Les caractères des balcons de la Sarthe

Horizontalité entre coteaux et/ou revers de cuesta


Une vallée calcaire Comme l’illustre la carte ci-dessus, le territoire de l’unité paysagère des balcons de la Sarthe s’inscrit en limite du bassin parisien, permettant à la rivière au sortir des roches dures du socle métamorphique (à Fresnay-sur-Sarthe) de creuser le calcaire pour dessiner une vallée plate et symétrique dans laquelle elle serpente en décrivant de grandes sinuosités. La vallée suit une direction nord-ouest / sud-est jusqu’à Beaumont-sur-Sarthe, d’une altitude moyenne de 75 m soulignée par des coteaux d’une hauteur de 90 à 95 m en pente souple. « Les auréoles jurassiques et crétacées du bassin parisien présentent une dépression méridienne, de Beaumont-sur-Sarthe à Neuvillesur-Sarthe, empruntée par le cours à méandres de la Sarthe auquel se greffent les voies de communication entre Alençon et Le Mans. ». Au sud de Beaumont, la Sarthe élargit encore sa vallée, d’une altitude de 60 m au Nord et de 50 m au Sud. « Le secteur a un relief mollement vallonné, avec des collines éparses, à l’exception de la plaine subhorizontale (époque callovienne) qui occupe le secteur entre Vivoin, Dissé-sous-Ballon et Saint-Jean-d’Assé ; cette bande orientée NE-SW, correspond au prolongement méridional du Pays marollais [continuité avec l’unité paysagère des plaines d’Alençon et du Saosnois]. Elle est dominée au sud-est par la cuesta (époque cénomanienne) qui s’étend de Mézières-sur-Ponthouin à Souligné-sous-Ballon avec l’éperon avancé de Ballon (altitude + 106 m) ». Source - JUIGNET P., LEBERT A., LE GALL J., MARY G. Notice explicative de la carte géologique (1/50 000), feuille BEAUMONT-SUR-SARTHE (322). BRGM, Orléans, 1989.
La force paysagère de l’horizontalité De coteau à coteau, de buttes à revers de cuesta, l’unité paysagère des balcons de la Sarthe se dessine selon de grandes surfaces horizontales en appui sur les reliefs. La force de cette horizontalité est confortée par l’ouverture de ce paysage dominé par les grandes cultures, elle induit une amplitude paysagère d’échelle agréable qui met en exergue les verticalités. Cette horizontalité est propice à l’expansion des crues de la Sarthe qui créent de véritables miroirs d’eau.
Des subtilités dans les jeux du relief au cœur de la plaine alluviale
La carte du relief ci-dessus illustre les jeux collinaires qui marquent le cœur de l’unité paysagère entre les méandres très prononcés de la Sarthe, et entre la Sarthe et l’Orne Saosnoise. En effet, sur la rive gauche de la Sarthe, l’Orne Saosnoise est le principal affluent qui longe, à l’est de l’unité, la cuesta de Ballon et dessine, à la confluence avec la Sarthe, la colline de Montbizot. L’Orthon quant à lui, baigne Maresché (au sud de Beaumont-sur-Sarthe) et isole le complexe de buttes boisées de Maresché – Saint-Marceau. Ces jeux de petits reliefs intermédiaires, s’ils sont gommés depuis les hauteurs par les profondeurs de champs visuels et le masque de la végétation, induisent depuis le coeur de l’unité des effets d’écrans visuels pouvant cloisonner les espaces, modifiant les échelles de perception, réduisant l’amplitude du fond de vallée. Ils isolent la Sarthe de la plaine cultivée de l’Orne Saosnoise et limitent aussi l’expansion des inondations en période de crues de la Sarthe.

Une végétation structurante


Sur la haute terrasse, la vue panoramique depuis les hauteurs de Ballon illustre parfaitement la diversité de la trame végétale et son caractère structurant. Plusieurs motifs paysagers s’identifient :
  • Les boisements feuillus sur les hauteurs, seul celui de Sainte-Jamme-sur-Sarthe s’identifie facilement avec la silhouette sombre de ses résineux,
  • Les lignes de peupliers ou petites peupleraies sur les secteurs les plus humides,
  • Un bocage relictuel dans la plaine de l’Orne Saosnoise déclinant haies arbustives taillées basses et quelques arbres soulignant un large parcellaire de grandes cultures, quelques haies de saules et frênes,
  • Quelques arbres isolés en ponctuation, éléments marquant l’ancien parcellaire et/ou formant la ripisylve d’une ancienne ligne bocagère.

Sur le fond de vallées, coté Sarthe, cette trame est complétée par :
  • Un bocage plus dense arbustif haut et ponctué de quelques arbres,
  • Des parcs arborés autour des manoirs et châteaux,
  • Une ripisylve composée notamment d’aulnes, de frênes, saules et peupliers.

Des rivières discrètes et patrimoniales

Sarthe et Orne Saosnoise sont les deux rivières principales de cette unité paysagère. Discrètes toutes deux, elles se laissent découvrir presque par hasard, au détour d’un chemin, depuis un pont à peine annoncé. Toutes deux patrimoniales, elles arborent le long de leur cours un petit patrimoine bâti vernaculaire (lavoirs), industriel (moulins, barrages et chaussées) et résidentiel (bourgs, petit parcellaire privatif de folies, cabanons ou caravanes) et développent parfois même avec leurs prairies verdoyantes des ambiances très jardinées.
La Sarthe ondule et serpente, semble se replier en méandres serrés successifs. Elle se dévoile ainsi à de nombreuses reprises sur un lit ample et souvent souligné d’une ripisylve fournie. Elle se confronte aussi à la pierre, au niveau des chaussées et moulins bien sûr, mais surtout au pied des bourgs et villes, l’exemple le plus marquant étant probablement Fresnay-sur-Sarthe où son cours devient très minéral et jardiné.




Sur l’unité des balcons de la Sarthe, l’Orne Saosnoise est encore plus discrète, malgré ses nombreux bras, c’est « l’arlésienne » ! Son lit est beaucoup moins large, la structure paysagère induit sa présence mais on ne la voit presque pas. Sa ripisylve est souvent absente et quand elle existe, elle développe la même palette végétale que les haies bocagères voisines, se confondant avec elle. La rivière s’affirme un peu plus à l’approche de Montbizot vers la confluence avec la Sarthe.


L’unité est particulièrement investie par les sentiers de randonnées pédestres et cycles, les terrains de villégiatures et de détente … offrant aux portes de l’agglomération mancelle un cadre de vie agréable et propice au tourisme de proximité. Ce point est développé dans le chapitre sur les dynamiques du paysage.

Des bourgs de coteaux ou de plaine

L’unité paysagère des balcons de la Sarthe est jalonnée de nombreux bourgs, qui marquent les paysages par la qualité de leur centre ancien à l’architecture maitrisée et identitaire, par leurs extensions résidentielles et d’activités… Ils contribuent à l’animation du paysage de l’unité, ponctuant le paysage de points de repère facilement identifiables à la silhouette des clochers toujours différente. Quatre types d’implantation sont identifiés :

  • sur les coteaux : Sainte-Jamme-sur-Sarthe, Beaumont-sur-Sarthe, Vivoin, Fresnay-sur-Sarthe… ils marquent les fonds de perspectives, offrent des belvédères sur la vallée et la plaine et étagent leurs constructions sur le coteau.

  • sur le revers de cuesta : Ballon, Souligné-sous-Ballon, ils dominent la plaine et sont particulièrement mis en scène du fait du dégagement visuel de la plaine très ouverte. Ils offrent aussi des belvédères formidables sur la plaine

  • dans la plaine : Neuville-sur-Sarthe, Teillé, Joué-l’Abbé … ces bourgs présentent souvent une structure initiale en étoile, et semblent se diffuser dans la plaine le long des axes de desserte. Leur silhouette est souvent accompagnée d’une végétation arborée de bocage et jardin

  • sur les collines entre Sarthe et Orne Saosnoise : Saint-Marceau, Montbizot qui développent des impacts équivalents aux implantations de coteau

L’implantation des bourgs le long de la Sarthe présente la particularité de proposer des effets de seuil. Le plus marquant d’entre eux est probablement celui de Beaumont-sur-Sarthe / Vivoin qui correspond par ailleurs à un resserrement de la vallée, mais ce phénomène existe aussi entre Souillé / La Guierche, Sainte-Jamme-sur-Sarthe / Montbizot.
Si ces bourgs et leur développement dans la plaine ou sur les coteaux constituent des caractères identitaires de l’unité paysagère, ils sont développés dans la partie dynamique.

Un bâti traditionnel cossu aux couleurs chaudes

Les sables jaune clair de la vallée de la Sarthe ont donné aux enduits certaines nuances caractéristiques. Ils contribuent aux couleurs chaudes qui animent les paysages de l’unité. «  La ferme traditionnelle s’est bâtie dos aux intempéries, à proximité immédiate d’un point d’eau. Les développements des exploitations au fil des siècles ont donné au simple bordage, la forme traditionnelle en U ou en L, le puits prenant place au centre de la cour. Les ouvertures sont fréquemment encadrées de briques jointoyées. La grange fait face au bâtiment d’habitation. Sa structure en bois, poteaux et traverses, repose sur un muret de pierre. La couverture est en tuile plate. » Source - CAUE 72. Architectures rurales en Sarthe – Perche. 1991.



Les châteaux contribuent eux-aussi à l’animation du paysage. Leur palette de matériaux est souvent diversifiée, leur implantation est souvent en terrasses ou en balcons sur la vallée.

Des infrastructures majeures dans la plaine

La vallée de la Sarthe est en elle-même un axe de desserte historique, économique et touristique. Elle accueille de fait un réseau dense d’infrastructures :

  • Le réseau ferré dans l’axe de la vallée et le projet de LGV en cours de réalisation qui coupe transversalement la vallée selon un axe est-ouest et nœuds ferroviaires
  • Les départementales et les autoroutes A11 en limite sud de l’unité, et A28 qui oscillent de part et d’autre de la Sarthe, qui coupent l’unité suivant un axe nord-sud qui déclinent un registre de zones d’activités notamment aux abords des échangeurs

Si ces infrastructures constituent des caractères identitaires de l’unité paysagère, elles sont développées dans la partie dynamique.

Pour aller plus loin sur le patrimoine culturel et naturel

Patrimoine culturel :

Patrimoine naturel :

Sources bibliographiques

  • JUIGNET P., LEBERT A., LE GALL J., MARY G. Notice explicative de la carte géologique (1/50 000), feuille BEAUMONT-SURSARTHE (322). BRGM, Orléans, 1989.
  • LEBERT A., JUIGNET P., MARY G. Carte géologique. 1988.
  • CERESA. Atlas des paysages de la Sarthe. Conseil Général de la Sarthe, DDE de la Sarthe, DIREN Pays de la Loire, 2005.
  • CAUE 72. Architectures rurales en Sarthe – Perche. 1991.

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