Les caractères des gâtines tourangelles

Un plateau calcaire ondulé


Le socle paysager de l’unité s’appuie des formations secondaires du crétacé notamment, dans un ensemble géologique relativement simple :
  • La partie ouest, correspond au bassin de la Fare (Château-la-Vallière - Villiers au Bouin) : Après avoir quitté l’anticlinal évidé et faillé de Savigné-Sonzay, le cours de la Fare suit une direction nord-sud et traverse le synclinal de Villiers - Couesmes, remblayé par une épaisse couche de calcaires lacustres, exploités dans les carrières de la cimenterie de Villiers au Bouin.
    Les terrains sur le flanc est du synclinal (communes de Couesmes, Chenu, et Saint Aubin le Dépeint) très peu érodés présentent une couverture d’argiles à minerai de fer qui ont permis d’alimenter les industries métallurgiques et extraction du minerai jusqu’au début du XIXe siècle sur Saint Paterne du Racan et Saint Aubin Le Dépeint.
  • La partie centrale (Saint-Pierre-de-Chevillé) est un plateau d’argiles à silex. La vallée de l’Escotais (ou Le Nais) entaille les terrains calcaires sous-jacents (craie de Villedieu et calcaires du Turonien supérieur), par une vallée profonde et relativement étroite
  • A l’est, le Bassin de Neuillé Pont Pierre - Neuvy le Roi est quant à lui composé de calcaires lacustres aux sols fertiles, richesse pédologique propice aux grandes cultures céréalières

La carrière, toujours en exploitation pour la cimenterie de Villiers au Bouin, constitue un élément fort, dans la mesure où elle modifie le relief mais souligne aussi la ressource économique liée à l’exploitation du sous-sol. Un paysage particulier avec ses propres codes, ses espaces de circulation, ses clôtures, son échelle monumentale … s’individualise à l’extrémité sud du département. Elle a aussi contribué au dynamisme économique et à la desserte en infrastructure comme en témoignent les lignes de chemin de fer et notamment celle assurant la desserte de la cimenterie avec le viaduc Eiffel sur la traversée du vallon de Chenu.



Ainsi, l’unité paysagère des gâtines tourangelles s’articule autour d’un vaste plateau calcaire agricole ondulé par le jeu des 4 vallées majeures qui l’entaillent (la Fare, l’Escotais, la Vandoeuvre et la Dême) et de leurs nombreux affluents. Cette unité paysagère contrastée se distingue donc par une alternance entre paysages plus fermés et d’échelle intime des fonds de vallons et paysages ouverts aux vues dégagées des plateaux.

Une structuration des paysages par les petits bois

Hérités de la géologie, les sols de l’unité paysagère des gâtines tourangelles développent sur les plateaux des sols bruns plus ou moins lessivés (bournais)qui sont souvent valorisés par des massifs boisés et des boqueteaux en alternance avec des sols profonds et riches propices au développement des grandes cultures. Le paysage est marqué par la ponctuation de ces bosquets, bois et forêts, qui instaurent une alternance de degré d’ouverture au gré de la déambulation et tissent un réseau de relais visuels qui guident le regard et donnent de la profondeur dans les perspectives sur le paysage.


Ainsi, cette unité se caractérise par un certain dynamisme paysager dû à l’action couplée du relief et des points d’appel (clocher, villages, château d’eau, manoirs …) et relais visuels (masses boisées, habitat dispersé…). Les relations visuelles jouent un rôle fondamental dans cette unité. Elles l’animent, la rendent vivante et dynamique.

Un bâti rural sobre dispersé qui ponctue le plateau

Cette unité se caractérise par un habitat très dispersé avec quelques hameaux, plus nombreux vers l’Est. L’habitat traditionnel présente des volumes simples et développe le modèle dit sarthois : bâtiments longs, toiture à double pente et façade simples et ordonnées. Les ensembles bâtis sont parfois accompagnés d’une mare. Les toitures jouent sur le mélange de l’ardoise et de la tuile. Les murs jouent sur le mélange de tous les matériaux avec de la brique en décoration sur les façades. La brique, les ocres sont d’autant plus présents dans l’ouest de l’unité et se distinguent par leurs teintes chaudes dans le paysage.



Le développement de l’arboriculture fruitière s’est accompagné de développement de bâtiments d’exploitations importants notamment dans le secteur ouest, aux volumes massifs qui témoignent aussi de la vitalité de cette activité économique.

Un village de « plateau » : Saint-Pierre-de-Chevillé


Saint-Pierre-de-Chevillé est implanté sur un petit vallon sec à peine marqué et les vues lointaines qui le dévoilent donnent le sentiment qu’il est inscrit sur le plateau. Il présente une structure urbaine de villages de type hameaux : forme urbaine ramassée autour du clocher, avec un équilibre végétal-bâti agréable et valorisant. Les extensions mêmes mesurées, ont distendu la trame urbaine et s’inscrivent sans logique paysagère ou urbaine spécifique, induisant un sentiment de mitage aux franges du bourg.

Des vallées marquantes, instaurant un dynamisme visuel agréable

L’unité paysagère des gâtines tourangelles est marquée par 4 vallées majeures (la Fare, l’Escotais, la Vandoeuvre et la Dême) et leurs nombreux affluents qui entaillent le plateau.
Traversant des horizons géologiques légèrement différents, ces vallées présentent deux types de profils qui induisent des ambiances paysagères spécifiques.

La vallée de la Fare : un profil ample et souple
Cette vallée présente un profil large qui induit une ondulation souple du plateau. Les coteaux, doux et ondulés assurent une continuité visuelle et fonctionnelle douce entre plateau et fond de vallon. La ligne de crête des coteaux est ponctuée de boisements et les coteaux accueillent comme le plateau d’importants vergers qui rythment et soulignent par la répétition de leurs lignes régulières.


De larges covisibilités se dégagent depuis les coteaux doux, mettant en scène le bourg de Saint-Germain-d’Arcé, les boisements de plateaux. Le fond de vallée accueille une rivière ondulante et sinueuse au cœur de prairie que les peupliers investissent parfois fermant les vues de coteau à coteau. Ils limitent ainsi la perception du bâti et modifient la perception de l’échelle de la vallée.
Les vallées de l’Escotais, de la Vandoeuvre et de la Dême : un profil de vallée encaissée aux coteaux soulignés par le bâti Ces vallées sont caractérisées par un profil typique des vallées creusées dans le tuffeau : vallées très encaissées et densément végétalisées, présentant une urbanisation importante en pied de coteau ou à mi-pente (association de bâti et d’habitat troglodyte) desservie par deux routes en pied de coteaux. Le fond de vallée, assez large et plat, accueille cultures potagères en lien avec le bâti, bosquets, quelques peupliers, une ripisylve animée de la silhouette caractéristique des aulnes. Les rivières ont un cours sinueux qui oscille de plus d’un coteau à l’autre. Traditionnellement, aucun bâtiment n’est construit dans la vallée (entre les deux routes) inondable. Au gré des fenêtres ou cadres instaurés par les lignes végétales, des vues de coteaux à coteau se tissent, dévoilant l’ampleur de la vallée et leur profil très lisible, mettant en scène le bâti et le patrimoine. Ces vallées présentent une logique et une structure paysagère marquées qui rendent leur paysage parfaitement lisible. Cet « ordonnancement » leur confère un caractère très sensible. En effet, tout événement qui ne s’inscrit pas dans cette logique acquiert une grande importance paysagère et son impact visuel est très fort.

La vallée du l’Escotais (ou du Nais), assez courte sur le département de la Sarthe et plutôt étroite, accueille par ailleurs la voie ferrée. Implantée souvent sur remblai, elle est soulignée par un rideau végétal dense qui crée un écran dans sa traversée de la vallée. L’A28 enjambe cette vallée par un remblai important et marque la limite départementale et régionale. Elle induit aussi sur le plateau agricole des jeux de remblais / déblais, la construction de ponts, d’aires de service … qui engendrent des délaissés.

Des vallées habitées

De nombreux bourgs qui tissent une relation étroite avec les rivières et cours d’eau
Saint-Germain-d’Arcé, implanté dans la vallée de la Fare, Chenu dans le vallon du même nom, Beaumont-sur-Dême dans la vallée de la Dême… ces bourgs tissent une relation étroite avec le cours d’eau qu’ils enjambent. Leur forme urbaine est généralement ramassée autour du clocher, avec le jeu intéressant et qualitatif de l’imbrication des toits, un équilibre végétal / bâti agréable et valorisant. Chenu comme Beaumont sont adossés à un château qui développe son parc dans la vallée, créant un écrin très protecteur autour de ces édifices peu visibles. L’ensemble de ces bourgs se caractérise par un patrimoine bâti de qualité.


Un habitat troglodyte Profitant des coteaux calcaires marqués sur ces vallées, les constructions se sont adossées au coteau et ont été édifiées en creusant ce dernier pour récupérer la pierre. Cet habitat troglodyte engendre une implantation urbaine particulière : le troglodyte dans les coteaux et, perpendiculairement à ce dernier, une maison d’habitation dont le pignon donne sur la route, et domine la vallée. Le troglodytisme de coteau occupe aujourd’hui principalement une fonction de caves et de rangement. Quelques habitations demeurent. L’ordonnancement du bâti rural est ainsi très caractéristique et s’inscrit un pied de coteau quand il est très abrupt ou sinon à mi-pente, dégageant complètement le coeur de vallée.
Manoirs et châteaux Profitant d’un cadre de vie particulièrement harmonieux et de l’influence économique et architecturale de la vallée du Loir qui « remonte » dans les vallées adjacentes, de nombreux châteaux et manoirs se sont implantés dans les vallées. Ils s’appuient sur les coteaux avec parfois des dépendances troglodytes et développent leur parc sur le coteau et dans le fond de vallée, jouant sur la topographie du coteau pour proposer des terrasses. Les châteaux et manoirs animent la vallée même s’ils sont particulièrement protégés par les écrans végétaux successifs (ripisylve, quelques peupleraies, parc, haies dessinant les prairies du fond de vallée …). Leur perception est très différente depuis le coteau d’en face ou au pied du coteau d’implantation, d’où ils renvoient généralement une image imposante du fait du recul très faible proposé à l’observateur par la configuration de la vallée et de sa desserte.

Pour aller plus loin sur le patrimoine culturel et naturel

Patrimoine culturel :

Patrimoine naturel :

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