Les dynamiques paysagères du Perche Sarthois et de l’Huisne

Exemple d’évolution du secteur de la Ferté-Bernard

Dans le cadre de l’analyse des dynamiques paysagères, pour chaque unité paysagère, un secteur particulier est choisi de manière à caractériser, en tant qu’échantillon représentatif de l’unité, une large partie des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Cette analyse s’appuie notamment sur la comparaison des données cartographiques et des photographies aériennes à différentes époques données. Ce zoom est représentatif mais non exhaustif des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Les dynamiques de l’unité qui ne s’illustrent pas à travers cet exemple sont donc détaillées à la suite.

La vallée de l’Huisne : un site défensif devenu carrefour de communication
Le lit plat et les marais qui composent la vallée de l’Huisne sont favorables aux axes de passage. Dans le cadre des luttes féodales entre seigneurs du Perche et du Maine au XIème siècle, des sites défensifs le long de ces voies anciennes ont été créés, notamment celui de la Ferté-Bernard. La paroisse de Cherré est venue s’implanter judicieusement à l’embranchement des deux bras de l’Huisne. La communication va se faire par deux portes. La première à l’Ouest, la porte Saint-Julien, sur la chaussée Saint-Antoine qui débouche sur le plateau Bonnétable, et l’autre à l’Est, la porte Saint-Barthélemy qui ouvre sur le coteau où se croisent les axes joignant la Normandie et la Touraine et l’axe entre le Mans et Paris. Ces voies demeurent encore majeures aujourd’hui dans le paysage de la vallée et ont orienté l’ensemble de l’urbanisation le long du lit majeur.


La ville médiévale va se développer avec comme premier axe d’urbanisation, la voie entre les deux portes. La modernisation des voies de communication, favorisée par un essor démographique, va accélérer le développement et ce jusqu’à l’arrivée de la gare sur le tracé de la ligne Paris - Brest en 1854. C’est le début de l’industrialisation du secteur et notamment de la commune de la Ferté-Bernard. Les différents quartiers et bourgs sont connectés et forment une unité dès la fin du 19ème siècle. La situation stratégique entre Paris et l’Ouest de la France, l’exode rural qui amène de la main d’œuvre disponible et l’espace dont dispose la ville, vont favoriser le développement de la Ferté-Bernard, courant la seconde moitié du XXème siècle. La physionomie du paysage va être modifiée par les besoins en logements, en infrastructures et en équipements collectifs. En outre, la tradition d’élevage de la vallée est propice à l’installation d’une industrie agroalimentaire.
Comme nous le montre l’orthophoto de 1958, le développement de l’urbanisation s’est principalement effectué dans la vallée, avec plusieurs franchissements de l’Huisne, et notamment entre les deux portes de la Ferté-Bernard, sur chaque berge de la rivière. La campagne bocagère a vu le développement progressif de plusieurs petits bourgs à proximité de la vallée et de ses axes de communication.

L’ouverture paysagère des plateaux agricoles
La comparaison des orthophotos de 1958 et 2010 affiche une tendance à la simplification progressive du parcellaire agricole dans le secteur de La Ferté-Bernard. Si ce phénomène reste bien plus discret au niveau des vallées de l’Huisne, mais également au niveau des vallons des ruisseaux de Saint-Symphorien, de Valmer, de Gradon et de Montretaux, les plateaux sont en proie à une dynamique de regroupement parcellaire perceptible dans le paysage, à travers la diminution du linéaire bocager sur ces secteurs de culture céréalière.


La diminution de la diversité des paysages agricoles Le secteur de La Ferté-Bernard connaît également une remise en cause de la diversité de ses paysages agricoles à l’approche des vallées. Ainsi, à l’est du bourg, les anciens vergers perceptibles sur l’orthophoto de 1958 ont progressivement laissé place au développement urbain ainsi qu’à des cultures monospécifiques qui investissent ces terres depuis les plateaux agricoles. Corrélativement à ces tendances à la disparition des lignes de vergers, le secteur de la Ferté-Bernard connaît également une diminution des prairies dans les secteurs de vallée. Ce phénomène est particulièrement visible au niveau de la vallée de l’Huisne qui voit progressivement les diffusions de l’urbanisation et le développement des carrières investir les anciennes prairies de pâtures.
Au regard de la carte d’Etat-major, les boisements n’ont pas évolué depuis plus de deux siècles dans le secteur de la Ferté-Bernard. Cette dynamique de maintien des grands boisements s’observe sur l’ensemble de l’unité du Perche Sarthois et de l’Huisne, aussi bien dans le Perche que dans le Faux-perche.

L’artificialisation des paysages du lit de l’Huisne
La commune de la Ferté Bernard est concernée par le Plan de Prévention du Risque Naturel Inondation de la Ferté Bernard approuvé par arrêté préfectoral le 23 novembre 1999. Le PPRN Inondation a pour objet de délimiter les zones concernées par ce risque et de réglementer de manière pérenne les usages du sol dans ces zones. Dans ce cadre, bien que le développement urbain de La Ferté-Bernard est investi progressivement la vallée de l’Huisne, celui-ci est cadré par le PPRN Inondation et les principaux aménagements de la vallée ont ainsi concerné des équipements sportifs. Profitant de la disponibilité de surfaces importantes au plus près du centre-ville, de nombreux équipements sportifs, culturels et touristiques se sont ainsi implantés dans le lit de l’Huisne. Le sud du bourg connait l’arrivée d’une vaste base nautique de loisirs en 1989.
Plus au sud, une sablière a pris place au sein de la vallée. Depuis que son exploitation a pris fin, une retenue d’eau s’est imposée dans le paysage.



Un développement résidentiel très soutenu La situation de carrefour stratégique de la Ferté-Bernard a largement contribué au développement urbain de la ville. La comparaison des orthophotos de 1958 et 2010 illustre le changement d’échelle du paysage urbain entre les deux périodes. En s’appuyant sur le réseau viaire déjà existant, l’urbanisation s’est essentiellement réalisée sous la forme de lotissements pavillonnaires peu denses. Cette diffusion a étendu la ville dans des directions diverses : au sud du bourg à proximité de l’Huisne d’abord, puis plus récemment en diffus vers le nord-ouest à proximité des zones d’activités récentes, et vers l’est, en épaississement du bourg ou sous forme diffuse le long des axes, en lieu et place des ancienne cultures arboricoles. Le secteur de Cherré, composé de deux petites rues perpendiculaires en 1958, a vu son paysage changer radicalement avec l’arrivée d’une dizaine d’opérations de lotissements dont les maisons tournent le dos à l’axe historique. A l’est de La Ferté-Bernard, la diffusion résidentielle de la ville dans un contexte de champs agricoles ouverts accentue les enjeux qui peuvent s’exprimer en termes d’intégration paysagère.


L’urbanisme spontané des zones d’activités en lien avec les axes de déplacements Carrefour d’axes historiques, le secteur de la Ferté-Bernard a fait l’objet de nouvelles infrastructures imposantes dans le paysage. Les abords de la RD 2, qui relie La Ferté-Bernard à Mamers ont ainsi fait l’objet d’une diffusion des bâtiments d’activités le long de l’axe. Plus récemment, deux évènements nouveaux ont accentué la présence des zones d’activités dans le paysage de la périphérie de La Ferté-Bernard : l’aménagement d’une voie de contournement (RD 316) par l’ouest de la ville, et l’aménagement de l’échangeur de l’A11 au sud. La voie de contournement ouest est aujourd’hui trop éloignée pour constituer une barrière à l’urbanisation, à court terme. Cependant, cette nouvelle infrastructure a vu de nombreuses zones d’activités et plateformes logistiques se greffer à ses intersections. Pas moins de cinq sites bien distincts sont en effet positionnés à proximité de la D316. Le site de l’échangeur de l’A11 voit également se développer une zone d’activités importante, déconnectée de la ville, qui contribue à modifier le paysage de La Ferté-Bernard.



Ainsi, la perception des franges urbaines et des bâtiments agricoles est accentuée à partir des paysages agricoles. Au cœur du Perche Sarthois et sur les coteaux de l’Huisne, les bourgs perchés sont aujourd’hui visibles du fait de la simplification des paysages et de la multiplication des grandes cultures céréalières et de tournesols.

Des dynamiques constructives très contrastées

Lorsque l’on s’écarte de la vallée de l’Huisne, les dynamiques constructives sont beaucoup plus faibles que ce qui s’observe sur la commune de la Ferté-Bernard. Ainsi, à l’échelle de l’unité paysagère, une autre forme de développement urbain est également observée. Cela se traduit parfois par la réalisation de petits lotissements mais aussi et surtout par le biais d’un essaimage de maisons individuelles, réparties soit en continuité des bourgs et hameaux, soit de manière isolée. Cette dynamique n’est toutefois pas nouvelle puisque le Perche se caractérisait notamment par la dispersion de son habitat rural.


Vers la constitution d’un continuum urbain à l’ouest de l’unité

Au-delà des dynamiques soutenues en lien avec la vocation résidentielle connue sur la partie ouest de l’unité, les abords de la RD 323 de Champagné à Soulitré constituent progressivement un couloir d’urbanisation diffuse. Les bois situés au niveau de Saint-Mars-la–Brière offre une « pause paysagère » au défilé continu des bâtiments d’activités. Pour autant, l’impression visuelle des abords de cet axe historique de l’entrée de ville mancelle est bien celui d’une urbanisation continue qui prend davantage d’ampleur avec la présence de bâtiments d’activités aux volumes très imposants. Le défilé de poids lourds permanent sur cet axe complète l’impression de paysage industriel.



Des activités d’extraction qui modifient le paysage de la vallée

La vallée de l’Huisne constitue connaît un développement de l’industrie de l’extraction des sables particulièrement soutenue sur la dernière période. A côté de la diffusion des bâtiments d’activités qui forge le paysage spécifique de la vallée, le développement de cette activité tend à renforcer l’image de paysage industriel de la partie ouest de l’unité, à travers la prolifération des amas de matériaux, des machines imposantes, mais également des clôtures de protection qui dessinent les périmètres des sites d’exploitation.




Aménagement des berges : un atout paysager à valoriser

Au cœur de la vallée et du perche, l’eau a façonné le territoire, le relief, le marais. Les embranchements et croisements de bras de l’Huisne ont servi de site d’implantation défensif pour des forteresses et sont aujourd’hui situés en plein cœur de bourg. L’eau, qui dans un premier temps façonnait le paysage, a ensuite été canalisée par l’homme et participe à la qualification des sites urbanisés, comme à la Ferté-Bernard. L’eau canalisée devient ici support à de nombreuses activités anciennes ou récentes (lavoirs, promenades, jardins en balcon, embarcadères…).
L’artificialisation des sols et le bornage de la rivière, ont accentué les risques de crue directement liés aux pluies. Au sud-ouest de l’unité paysagère, la vallée de la Braye est particulièrement concernée par ce risque. Des ouvrages ont donc été érigés, le long des vallées secondaires, afin de cadrer ces crues. Cela se traduit dans le paysage par la réalisation de bassins et plans d’eau constituant des barrages-réservoirs, qui peuvent par ailleurs être l’occasion de créer des milieux humides riches en biodiversité.


Des dynamiques touristiques de plus en plus visibles

A l’image de la vallée de la Sarthe, la vallée de l’Huisne bénéficie également d’un patrimoine architectural riche. La mise en valeur de ce dernier, notamment par des interventions sur les espaces publics dans le centre-ville de La Ferté-Bernard, entretient des dynamiques touristiques notables à l’échelle de l’unité.
Les tendances actuelles vont vers un renforcement des supports d’activités récréatives qui contribuent à modifier peu à peu les paysages de la vallée de l’Huisne. Ainsi, le phénomène de cabanisation déjà perçue au niveau de la Sarthe semble s’implanter au sein de la vallée de l’Huisne. La multiplication de petites structures légères implantées sur les rives de la rivière mite peu à peu le paysage de la vallée. Si les rives de l’Huisne sont en proie à ces dynamiques, ces dernières restent encore très limitée et ne composent le paysage de la vallée qu’épisodiquement. Néanmoins, il s’agit bien d’une dynamique en cours qui contribue progressivement à modifier le paysage de la vallée.
Par ailleurs, une diversification des activités touristiques est en cours au sein de l’unité avec l’émergence de parc de loisirs de taille importante. A Vouvray-sur-l’Huisne, un ancien site de carrière a fait l’objet d’une réhabilitation récente et accueille désormais une base de loisirs de 5 hectares avec jeux d’enfants, sentiers pédestres, plans d’eau… et circuits de sport automobile à proximité.



Sources bibliographiques

  • CERESA. Atlas des paysages de la Sarthe. Conseil Général de la Sarthe, DDE de la Sarthe, DIREN Pays de la Loire, 2005.

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