L’eau, un élément marquant présent sous de nombreuses formes paysagères


L’eau « courante » : des rivières d’eau douce convergeant majoritairement vers la Loire

La région des Pays de Loire est caractérisée par deux systèmes hydrographiques différents, d’une part le bassin versant de la Loire, fleuve unique qui domine sur la région rassemblant les départements de la Mayenne, la Sarthe, le Maine et Loire, la Loire-Atlantique et le nord Vendée et d’autre part le chevelu hydrographique d’une grande partie de la Vendée qui court directement vers l’atlantique.

Pour en savoir plus sur les témoignages des participants aux entretiens sur leur attrait pour les paysages de la Loire
Pour en savoir plus sur les témoignages des participants aux entretiens sur leur attrait pour les rivières, ruisseaux, canaux et plans d’eau

Le système hydrographique ligérien, paysages structurés par le rythme des crues et la gestion des inondations

La région des Pays de la Loire est séparée en deux parties relativement égales par la Loire, s’écoulant d’Est en Ouest. Véritable colonne vertébrale du système hydrographique de la région, le fleuve est alimenté par la plupart des cours d’eau des départements de la Sarthe, de la Mayenne, du Maine-et-Loire et de la Loire-Atlantique. Le département de la Vendée alimente le bassin versant de la Loire de manière parcimonieuse au Nord du département par les affluents de la Sèvre nantaise comme la Maine, la Crûme et la Boulogne.


Sur la plus grande partie de la région, le socle cristallin est à l’origine d’un réseau dense et chevelu organisé en arrêtes de poisson. Les terrains imperméables génèrent un écoulement surfacique qui a progressivement érodé les reliefs et modelé des paysages plus ou moins ondulés, plus ou moins encaissés, qui jouent ponctuellement le rôle d’écran sur les vues lointaines. Sur les terres des bassins parisien et aquitain, les rivières deviennent moins nombreuses et plus amples, les terres calcaires favorisant une pénétration de l’eau dans le sous-sol.

Les grandes vallées au Nord-Est se déploient sur la Sarthe et l’Est du Maine-et-Loire, décrivant des vallées larges et amples dans les terrains les plus meubles. Elles favorisent des jeux de perception horizontaux que soulignent un usage agricole et ouvert de l’espace, avec des coteaux lâches et souvent peu visibles, parfois marqués (vallée du Loir). La rivière est masquée par la ripisylve qui en structure les berges et ne devient visible que lors des épisodes de crues. Les terrasses alluviales formées dans les fonds plats accueillent une agriculture productive.

Si belle et si sauvage, la Loire est aussi connue pour les crues incroyables qui ont jalonné son histoire, que par les efforts considérables développés par les hommes pour les contenir. Les paysages sont de faits structurés par le rythme des crues et la gestion des inondations.

Si les crues de Loire sont impressionnantes par le volume, le débit, l’ampleur des surfaces impactées, le paysage quotidien est quant à lui profondément marqué par les structures qui ont été mises en place par l’homme pour tenter de domestiquer le fleuve : les levées ligériennes qui ont permis de prendre confiance et de développer des bourgs en appui sur le fleuve, les tertres qui permettaient d’envisager quelques constructions sur les iles de Loire notamment…


Les crues des rivières affluentes de la Loire se répercutent dans la vallée ligérienne et inversement, les débords de la Loire peuvent empêcher l’eau située en amont de s’écouler, à l’image de la crue de 1995 qui s’est répercutée dans les basses vallées angevines. C’est tout un système hydraulique qui s’ajuste avec la montée des eaux.

Les crues ont pour conséquence des courants importants, des destructions de berges et de la végétation associée, et l’immersion de certaines routes des vallées sauf celles réalisées en levées. Elles modifient complètement la perception des paysages en unifiant les plans horizontaux, en créant des jeux de miroirs, en modifiant la perception des distances et des profondeurs des paysages. Elles induisent un caractère à la fois identitaire et insolite lorsque des arbres, une peupleraie, un pont surgissent de l’eau.


Le phénomène est d’ampleur telle qu’il induit une véritable identité des lieux et des paysages régionaux avec laquelle les habitants de la région ont appris à composer et qui ne peut laisser indifférent.

Pour en savoir plus sur les inondations et la gestion des crues dans le paysage

Le chevelu hydrographique vendéen

En raison de sa façade maritime importante et de sa situation territoriale, le département de la Vendée dispose de nombreux fleuves qui se jettent directement dans l’océan atlantique, irriguant et drainant les terres imperméables du massif cristallin et les plaines calcaires. Les plus importants d’entre eux sont la Sèvre Nantaise (avec la Maine et la Moine pour affluents), le Lay, la Sèvre Niortaise (dont l’affluent principal est la Vendée), la Vie et le Falleron.

Une particularité du réseau hydrographique vendéen réside en outre dans son caractère partiellement souterrain. En effet, les terres calcaires perméables du Jurassique favorisent la pénétration de l’eau et dans les plaines de Vendée, l’eau en devient même invisible. Seules les modulations topographiques témoignent d’un modelé par l’eau (Mouzeuil-Saint-Martin). L’eau est stockée dans les nappes phréatiques, retenues par les couches marneuses et argileuses plus anciennes.

L’eau, support de développement de l’activité humaine et d’attractivité des paysages
La région est particulièrement bien irriguée et la densité des fleuves, rivières, ruisseaux… contribue à la diversité des paysages et à leur attractivité hier et encore aujourd’hui avec tout d’abord le développement de villes et villages au patrimoine généralement riche, l’implantation de châteaux, manoirs et maisons de maîtres au cœur de parcs arborés. Cette attractivité s’appuie aussi sur une économie riche et développée qui peut se décliner autour des thématiques suivantes, laissant à chaque fois dans le paysage des traces lisibles :

Un océan qui dessine deux profils de paysages côtiers

Des paysages contrastés face à un même horizon océanique

A l’Ouest des Pays de la Loire, au bout de la course des rivières et des ruisseaux qui descendent des crêtes et des plateaux, au-delà de marais qui marquent la frontière entre les terres intérieures et les territoires littoraux, l’Océan-Atlantique s’étend à perte de vue depuis les littoraux sableux ou rocheux des côtes de Vendée et de Loire-Atlantique.

Paysage emblématique et attirant de notre région, l’Océan Atlantique présente de multiples facettes qui polissent ses représentations. D’un côté, il montre un côté immuable de par son volume imposant et se déroulant à l’infini, son horizon vierge d’aménagement, le côté cyclique des marées qui rythment la vie de la côte et la fréquentation touristique. De l’autre, les tempêtes, les motifs du ciel, l’effet érosif du sel et de la houle sur le bâti, le recul du trait de côte montrent un paysage changeant, vivant et indomptable malgré les essais de domestication du trait de côte (mise en place de digues, sécurisation des accès, engraissement artificiel des plages…).



En partie alimentée par l’estuaire de la Loire, où se rencontrent les eaux salées de la mer et les eaux douces de la rivière sous l’impulsion des marées, l’interface littorale se caractérise par des apports hydriques et sédimentaires importants qui viennent impulser notamment les phénomènes d’engraissement et de dégraissement des plages qui façonnent le trait de côte de la façade atlantique. Les grandes anses sableuses des Sables d’Olonne ou de la Baule font écho aux grands cordons dunaires qui déploient leurs ondulations sculptées par le vent et les flots sur une grande partie de la côte. Elles s’intercalent entre les côtes rocheuses marquées par leur important platier et leurs falaises souvent très découpées (à l’instar des côtes armoricaines).

L’océan et la côte atlantiques constituent avec la Loire une image forte, identitaire, connue et reconnue au niveau national et international des paysages de la région des Pays de la Loire : Un paysage à la fois naturel immuable et à la fois fragile, anthropisé et sous pression fortement impacté par le tourisme côtier.

Pour en savoir plus sur les témoignages des participants aux entretiens sur leur attrait pour les paysages littoraux

Pour en savoir plus sur le tourisme littoral

Des paysages sous l’influence des caprices de l’océan


L’histoire récente (2010) du marais breton-vendéen le montre bien : le littoral régional évolue sous les effets conjoints de la mer, des rivières, du climat (vent notamment). Il est en effet soumis à un double risque :
  • un risque de submersion marine (inondation côtière temporaire par la mer) et d’érosion côtière, phénomènes temporaires mais particulièrement marquants en raison des impacts paysagers qu’ils opèrent
  • un risque d’inondation lié au cours d’eau des terres imperméables alentours et aux précipitations

Ces risques augmentent de manière importante du fait d’une occupation toujours grandissante du littoral, tant en nombre de personnes qu’en surface de territoire occupé.

Le renforcement et l’entretien des ouvrages de protection contre la mer et le développement des systèmes de vigilance et d’alerte complètent ce dispositif.

Pour en savoir plus sur « le patrimoine des aménagements liés à l’eau (rivières et océan) »

De l’eau en réserve : vastes ou petites étendues naturelles ou anthropiques …

Des paysages de marais conséquents qui marquent les interfaces terre/mer

A l’approche du littoral, les grands marais de Guérande, Brière, breton-vendéen et poitevin, accompagnés de séries de zones humides plus modestes, forment des espaces de canalisation de l’eau. Construits par l’homme lors des grands travaux d’assèchement et de valorisation agricole des marais, les canaux permettent une gestion différenciée des espaces selon leur proximité au littoral et les arrivées d’eau tant continentales que marines. Ils créent un linéaire singulier, dont le tracé orthogonal, rectiligne convergent ou méandreux est particulier à chaque marais et globalement peu visible dans le paysage plan environnant formé par les dépôts de sédimentation. Des ouvrages de régulation de l’eau jalonnent le paysage : écluses, passerelles…

Dominés par l’eau, domptée et canalisée généralement, ces paysages de marais limitent les franges occidentales et méridionales de la région, dans une mosaïque maîtrisée.


Pour en savoir plus sur les témoignages des participants aux entretiens sur leur attrait pour les paysages de marais et de zones humides Les lacs, étangs, retenues d’eau …, supports d’usages multiples

Des étendues d’eau jalonnent le paysage, présentant une diversité de typologie. Les plus grands constituent d’immenses zones humides protégées pour leur faune et leur flore caractéristique, à l’image du lac de Grand-Lieu, dont le déversoir se situe dans la Loire, mais aussi en Mayenne à Port-Brillet, au Gué de Selles (commune de Mézangers) ou encore dans la Sarthe avec l’étang de Sillé-le-Guillaume. Des formations de plus faible superficie mais tout aussi identitaire à l’échelle des territoires, servaient à alimenter les industries (exemple des forges), comme autour de la Meilleraie en Loire-Atlantique.

Beaucoup plus nombreux, densément répartis sur le socle cristallin au gré des opportunités géologiques, de nombreux petits plans d’eau ont été creusés ou aménagés pour abreuver le bétail ou créer des étangs piscicoles. Souvent artificiels, ils sont encore nombreux aujourd’hui et forment un motif récurrent du territoire, parfois peu visible du fait de la densité végétale qui les entoure.

Ce réseau ancien se complète d’aménagements plus récents, souvent plus marquants, qui visent à satisfaire les besoins agricoles. De grands bassins sont ainsi créés, tenant compte plus ou moins parfaitement de leur intégration paysagère.


Enfin, les réservoirs d’eau potable, souvent couplés à des barrages hydroélectriques, marquent des étendues signifiantes, comme le barrage de Mervent (Vendée) ou encore le lac de Verdon (Maine-et-Loire).

Les usages les plus fréquemment rencontrés sont :

  • Agricoles : irrigation, arrosage, abreuvoir notamment dans les secteurs d’arboriculture fruitière et d’élevage
  • De loisirs : pêche, baignades et activités nautiques
  • Urbains : alimentation en eau potable, lagunes de stations d’épuration
  • Divers : réservoirs contre les incendies, station EDF…

Ces étendues d’eau sont d’échelle variable en fonction de leur caractère naturel ou artificiel, de leur usage, du paysage dans lequel elles s’inscrivent mais certaines d’entre elles comme le Lac de Grand Lieu constitue un paysage à part si intimement lié à un mode de gestion, une économie… qu’il en devient identitaire et événementiel à l’échelle de la région.

Les réserves d’eau potables sont d’un tout autre ordre mais les monuments associés, les châteaux d’eau constituent de véritables points de repère dans le paysage.

Pour en savoir plus sur les châteaux d’eau comme repères paysagers

En synthèse : l’eau, une clef de lecture paysagère peu visible mais prépondérante dans l’aménagement de l’espace

L’eau sous toutes ses formes façonne les paysages régionaux et lui confère son identité, sa renommée, que ce soit à une échelle locale ou internationale. Si l’eau occupe peu d’espace sensu stricto sur la région, elle revêt une importance considérable comme clef de lecture des paysages, dans la mesure où elle conditionne tout un mode de fonctionnement spécifique qui s’exprime de façon particulière et originale au niveau de la perception de l’espace, de la végétation, du patrimoine…

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