Les caractères des vallées et buttes boisées de Bonnétable

Une histoire d’eau qui a sculpté les plateaux calcaires


Une cuesta ouest – nord-ouest, définissant un plateau calcaire d’argiles à silex La cuesta cénomanienne qui s’étend de Mézières-sur-Ponthouin à Souligné-sous-Ballon avec l’éperon avancé de Ballon (altitude + 106 m) dessine le plateau crétacé constituant le bassin versant de la Morte-Parence qui s’écoule vers le Sud-Est (cours cataclinal) à l’aval de Savigné-l’Evêque, en direction de l’Huisne. Ce plateau est constitué d’argiles à silex.
A noter : Les Sables et graviers de l’Eocène ont donné lieu à quelques extractions artisanales, notamment dans les fonds de vallons des principaux cours d’eau, développant aujourd’hui tout un réseau de petits plans d’eau.
L’influence de l’accident tectonique de l’Huisne L’accident tectonique de l’Huisne a induit la capture des cours d’eau du plateau ouest en les détournant de la Sarthe où ils se jetaient auparavant. Il a aplani et abaissé le plateau rendant d’autant plus visible les lignes de buttes boisées qui dominent le paysage (du nord au sud) : Terrehault, Courcemont, Beaufay, Sillé-le-Philippe et Lombron. Elles font écho à celles de la cuesta. La carte du relief ci-dessous illustre parfaitement ce phénomène.

Au sud-est, des vallons nord-ouest – sud-est entaillant le plateau

La carte du réseau hydrographique illustre par ailleurs l’importance quantitative des vallons des affluents de l’Huisne qui prennent leur source dans les hauteurs boisées du plateau et qui l’entaillent sur une bonne vingtaine de mètres de profondeur. Une direction dominante nord-ouest – sud-est est nettement perceptible, perturbée par leurs nombreux affluents qui s’ils sont moins larges et moins profonds, contribuent fortement aux moutonnements du plateau est qui ont dessinées de véritables buttes.

Contraste et alternance

La planéité ouest est ainsi contrebalancée à l’est par de fortes ondulations qui instaurent une appréhension dynamique du territoire et de longues covisibilités. Les buttes boisées constituent un motif paysager récurrent et identitaire de l’unité, véritables repères visuels sur l’ouest. Le paysage de l’unité joue ainsi simultanément d’effets de contrastes et d’alternance.

La force du couvert végétal

Forêt de Bonnétable et boisements de buttes

La forêt de Bonnétable est le principal massif de l’unité offrant 1200 ha d’un seul tenant, confortés par des forêts privées en périphérie. Elle est relayée sur l’unité par un ensemble de petits boisements coiffant les hauts de buttes. Le chêne, en futaie au cœur de la forêt de Bonnétable, domine, mais les essences résineuses sont très présentes sur la frange sud de l’unité, autour du Lombron et le long du coteau de l’Huisne notamment. Depuis l’extérieur, ces bois s’apparentent à des écrans visuels successifs donnant beaucoup de rythme et de profondeur au paysage. Ils instaurent une dynamique visuelle très forte. Plus que de simples relais visuels, ils donnent au paysage son échelle.



La composition des massifs induit une diversité des ambiances au cœur de ces bois et forêts :
  • des forêts de feuillus (chênes notamment) avec des troncs fins et élancés et un sous-bois généralement très entretenu, qui les valorise : tapis de feuilles, de graminées, de mousses, quelques fougères et arbrisseaux. Ces formations de futaie proposent une ambiance sombre et fraîche en été, lumineuse et graphique en hiver, une forte opacité de la lisière, mais une transparence à l’intérieur de la forêt. Le taillis est lui souvent présent aux franges et plus opaque
  • des forêts de résineux sur des tapis de fougères, de molinies ou encore sur un sous étage feuillus : rythme très graphique des troncs sur un tapis alternativement vert, roux ou doré selon les saisons. Ces formations induisent une lumière constante, transparence (lisière et intérieur) et sont dominées par l’importance du graphisme des troncs en toute saison

Les fonds de vallons accueillent aussi quelques boisements de taillis ou peupleraies qui accentuent la fermeture du paysage initiée par les jeux de reliefs et occultant les perméabilités visuelles de fond de vallons entre coteaux.


Trame bocagère

Entre les boisements, le bocage s’exprime de façon très lisible sur cette unité, déployant son réseau de haies selon un gradient de densité aléatoire, au gré de la qualité des sols. Parfois, le gradient est décroissant des fonds de vallons plus humides au revers de butte où la trame s’étire et les mailles s’ouvrent ou disparaissent laissant place à de grandes cultures. Mais à l’inverse, les boisements de buttes peuvent aussi se prolonger par la trame des haies qui s’ouvre dans des points bas plus propices aux grandes cultures … Le bocage est une constante paysagère, les lignes végétales cloisonnant le paysage, structurant les pentes, accompagnant et mettant en scène le bâti.



Pour en savoir plus sur le bocage

Alternance et dynamisme visuel
Associées aux jeux du relief, ces formations végétales renforcent les phénomènes de contrastes et d’alternance. Elles accentuent les jeux entre paysages aux vues bloquées par une lisière boisée, une haie, une butte et paysages mis en scène aux vues longues et dégagées, au travers de fenêtres ou cadres végétaux. Ces phénomènes d’alternance induisent un dynamisme visuel agréable et un changement d’échelle permanent qui contribuent à des ambiances paysagères riches et diversifiées.

Un habitat rural dispersé, en relation avec une agriculture diversifiée

Un bâti traditionnel cossu aux couleurs chaudes
Les sables jaune clair de la vallée de la Sarthe ont donné aux enduits certaines nuances caractéristiques. Ils contribuent aux couleurs chaudes qui animent les paysages de l’unité. « La ferme traditionnelle s’est bâtie dos aux intempéries, à proximité immédiate d’un point d’eau. Les développements des exploitations au fil des siècles ont donné au simple bordage, la forme traditionnelle en U ou en L, le puits prenant place au centre de la cour. Les ouvertures sont fréquemment encadrées de briques jointoyées. La grange fait face au bâtiment d’habitation. Sa structure en bois, poteaux et traverses, repose sur un muret de pierre. La couverture est en tuile plate. » (Source : CAUE 72. Architectures rurales en Sarthe – Perche. 1991)



Un bâti traditionnel rural dispersé, caractéristique d’un paysage de bocage Au gré des fenêtres végétales, le bâti rural traditionnel se devine ou s’expose. La dispersion du bâti est très importante, cela révèle à la fois un territoire habité, vivant mais aussi une économie agricole morcelée. Certaines de ces fermes sont aujourd’hui restaurées et habitées (par des tiers non agriculteurs), permettant ainsi une préservation de ce patrimoine vernaculaire et offrant un cadre de vie préservé et recherché à proximité de l’agglomération mancelle. Mais de nombreuses fermes restent le siège d’activités agricoles diversifiées dont l’intégration paysagère est facilitée par les nombreuses formations arborées (haies, bois).

Une agriculture diversifiée qui s’accompagne de nouveaux bâtiments, déploie de nouveaux motifs
Si l’activité de polyculture-élevage domine sur l’ensemble de l’unité, le paysage se caractérise aujourd’hui par une diversité des pratiques agricoles qui développent des ambiances paysagères particulières :

  • élevages avicoles présentant des bâtiments imposants (bas mais long) au cœur de parcs associant une végétation spécifique de verger, de petites haies nécessaires à l’élevage avicole de plein air
  • maraîchage de plein champ développant ses planches graphiques de couleurs et textures et accompagné de structures de type tunnels, serres… qui se traduit souvent par une ouverture du paysage
  • pépinières développant aussi des planches graphiques de couleurs et textures, mais le volume des plants a tendance à cloisonner le paysage et à réduire la profondeur des vues


Des bourgs discrets déclinant trois typologies

Si le bâti rural dispersé est très lisible, apportant même parfois un peu de confusion dans la lecture paysagère du fait de la multiplication des points de repères et relais visuels, les bourgs quant à eux se font discrets. Ils ne se perçoivent souvent que tardivement, un clocher en fond de perspective dans l’axe d’une voie, une silhouette étagée au franchissement d’une lisière boisée, les franges urbaines sont généralement accompagnées de formations végétales (petits bois, haies, végétation de jardin) qui composent avec les volumes bâtis trouvant ainsi un équilibre entre végétal et bâti. Trois typologies de bourgs s’identifient :

  • les bourgs de plateau en appui sur des buttes boisées comme Sillé-Le-Philippe, Beaufay,
  • les bourgs de vallées qui se caractérisent par un cœur de bourg souvent linéaire au fond de la vallée et qui étagent leur urbanisation récente sur le coteau, comme Boëssé-le-Sec, Torcé-en-Vallée, Bonnétable, Tuffé qui connaissent pour les deux derniers d’importants développements investissant les coteaux (cf. chapitre sur les dynamiques).
    D’autres implantations peuvent aussi se trouver, plus anecdotiques de certains bourgs de plateau en appui sur des buttes boisées et implantés sur de légers vallons faiblement perceptibles, tels Terrehault, Saint-Georges-du-Rosay à la source de la Chéronne.
  • les bourgs de plateau comme Saint-Aignan, Mézières-sur-Ponthouin, Savigné-l’Evêque. Ce dernier, sous la pression de l’agglomération mancelle, semble se diffuser sans obstacle mais conserve une perception lointaine discrète d’un clocher élancé dans le cadre végétal du bocage (cf. chapitre sur les dynamiques).



Pour aller plus loin sur le patrimoine culturel et naturel

Patrimoine culturel :

Patrimoine naturel :

Sources bibliographiques

  • Notice de la carte géologique N° 0322N – Beaumont sur Sarthe & N° 0323N – La Ferté Bernard – 1/50000ème. BRGM, Orléans,
  • CAUE 72. Architectures rurales en Sarthe – Perche. 1991.

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