses
  • Les parcs et jardins = 41 réponses
  • Le patrimoine protégé, le patrimoine rural ou industriel = 19 réponses
  • Les lieux de vie ou de loisirs (mon jardin, le terrain de football…) = 19 réponses.

Les paysages d’eau sous toutes leurs formes paysagères : lieux les plus fréquentés par les participants.

Les réponses des entretiens viennent confirmer les retours du « carnet des acteurs » avec la présence d’eau comme élément fédérateur dans les paysages jugés de qualité et les paysages les plus fréquentés.

Les valeurs attribuées aux paysages les plus fréquentés

Les réponses argumentées ont été regroupées pour faire une typologie des valeurs accordées aux paysages les plus fréquentés par les participants, à partir de mots clés. 2% des réponses n’ont pas pu être exploitées.


La valeur esthétique et patrimoniale (ambiance, beauté, patrimoine, plaisir) : paysages qui font l’objet de contemplation (37% de réponses)

La valeur esthétique et patrimoniale fait surtout référence au patrimoine comme témoignage d’une vie passée et de savoirs faire qui se perdent. Il s’agit de la mémoire des lieux, des objets qui la représentent mais aussi des savoirs et de la culture mobilisés par une société qui évolue de plus en plus vite grâce aux techniques mises en œuvre. L’enjeu, pour les répondants est de capitaliser et transmettre cet héritage qui par couches successives, alimente le présent. Les lieux sont qualifiés pour leur beauté naturelle ou bâtie, pour l’ambiance qui s’en dégage. Le paysage est décrit par la contemplation du « beau », le plaisir ressenti d’être là, le sentiment d’être privilégié en profitant de la beauté et de la richesse culturelle qu’offre le site.

La valeur d’usage individuel (promenade, sport, photographie, peinture) : paysages appréciés pour des usages ludiques en plein air * (32% des réponses)

La pratique sportive individuelle (marche, vélo, canoë…) est perçue comme un moyen de prendre soin de sa santé psychique et physique par la libération du stress quotidien et la réconciliation entre esprit et corps. Cette valeur associe les notions de bien-être et de paysage. L’évolution du temps libre facilite ces pratiques de plus en plus nombreuses en plein air sauf pour les générations d’adolescents qui semblent, selon les parents, plus attirées par les activités ludiques des écrans en intérieur. Le paysage est décrit comme un lieu approprié pour l’usage ludique en plein air qui procure détente, liberté, créativité dans un lien privilégié avec la nature.
Remarque : * La valeur d’usage individuel a été retenue lorsque la réponse du participant ne précisait pas si la pratique se faisait en présence d’autres personnes contrairement à la valeur d’usage collectif, où l’usage avec d’autres était explicitement nommé. La démarche étant basée sur la spontanéité des réponses, aucune consigne en dehors de la nécessité d’argumenter les choix n’a été donnée. Nous pouvons faire l’hypothèse que le développement de l’argumentaire a été inégal d’un participant à l’autre et que la part respective des deux valeurs (individuelle et collective) est à pondérer en fonction de ce biais.

La valeur d’usage collectif (en présence d’amis ou de la famille, dans des pratiques associatives, dans la foule anonyme d’un spectacle ou à la terrasse d’un café) : paysages fréquentés avec une notion de partage et de convivialité (9% des réponses)

La pratique collective des paysages est décrite sous l’angle du partage et de la convivialité. Privilégier des instants en famille et entre amis (ballades, pique-nique, gastronomie, verre à la terrasse d’un café), entre membres d’une association (randonnées, inventaire du patrimoine bâti ou naturel, pratiques sportives et culturelles) ou dans une foule anonyme en ville (le temps d’un évènement ou d’une déambulation sans but) se comprend comme l’idée de créer du lien dans une société qui semble de plus en plus individuelle, de lutter peut-être contre sa propre solitude mais aussi de retrouver l’urbanité. Le paysage est décrit sous l’angle du plaisir à être là et à partager avec les autres un moment, un événement ou une action dans un lieu dédié à la rencontre.

La valeur d’attachement (lieux d’enfance, des études, de résidences actuelle et précédente, lieux de vie de la famille proche ou lieu commun familial, lieu du service militaire) : paysages affectifs, reflets du parcours résidentiel et de ses sentiments d’appartenance (11% des réponses)

L’attachement aux paysages est une sorte d’ancrage des individus appelés à se déplacer de plus en plus à des périodes de vie : aujourd’hui les études et le travail, hier le service militaire. Le paysage d’enfance, le lieu de construction du foyer et le lieu de fin de parcours de vie sont particulièrement investis affectivement, que l’on soit d’ici ou d’ailleurs. Le paysage est décrit par les souvenirs des lieux qui s’y rattachent, les moments de bonheur vécus dans les différents endroits du parcours résidentiel.

La valeur naturelle (biodiversité, faune, flore, milieux préservés) : paysages dont on souligne la richesse écologique (9% des réponses)

Les valeurs « naturelles » du paysage sont dans l’air du temps avec la prise de conscience récente des dangers qui menacent. C’est comme si l’homme semblait retrouver son humanité et un sens à sa vie au contact du monde végétal et animal. Les paysages de marais, les bords de rivière, la campagne bocageuse, les forêts ou les dunes sur le littoral sont cités pour illustrer la richesse écologique des lieux. Le paysage est décrit par les qualités, l’authenticité du milieu et le sentiment d’harmonie avec la nature.

Les émotions devant un paysage, qu’elles soient positives ou négatives sont à la fois des sensations physiques et psychologiques (état de bien-être, de malaise, de peur…) en lien avec l’interprétation symbolique du lieu.

Les symboles agissent sur les comportements (les pratiques de contemplation, d’observation, les pratiques ludiques solitaires ou collectives…), les choix (lieux fréquentés) et les perceptions (paysage associé à la beauté, aux souvenirs heureux, aux moments festifs et de détente, à la santé, à l’harmonie entre l’homme et la nature…). S’agissant des paysages les plus fréquentés, ces lieux sont des points d’ancrage, souvent dans le cadre de vie quotidien, où chacun va se ressourcer à sa manière, seul ou en groupe.

Pour en savoir plus sur les attraits des paysages fréquentés : illustration par les témoignages des participants aux entretiens


Les personnes fréquentent les lieux pour y pratiquer des activités en plein air, individuelle ou/et collective dans 41% des réponses et pour leur ambiance et leur attractivité esthétique et patrimoniale dans 37% des réponses.

Les paysages qui mériteraient d’être davantage pris en considération

Question 2 : Dans votre cadre de vie, quels paysages mériteraient selon vous, d’être pris davantage en considération ? Nommez 3 lieux sur la carte du département correspondant au lieu d’entretien, en précisant pourquoi ils devraient être mieux pris en considération.

Le document a été complété par 259 personnes/263.

S’agissant du cadre de vie des participants, les territoires cités sont liés au lieu des entretiens et l’occurrence des citations dépend du nombre de participants. La consigne précisait qu’il s’agissait autant des paysages aimés par les participants que des paysages qu’ils pouvaient critiquer, quelle qu’en soit la raison.


Une typologie, élaborée à l’issue des entretiens a permis de regrouper les réponses par éléments de paysages cités. Les résultats concernent, dans l’ordre décroissant :
  • L’eau (littoral, marais, rivières, lacs, étangs, zones humides) : 166 réponses
  • La campagne (haies, arbres, chemins ruraux, vignes) :102 réponses
  • Les centres villes et centres-bourgs : 73 réponses
  • Les franges des villes et des communes : 57 réponses
  • Le patrimoine matériel et immatériel : 51 réponses
  • Les bois et les forêts : 33 réponses
  • Les infrastructures routières et ferroviaires, les parcs, la faune, la flore, etc… : 24 réponses.

Ce sont les paysages d’eau sous toutes leurs formes qui retiennent d’abord l’attention des participants, puis les paysages de campagne.

Paysages appréciés qui mériteraient d’être mieux aménagés ou valorisés auprès du public
Les réponses argumentées ont ensuite été regroupées à partir de mots clés pour faire une typologie des attentes des participants selon les actions à envisager pour les paysages qui mériteraient d’être, selon eux, mieux pris en considération.


Les attentes en termes d’actions se répartissent ainsi :
  • Lieux appréciés à valoriser par des aménagements (vue, accessibilité, désenclavement, création d’équipements, développement de promenades) : 115 réponses
  • Lieux appréciés méconnus qui nécessiteraient une meilleure communication ou le développement de leur fréquentation : 106 réponses
  • Lieux appréciés en l’état, à préserver, conserver ou protéger : 97 réponses
  • Lieux dégradés par les pratiques en cours : 86 réponses
  • Lieux délaissés qui mériteraient une dynamisation, un meilleur entretien, une rénovation, une sécurisation : 63 réponses
  • Lieux menacés par les pratiques en cours avec des attentes en termes de maîtrise, d’organisation, de réglementation, d’accompagnement et d’éducation : 26 réponses.

Ce sont les lieux appréciés qui retiennent d’abord l’attention des participants (64.5 % des réponses). Ils aimeraient qu’ils soient davantage mis en valeur par des aménagements, par la prise en compte de leurs perceptions depuis les entrées de ville, les routes et autoroutes et les lignes de chemins de fer ; mieux identifiés dans les supports de communication destinés au grand public. 1/3 d’entre eux sont évoqués comme des paysages à préserver, à conserver ou à protéger pour les qualités qu’ils présentent aujourd’hui. Il s’agit principalement pour les participants, de conserver les haies et le patrimoine, de préserver la biodiversité, le caractère des villages, les espaces communs ludiques comme les étangs, les chemins creux, les paysages ordinaires du cadre de vie et de protéger notamment les bords de rivière.

Les participants évoquent aussi :

  • Les paysages dégradés (17.5 %) par les pratiques individuelles et collectives. Ils sont à gérer en priorité par la réglementation, une réflexion à bonne échelle, une formation au paysage pour tous les acteurs concernés et une meilleure sensibilisation du grand public.
  • Les paysages délaissés (12,5%) faute d’intérêt pour des centres bourgs et centres villes qui se désertifient, avec une dégradation du bâti à mettre en lien avec le coût d’une réhabilitation onéreuse (normes de plus en plus importantes), un manque d’opérateurs qualifiés pour les adapter aux besoins actuels et une politique qui encourage la construction neuve par des prêts à taux 0.
  • Les paysages menacés (5.5%) par l’urbanisation, la standardisation, les pratiques agricoles et les incivilités.

Les paysages qui font l’objet d’inquiétude pour 1/3 des réponses posent des questions sur la stratégie paysagère sur le long terme. Il y a d’un côté les paysages exceptionnels qui attirent l’attention des pouvoirs publics et des médias et de l’autre les paysages qualifiés d’ordinaires qui semblent sacrifiés alors qu’ils sont le cadre de vie quotidien des habitants.

Pour en savoir plus sur les paysages qui mériteraient d’être mieux pris en considération : Illustrations par les témoignages des participants aux entretiens

Les paysages qui ont le plus évolué depuis 10 ans

Question 3 : Dans votre cadre de vie, Quels sont les lieux qui ont selon vous, le plus évolué depuis 10 ans ? Nommez 3 lieux sur la carte départementale, en précisant ce qui a évolué et si vous regardez cette évolution comme un constat ou comme une transformation positive ou négative.

Le document a été complété par 259 personnes/263. S’agissant du cadre de vie des participants, les territoires cités sont liés au lieu des entretiens et l’occurrence des citations dépend du nombre de participants.

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Une typologie a permis de regrouper les réponses par éléments de paysages cités. Les résultats concernent, dans l’ordre décroissant :
  • Le péri-urbain, les franges de communes : 148 réponses
  • Les centres villes et centres-bourgs : 142 réponses
  • La campagne, le hameau ou le rétro-littoral : 103 réponses
  • Le littoral, les marais ou les zones humides : 45 réponses
  • Les infrastructures de transport : 41 réponses
  • Les chemins, espaces communs ou liaisons douces : 40 réponses
  • La Loire, les rivières, les berges, les étangs : 19 réponses
  • La forêt : 9 réponses
  • Le patrimoine culturel : 6 réponses
  • Les jardins privés : 4 réponses.

Constats et valeurs données aux évolutions
Les réponses argumentées ont ensuite été classées à partir des constats, des valeurs positives ou négatives attribuées aux évolutions.


46% des évolutions sont perçues comme négatives et 31% comme positives. 22% sont des constats et soulèvent la question de la complexité du regard porté sur le paysage qui n’est pas à appréhender de manière binaire.

Les constats

D’un côté une personne peut estimer positif le fait que le lotissement ait facilité l’accession à la propriété des ménages modestes et d’un autre côté elle peut juger négatif l’uniformité du bâti et l’impact des constructions sur le paysage. Ces constats nous renvoient aux problèmes en amont : le lotissement est-il le modèle privilégié dans les modes d’habiter ?

Les évolutions positives

Les aménagements des centres villes et centres bourgs (requalification, création d’espaces sportifs et culturels, aménagements de places plus conviviales, développement du TRAM dans les grandes villes, rénovation du bâti ancien, valorisation du petit patrimoine et reconquête des berges ou quais de rivières) sont valorisés.

Le développement de sentiers pédestres et cyclables le long des voies d’eau et sur le littoral, en forêt comme en campagne avec des liaisons entre les communes sont des évolutions particulièrement appréciées pour les usages ludiques. Nous retrouvons les déplacements doux jugés comme évolutions positives dans les réponses à la question 5 du carnet des acteurs.

La préservation des zones humides et des marais côtiers, la replantation de haies bocagères et d’arbres, la gestion des forêts, l’aménagement d’espaces naturels en proximité de ville, la gestion des fauches par les collectivités sont perçues comme des pratiques respectueuses de l’environnement et des actions qui vont favoriser la biodiversité. Dans le carnet des acteurs, à la question 5 sur les facteurs majeurs d’évolution, les actions de protection et de préservation de l’environnement, la mise en valeur des paysages agricoles par la replantation de haies et les pratiques plus respectueuses de l’environnement étaient citées par les acteurs en lien direct avec le paysage, comme des évolutions positives.

L’intérêt des particuliers pour les jardins privatifs ou communautaires est perçu comme une évolution positive.

La maîtrise de l’urbanisation, les réglementations sur les lotissements et la concertation de la population sur les projets sont évoquées comme des démarches respectueuses des populations et des paysages.

Les évolutions négatives :

La consommation foncière (lotissements, zones d’activité commerciales essentiellement, infrastructures routières et ferroviaires) est jugée négative en termes d’impacts : diminution des surfaces agricoles, désertification des centres bourgs et centres villes avec la perte des commerces de proximité que viennent concurrencer les zones commerciales périphériques, étalement urbain ou mitage dans les hameaux et le rétro-littoral au détriment de logements vacants et d’une dynamique dans les centres, iniquité entre particuliers et entreprises en termes de réglementation foncière.

La diminution des éleveurs, le regroupement des parcelles, la disparition des haies bocagères, des prairies naturelles et des chemins creux sont regardés avec leurs effets sur la perte de biodiversité, la monotonie des paysages et sur la perception d’une agriculture plus éloignée des populations et de leur environnement.

L’urbanisation importante sur le littoral et le rétro-littoral à des fins touristiques est perçue comme se faisant au détriment du cadre de vie quotidien des résidents.

Les retours du Carnet des acteurs concernant les évolutions négatives sont cohérentes une partie des réponses lors des entretiens : étalement urbain, urbanisation standardisée, atteinte à l’agriculture et aux paysages bocagers, artificialisation des sols, densité des voies par manque de stratégie paysagère, urbanisation incohérente ou/et anarchique.

Pour en savoir plus sur les évolutions de paysage : Illustration par les témoignages des participants aux entretiens

Analyse des perceptions des acteurs des Pays de la Loire, lors des entretiens semi-directifs

La synthèse s’appuie sur les réflexions développées dans les entretiens pour nous aider à mieux comprendre les choix des participants en termes de paysages, leurs interrogations sur l’avenir et leurs attentes.

Pour en savoir plus sur la démarche de l’enquête sociologique par entretiens

Les enjeux perçus par les participants

L’ensemble des témoignages des participants concernant les enjeux de paysage a été classé suivant les grands thèmes suivants :

Le sens donné aux paysages, dans l’enquête

L’étude des perceptions sociales des paysages montre combien le paysage est chez nos interlocuteurs, intimement lié à la construction du bonheur. Le cadre de vie quotidien choisi ou non va peser sur « l’Etre », sur la manière de se penser dans son rapport au monde et aux autres. Vécu intérieurement, ce bonheur sera associé à un état de tranquillité, d’apaisement individuel, de communion dans le partage avec les autres, là où d’autres perçoivent le bonheur au contact des paysages dans leur matérialité et ce qu’elle offre. Peut-être faut-il y voir là, la symbolique du paysage, comme cadre de vie support de bonheur dans ses composantes idéelles et matérielles, mais aussi comme le reflet d’un mode de vie consumériste où l’avoir se confronte à l’être.

Dans « Éthnologie des gens heureux », Pierre PERIER, sociologue parle de la croyance au bonheur, comme un rôle de moteur, celui du sens donné à l’existence « l’imaginaire du bonheur se fixe dans des objets, des lieux et des moments partagés, de sorte qu’expériences vécues et histoires rêvées puissent s’articuler » extrait d’Ethnologie de la France, Cahier 23, sous la direction de Salomé Berthon, Sabine Châtelain, Marie-Noëlle Ottavi et Olivier Wathelet, Éthnologie des gens heureux, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, Paris, 2009.

Le « beau paysage », une perception de l’être et du rendre heureux
La région des Pays de la Loire est fortement marquée par les paysages d’eau. Les participants aux entretiens ont montré leur attachement à l’eau du littoral ou des rivières auxquelles ils reconnaissent des vertus apaisantes et ludiques, à l’eau stagnante des lacs et des étangs autour desquels ils organisent des temps festifs ou à l’eau riche en biodiversité des marais et des zones humides qui leur donne le sentiment de se rapprocher de « l’originel ».

Selon le degré de proximité du lieu de résidence, les pratiques vont varier et il semble que chacun profite de la diversité des paysages régionaux, que ce soit en campagne (la Corniche de Pail, les Coëvrons, les Alpes Mancelles ou le Haut bocage vendéen), en forêt (Chandelais, Bercé, Perseigne, Gavre, Mervent), dans les vallées (Loire, Sarthe, Mayenne, Loir, Erdre, Sèvre Nantaise) ou en bord de mer (côte atlantique, Îles de Noirmoutier et d’Yeu). Ils sont nombreux à aimer concilier la nature et la ville.

La ville est appréciée pour les loisirs qu’elle propose, la déambulation au hasard des rues, les opportunités culturelles, la promenade dans les parcs et jardins ou sur les berges d’une rivière. Sans doute faut-il regarder l’attractivité des moyennes et grandes villes avec l’évolution vers une société plus urbaine (habitudes prises lors des études en ville ou des urbains qui ont migré en milieu rural, par choix ou par obligation), la perte de dynamique des petites villes et villages (commerces et services en voie de disparition), un décalage dans les offres culturelles (pléthore d’activités le dimanche en milieu rural, toute la semaine en ville) mais aussi une plus grande mobilité qui conduit à se déplacer pour aller chercher ce dont on a envie ou besoin, là où il se situe.

Le pittoresque des centres anciens et des cités de caractère (pour la qualité de leur patrimoine bâti ou/et de leurs animations), que ce soit Clisson, Sainte-Suzanne ou Asnières-sur-Vègre, l’intérêt pour le patrimoine rural matériel et immatériel ou les parcs et jardins sont autant de lieux prisés pour les ballades qui concilient contemplation et pratiques ludiques, souvent en lien avec ce patrimoine culturel.

La ruralité contemporaine ou comment bien vivre avec les autres ?
Deux types de population cohabitent : une population rurale et une population extra-urbaine aux styles de vie différents, dont les références dans les façons d’habiter ne sont pas les mêmes, créant parfois des conflits d’usage et de voisinage. Les élus doivent composer avec une identité en mutation et des attentes multiples. Accompagner les recompositions du territoire n’est pas une démarche à sens unique. D’un côté, il y a ceux qui attendent que les nouveaux venus s’intègrent et de l’autre côté, les nouveaux venus s’installent en pensant reproduire les habitudes de vie citadines. L’accroche native de celui qui revient au pays facilite le dialogue tandis que l’ancrage dans un lieu peut prendre des années. Il peut amener les personnes à repartir soit parce que le lieu qui avait séduit ne répond pas aux attentes, soit parce que la population d’accueil ne leur fait pas la place qui convient.

Être heureux dans le paysage, une articulation d’éléments matériels et idéels dans la société du XXIème siècle
Le regard des personnes entendues dans les entretiens sur les paysages s’ancre dans une réalité plurielle : individuelle et collective, consciente et inconsciente, temporelle et intemporelle. Ainsi, les perceptions sociales du paysage sont fondées sur :

  • le vécu : comparaison avec les autres lieux vécus, première image, redécouverte quelques années plus tard
  • l’âge : il semble que plus on vieillit plus on prend conscience que ce qui nous entoure n’est pas éternel
  • les générations : les modes de transmission dans les familles avec compréhension du fonctionnement de la nature et des métiers exercés à son contact, les modes de vie fondées sur les valeurs de la ruralité aujourd’hui remplacées par l’urbanité, le patrimoine matériel et immatériel
  • le rapport à la nature : loisirs et expérimentations en autonomie des enfants, compréhension du cycle de la nature, connaissance du monde vivant
  • la mobilité : appréhension de l’espace en termes de temps et non de distance, mobilité la semaine, mobilité aux différents âges de la vie, degré d’ancrage sur un territoire
  • le contact avec le paysage : paysage fréquenté et kilomètres virtuels : télétravail, e-commerce, informations et loisirs sur écran
  • la mixité sociale : cohabitation de valeurs, styles de vie différents, degré d’acceptation de la différence et degré de tolérance vis-à-vis d’usages différents
  • les normes et pratiques du paysage : évolution selon des modes qui deviennent obsolètes quelques cinquante années plus tard et qui remettent en question le travail bien fait pendant des décennies, ce qui est beau ou propre, ce qui est actuel ou dépassé.

Éléments de méthode sur les recueil des perceptions par entretien

Des entretiens semi-directifs

La démarche consistait à associer les différents acteurs du territoire (élus, professionnels, représentants associatifs et habitants) à la réflexion sur les paysages du cadre de vie quotidien, en composant dans chacune des villes retenue deux groupes de 6 personnes au plus : un groupe d’élus et de professionnels, un groupe de représentants associatifs et d’habitants dans la mesure des possibilités. Chaque inscription se faisait sur le mode du volontariat sachant que l’anonymat des personnes était préservé.

Les objectifs des entretiens étaient d’identifier et de qualifier les paysages du cadre de vie des participants et de cerner les valeurs, les aspirations et les pratiques liées à leur cadre de vie quotidien.

Les entretiens d’une durée d’une heure trente étaient décomposés en deux parties :

  • Un échange en lien avec le rapport au paysage de chacun, les paysages de référence, les paysages et les modes de vie : partie qui a fait l’objet d’une analyse de contenu.
  • Un document sous forme de questionnaire (3 questions) à compléter individuellement avec des réponses à localiser sur carte : partie qui a fait l’objet d’une analyse statistique et d’une représentation cartographique.

Les choix individuels de paysages dans le document complété doivent être regardés comme l’illustration du contenu abordé au cours de l’entretien. La cartographie en est la représentation graphique.
Chacun a contribué à la réflexion sur le paysage quotidien en apportant ses connaissances, en relatant ses expériences et en confrontant ses perceptions avec celles des autres, dans le respect et l’écoute de ses interlocuteurs, quelles que soient les différences d’approche.

Pour en savoir plus sur le processus perceptif

Pour en savoir plus : Quelques témoignages sur ce qui fonde la relation au paysage

Pour en savoir plus sur la démarche de l’enquête sociologique par entretiens

Pour en savoir plus sur la participation et le profil des participants

82 entretiens ont été réalisés dans 38 villes de la région des Pays de la Loire, réparties dans les différentes familles de paysages. 263 personnes y ont participé.


Sources bibliographiques

  • G. BERTRAND, dans le paysage entre la nature et la société, Revue Géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, tome 49, fascicule 2, 1995.
  • Anne SGARD, Le paysage dans l’action publique : du patrimoine au bien commun, volume 1 n°2, septembre 2010 : paysage et développement durable
  • Jean VIARD, Nouveau portrait de la France, La société des modes de vie, Éditions de l’Aube, 2011
  • Guy SAUPIN, Les nouveaux patrimoines en Pays de la Loire, Presses universitaires, Rennes, 2013

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