Les caractères des vallées du Haut-Anjou

Des plateaux uniformes ondulés découpés par deux vallées majeures

A l’articulation du bassin parisien et du massif armoricain


L’analyse de la carte géologique met en évidence que la limite entre les formations sédimentaires du bassin parisien et les formations plissées de schistes et grès du massif armoricain correspond à peu près à la vallée de la Sarthe. Cette limite ne se lit pas de façon nette dans le paysage, elle s’apparente plus à une transition douce, un « fondu » progressif.

L’architecture souligne cette double influence armoricaine (plateaux du Segréen) et calcaire (plateaux du Baugeois). Vers l’est, construite pendant de nombreux siècles en matériaux composites (silex, grès, tuffeau…), la façade principale s’est enrichie au XIXème siècle d’encadrements et de modénatures en tuffeau. Les lucarnes en pierre calcaire ont remplacé les traditionnelles lucarnes en bois. Vers l’ouest, schistes et ardoises souvent enduits caractérisent les habitations avec un entourage des ouvertures souvent en briques et exceptionnellement en tuffeau (XIXème).


Un relief alternant plateaux et vallées instaurant une perception dynamique du territoire Cette unité est en revanche marquée par le bassin hydrologique, vaste entonnoir qui conflue vers Angers et qui associe la Mayenne, la Sarthe et le Loir. Le site des basses vallées angevines s’étend en vaste champ d’expansion des crues à la confluence de la Mayenne, de la Sarthe et du Loir au cœur de prairies inondables dominées par les coteaux urbanisés de l’agglomération angevine. La carte du relief met bien en évidence une ligne de crête entre chacune des vallées, ligne de séparation des eaux centrée sur chaque plateau. Ainsi, quelques soient les routes ou chemins empruntés pour parcourir cette unité paysagère, ils conduisent d’un point haut à un fond de vallée, d’une butte à une surface plane. Ces ondulations d’échelle variable, parfois très rapprochées (secteur sud) ou au contraire très larges (secteur nord) sont continues et engendrent une alternance physique. Cependant, il n’y a pas de rythme constant, pas de modèle répétitif, rien qui ne définisse une ambiance homogène.
Ce qui frappe le plus, ce sont les relations visuelles majeures qui se tissent de coteau à coteau, d’une vallée à l’autre. L’effet d’entonnoir hydraulique et la proximité des vallées se traduisent par l’attraction fréquente du regard vers une ligne bleu-grise lointaine et continue : le coteau généralement densément planté d’une des trois rivières. Ces phénomènes de bascule visuelle soulignent la complexité et la subtilité de cette unité qui offre, quasiment en permanence, un repère fort : le coteau d’une vallée sans pour autant offrir les clefs de lecture permettant de déterminer de quelle rivière il s’agit.

Des ambiances bocagères et boisées


Un maillage arboré dense sur les plateaux entre bocage et bois Les haies sont généralement de bonne qualité associant une strate arbustive et arborée ou alors taillée et bien entretenue, soulignant les pentes et ondulations du plateau, lignes souples et douces. Ces courbes sont particulièrement lisibles par des vues légèrement surplombantes avec un peu de recul.

Les haies implantées le long des routes et chemins induisent alors des couloirs végétaux opaques renforcés par les jeux de talus (routes et chemins en creux, séparés des haies par des fossés profonds). Les lignes végétales dessinent alors un couloir dense qui canalise les vues, laissant peu d’ouverture sauf au niveau des entrées de champs.
Ce maillage de haies (de densité variable Cf. chapitre sur les dynamiques paysagères) et la multitude de petits bois et de peupleraies contribuent au cloisonnement du paysage et à son caractère arboré. En dehors de vues longues et dégagées résultant des jeux topographiques, les vues sont courtes. Le paysage des plateaux est donc un paysage semi-ouvert. Les formations boisées (linéaires ou non) jouent le rôle d’écrans visuels successifs en été, filtre par transparence en hiver.
Par leur rôle physique et visuel d’écrans, les haies, bois, parcs permettent l’accompagnement et l’intégration de certains bâtiments. Mais, ils peuvent aussi créer des cadres végétaux (ou fenêtre) mettant en scène ici un clocher d’église, là la silhouette d’une ferme ou d’un bourg, là encore une percée visuelle sur le grand paysage. L’habitat rural est dispersé, traditionnel des paysages de bocage. Les bâtiments ruraux ne s’organisent pas toujours suivant une forme urbaine constante et identifiable : formes en L, en U ou constructions dispersées au gré des besoins De gros hameaux s’identifient aussi à l’appui des principales vallées.


Des villages de plateau : clocher et extensions nouvelles Considérant les fortes relations visuelles entre coteaux, les villages sont facilement repérables par leurs clochers, points d’appel qui émergent au-dessus des frondaisons arborées. Les nouvelles extensions ont parfois su jouer avec le cadre bocager environnant, créant une lisière agréable présentant un équilibre végétal-bâti intéressant. Des développements pavillonnaires importants caractérisent les bourgs et les principaux hameaux sous forme d’habitat diffus, notamment dans de la moitié sud de l’unité sous l’influence de l’agglomération angevine.
Si ces bourgs constituent des caractères identitaires de l’unité paysagère, l’impact de leur développement sur les paysages est développé dans la partie des dynamiques paysagères.

Les vergers, un paysage agricole emblématique
Activité agricole spécialisée, l’arboriculture fruitière génère une diversification des ambiances aussi bien sur les plateaux que les coteaux : ponctuellement, le maillage arboré (haies, bois) s’estompe laissant la place aux vergers dont les lignes épousent et dessinent les ondulations du relief.


Répartis de façon aléatoire dans l’ensemble des plateaux (exemple : secteurs de Juvardeil, de Champigné, bords de plateaux surplombant la Mayenne). Les lignes des vergers rythment les paysages en hiver (lignes successives parfaitement identifiables), les parent d’un nuage fleuri au printemps, ou encore les recouvrent d’une mer blanche et brillante recouvrant les ondulations du plateau quand ils sont couverts des filets protecteurs.
Ils s’accompagnent par ailleurs de nombreux plans d’eau, réserves pour l’irrigation. Très développés dans le nord de l’unité, ils proposent des terrassements plus ou moins bien intégrés à leur environnement.
Des fonds de vallées bocagers Les vallons secondaires densément végétalisés par leur ripisylve, le maillage bocager des pentes douces de leurs coteaux, les peupleraies, referment et cloisonnent les plateaux.
Les fonds de vallées des rivières majeures (Mayenne, Sarthe) sont constitués traditionnellement de prairies bocagères inondables structurées par un réseau de boires, canaux et fossés, soulignés principalement par des lignes de frênes têtards : paysage semiouvert favorisant les vues de coteau à coteau. Le développement de grandes cultures a tendance à ouvrir les vues.
Les peupleraies dans les vallées et les plateaux), proposent des ambiances contrastées en fonction de leur stade de développement, de la friche qui accompagne souvent les jeunes plantations jusqu’au rythme répété des grands arbres adultes sur tapis herbeux avec des effets de transparence au niveau des troncs, filtre (en hiver) ou écran (en été) au niveau des houppiers.

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Les lignes de frênes et de saules, les peupleraies, les prairies alternent et jouent avec les ondulations des rivières qui décrivent de larges méandres. Ces effets d’écrans successifs donnent beaucoup de profondeur au paysage et d’effets de filtres successifs.

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Des vallées patrimoniales

Les deux vallées qui interrompent le plateau bocager présentent, outre leur fonds de vallées larges et bocagers, des caractéristiques paysagères équivalentes qui s’articulent autour de quatre principaux caractères :

Des coteaux aux multiples faciès, densément plantés
Les profils des deux vallées évoluent donc au gré de la physionomie des coteaux, passant d’un effet de falaise (exemple : Pruillé -La Jaille-Yvon sur la Mayenne, ….) à des coteaux doux légèrement ondulés. Généralement très boisés, ces coteaux abritent des châteaux qui s’exposent parfois sur les vallées, mis en scène par des parcs paysagers, où que l’on repère grâce à la silhouette des conifères (type cèdres) qui se détachent de la lisière feuillue.



Sur les rebords de plateaux, les parcs des châteaux constituent des points d’appels reconnaissables. Ils abritent de très beaux châteaux et manoirs souvent bien cachés et s’ouvrent de façon très ponctuelle sur le grand paysage. Plus que les châteaux, ce sont aussi les maisons originales des gardiens marquant l’entrée des parcs, les fermes modèles à l’architecture imposante ornementée de briques qui animent le paysage.

Pour en savoir plus sur la notion de ferme modèle

Des coteaux habités
Le paysage des vallées est de plus marqué par les villages et bourgs qui s’étagent sur les coteaux. Points d’appel dans la vallée, les villages de coteaux sont des repères paysagers très forts, généralement dominés par le clocher de l’église. Le bourg s’étage depuis le pied de coteau en bord de rivière et offre un jeu de volume intéressant (imbrication des toits) au sein d’un équilibre végétal-bâti souvent de qualité (Exemples : Pruillé, Chenillé-Changé, Grez-Neuville ou La Jaille-Yvon sur la Mayenne, Chateauneuf-sur-Sarthe et Morannes sur la Sarthe …). L’urbanisation des coteaux a un impact visuel majeur notamment au niveau des lignes de crêtes.


Si ces bourgs constituent des caractères identitaires de l’unité paysagère, l’impact de leur développement sur les paysages est développé dans la partie des dynamiques paysagères.

Un patrimoine fluvial, seuil, barrages, écluses, moulins …
Chacune des deux rivières offre simultanément un paysage verdoyant, d’ambiance naturelle, agricole et arborée et un paysage construit, associé à un patrimoine hydraulique lié à sa navigabilité :

  • les seuils et barrages, simples lignes construites sous l’eau : ils induisent des effets de bouillonnements, lignes blanches mousseuses qui traversent les rivières ;
  • les écluses, quais, ports et moulins sont des éléments architecturaux très imposants qui témoignent d’une très dense activité : éléments de ponctuation, points d’appel, relais visuels

Cette diversité d’ambiance à la fois très « naturelle » et très « construite » appréciable depuis les crêtes, les rivières, les rives et chemins de halage souligne la très forte attractivité de ces rivières et son potentiel touristique (accueil spécifique autour des ports notamment).
Des prairies inondables Les fonds de vallées sont plats, plus ou moins larges, plus ou moins investis par le bocage et les haies mais une ambiance générale se dégage de par les jeux d’écrans et de filtres successifs, par l’alternance des paysages fermés (peupleraies) et semi-ouverts (prairies). Verdoyants en été, ces paysages se parent d’une ambiance mystérieuse et étonnante en hiver, en période d’inondation où une vaste étendue d’eau s’étale dans toute la vallée, ambiance presque lacustre d’un miroir bleu ou argenté ponctué et animé par la végétation dense qui émerge de l’eau.
Ces prairies jouent le rôle de champ d’expansion des crues, dans un fonctionnement hydraulique complexe en lien avec la Loire. L’eau s’étend en surface dans toutes les plaines des basses vallées angevines. Ces ambiances spécifiques induisent un paysage emprunt de douceur qui ne laisse pas transparaître toute la violence et la force de l’eau qui sort de son lit : courants importants, destructions de berges, certaines routes des vallées coupées sauf celles réalisées en levées, certains villages ou hameaux implantés dans la vallée comme Cheffes ou au pied de coteau comme Juvardeil, le moulin d’Yvray (Etriché), Porte-Bise (Tiercé) se retrouvent inondés. La succession des périodes sèches et inondées, induit des pratiques agricoles spécifiques, favorisent les prairies extensives et les plantations de peupliers de rapport.

Des infrastructures majeures dans ce paysage de bois et clairières

De grandes infrastructures principalement autoroutière A11, RD 775 (Axe Angers – Rennes) traversent l’unité sur ses flancs est et ouest. De nombreuses départementales structurantes drainent le territoire. Ces infrastructures marquent les paysages soit directement par les ouvrages nécessaires soit par les activités qu’elles induisent, avec l’implantation de grandes zones d’activités. La voie ferrée traverse l’unité du nord au sud à l’appui du coteau est de la Sarthe induisant des ruptures urbaines dans les bourgs desservis mais constituant aussi pour eux un moteur au développement urbain (proximité avec Angers, Sablé-sur-Sarthe, Le Mans).

Si ces infrastructures constituent des caractères identitaires de l’unité paysagère, elles sont développées dans le volet dynamique de la présente unité paysagère.


Pour aller plus loin sur le patrimoine culturel et naturel

Patrimoine culturel :

Patrimoine naturel :

Sources bibliographiques

  • BOSC & PIGOT, VU d’ICI, Bruno DUQUOC. Atlas des paysages de Maine-et-Loire. Département de Maine-et-Loire, DIREN, Pays de la Loire, DDE Maine-et-Loire Version éditée Le Polygraphe, 2002.
  • BOSC & PIGOT, VU d’ICI, Bruno DUQUOC (Architecte). Dossier Étude de l’Atlas de paysages de Maine et Loire. 1999 – 2001.

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