Des variations du relief qui dessinent des paysages tout en nuances


Frayant leur chemin sur les socles cristallins du massif armoricain et les terres calcaires des bassins parisien et aquitain, rivières et cours d’eau ont modelé en creux le relief des plateaux, des plaines et des collines, guidées par les inclinaisons des plateaux et les structures géologiques existantes, venant les conforter ou parfois les contrarier. Plusieurs grands domaines se distinguent, dépendant de la nature des roches sous-jacentes.
Si les variations du relief sont lisibles dans le paysage, elles n’en demeurent pas moins subtiles à l’échelle régionale puisque les altimétries s’échelonnent entre le niveau de la mer et les 416 mètres du Mont des Avaloirs, point culminant du Grand Ouest.

Les hauts reliefs collinaires des collines du Maine (Mayenne) et du Haut Bocage Vendéen (Vendée)

Deux zones de « haut relief » se distinguent particulièrement sur la carte du relief de la région : les collines du Maine dans le Nord de la Mayenne se prolongeant vers la Normandie, et le Haut Bocage Vendéen au Sud-Est à cheval sur la Vendée et les Deux-Sèvres. Leurs points culminants respectifs sont le Mont des Avaloirs (416 mètres), plus haut sommet des Pays de la Loire, et le Mont des Alouettes (232 mètres). Ces deux secteurs perchés se situent chacun sur un socle granitique entaillé qui s’est surélevé pendant la surrection des Alpes, en faisant rejouer des effets de cisaillements et de failles préexistants. Les plissements et les jeux de soulèvement/effondrement des terrains qui se sont déroulés lors des phases tectoniques ont mis côte à côte des roches de dureté différentes, qui ne se sont pas érodées avec la même intensité sous l’action du réseau hydrographique : les gneiss, plus meubles, ont été surcreusés tandis que les terrains gréseux sont restés en place, créant des effets de bascule topographique.

Il en résulte un contraste saisissant depuis les contours de ces reliefs, qui mettent en évidence leur caractère perché : perception d’une barrière à l’horizon depuis les secteurs en contrebas, vues panoramiques depuis les crêtes. Le caractère peu perméable des roches engendre un écoulement surfacique des eaux, se traduisant par un chevelu dense et très ramifié des cours d’eau. Ce réseau hydrographique a contribué à modeler en creux le relief de ces espaces.

Le socle cristallin, un relief d’arrondis, modelé en creux par des vallées encaissées

Localisé sur tout l’Ouest des Pays de la Loire, recouvrant la Loire-Atlantique, la Mayenne, la moitié Ouest du Maine-et-Loire ainsi que la plus grande partie de la Vendée, le socle cristallin du massif armoricain présente dans ses grandes lignes un territoire érodé, modelé en creux par le réseau hydrographique en fonction de la nature des roches affleurantes. Celles-ci sont peu perméables et favorisent donc un écoulement surfacique des eaux, qui se dirigent sans plus tarder vers l’océan et les réservoirs littoraux. De manière générale, rivières et cours d’eau forment un chevelu ramifié, souvent dense, qui s’écoule au gré des pentes sans pour autant former des structures régionales marquantes dans le paysage à l’exception de la Loire.

A l’échelle locale, les vallées présentent des formes souvent prononcées et sont séparées les unes des autres par des lignes de crête arrondies, qui laissent peu de place à l’expression du relief plan du plateau qui a résulté de l’érosion générale du massif armoricain. Vallons et talwegs se caractérisent par des ondulations d’amplitude variable en fonction de la nature des roches.

Les vallées encaissées (exemple de certains secteurs du plateau d’Ancenis) se caractérisent par une faible ouverture des vues et des pentes prononcées : elles sont souvent peu visibles depuis leurs abords proches, offrent des vues très cadrées depuis les fonds de vallées et les pentes mais jouent de mises en scène singulières et pittoresques depuis les points de bascule topographique.

Les vallées évasées (exemple du plateau de la Mayenne) montrent des coteaux moins prononcés et des largeurs plus importantes de coteau à coteau se traduisant par des dégagements visuels notables, quelle que soit la localisation de l’observateur. Le paysage en tant que tel paraît moins singulier du fait de son amplitude, voire « écrasé » du fait de l’absence de relief de comparaison.


Entre ces deux exemples se déclinent de multiples profils, auxquels s’ajoute la diversité des éléments végétaux et bâtis qui pigmentent chacun à leur manière la perception du paysage.

Ce relief induit des paysages d’alternance, souples et ondulés d’ampleur variable, instaurant une dynamique visuelle permanente.

Les plissements parallèles du Haut-Anjou

La zone centrale du massif armoricain observe une structure plissée orientée Nord-Ouest / Sud-Est constituée de différentes roches sédimentaires, des ardoises, des schistes et des grès. Correspondant à des synclinaux, les terrains ont fait l’objet d’une érosion différentielle qui a façonné le relief en fonction des roches sous-jacentes.

Il est remarquable de voir la concordance qu’entretient le réseau hydrographique avec les lignes de crête sur ce secteur. Dans leurs grandes orientations, les rivières suivent strictement les directions des lignes de crête et ont contribué à modeler en creux les structures géologiques par la formation des vallées dans les roches les plus meubles. Elles montrent également de nombreux décrochés perpendiculaires, qui correspondent à des lignes de failles secondaires, donnant un rythme géométrique au territoire (le chemin de l’eau sur le territoire est guidé par les zones de fragilité).


Il en résulte un paysage très orienté Est/Ouest, composé de creux et de bosses qui se ressentent particulièrement lors des déplacements Nord/Sud.

Des cisaillements géologiques qui constituent des lignes de force paysagère

Quelques ruptures topographiques, identifiées sur la carte du relief de la région des Pays de Loire (sillons), marquent les paysages de la région. Correspondant à des lignes de faille qui ont rejoué lors de la surrection des Alpes, elles mettent en évidence des jeux d’effondrement des blocs entiers du socle cristallin :

  • En particulier, le Sillon de Bretagne qui joint la Bretagne au Poitou et traverse la région du Nord-Ouest vers le Sud-Est, sur une ligne La Roche-Bernard/Nantes/Pouzauges.
  • Également, le sillon topographique du Layon traverse le territoire des Verchers-sur-Layon à Chalonnes et forge l’identité viticole de ce secteur.

Les orientations de la façade littorale atlantique sont issues de ces mêmes jeux de faille, comme le montrent l’Ile d’Yeu, la pointe rocheuse de Noirmoutier et les avancées du socle dans le Marais Breton-Vendéen, dont la formation résulte de l’effondrement de blocs sur socle cristallin.

Ces événements géologiques majeurs ont induit des reliefs vraiment spécifiques et identitaires dont la renommée a dépassé les limites de la région des Pays de la Loire. Du fait de leur force paysagère, ils témoignent de spécificités régionales qui deviennent identité.

Reliefs de cuestas et de buttes témoins, un héritage d’une érosion différentielle des roches

Plusieurs reliefs particuliers sont les témoins d’une érosion différentielle des roches et forment des paysages particuliers.

  • Les îles calcaires du marais poitevin forment des collines marquées et longilignes dans les horizons plats du marais ; elles supportent l’organisation du bâti et leur présence explique l’organisation actuelle du marais
  • De nombreuses buttes témoins jalonnent le paysage dans toute la région. Leur présence s’explique par la dureté de la roche et sa résistance à l’érosion : buttes à Fontenay-le-Comte, relief de buttes autour de Candé, formations perchées de La Verrie…
  • Des cuestas du Bassin Parisien, faiblement marquées mais visibles pour l’œil averti, caractérisent la bordure Nord-Est de la Sarthe.

Reliefs de cuestas et buttes témoins constituent des événements paysagers qui ponctuent et animent les paysages régionaux, points d’appels et de repères locaux qui induisent une dynamique visuelle intéressante.

La vallée de la Loire, un profil induit par la nature des roches

A l’échelle régionale, le profil de la vallée de la Loire témoigne parfaitement de l’impact de la nature des roches sur la structure morphologique du paysage.

Dans les paysages de l’Anjou blanc (ou Maine blanc en référence aux calcaires clairs), la Loire et ses affluents directs se caractérisent par une grande plaine alluviale qui entaille largement les formations calcaires du Bassin Parisien. La plaine mesure ainsi jusqu’à 8km de large en aval de sa confluence avec la Vienne à Candes-Saint-Martin et est structurée par des coteaux et contreforts marqués. Son profil se resserre largement à son entrée dans les couches de schistes et de grès du massif armoricain, se réduisant de moitié à l’approche d’Angers. Le cours de la Loire varie ensuite d’amplitude selon les secteurs traversés mais ne revient jamais à de grandes largeurs même dans les secteurs plus lâches (4Km de large à Saint-Julien-de-Concelles). Certains passages marquent de véritables goulets d’étranglements : les gneiss durs de Champtoceaux puis l’axe granitique du sillon de Bretagne à Nantes en sont les principaux exemples.

Ainsi, le statut ou rôle paysager de la vallée de la Loire est double :
  • Trait d’union dans l’Anjou oriental (à l’est d’Angers) entre 2 entités géographiques homogènes (géologie, pédologie, agriculture, végétation …) les plateaux du baugeois au nord et du saumurois au sud
  • Rupture géographique dans la partie occidentale de la région (à l’ouest d’Angers) entre deux entités géographiques bien distinctes, les plateaux ondulés du segréen et d’Ancenis au nord et au sud les plateaux et coteaux viticoles au sud

Les vallées amples du Bassin Parisien et leurs terrasses alluviales : Le Loir, La Sarthe

Dans les terrains sédimentaires, les vallées montrent un profil large car les terrains y sont plus meubles. Leur envergure peut atteindre quelques kilomètres (par exemple, 2,7 pour la vallée du Loir à Château-du-Loir). Ces vallées montrent un profil particulier du à la formation de terrasses alluviales lors des processus de glaciation/déglaciation quaternaires, dont l’effet érosif et comblant a fortement influencé les paysages de vallées.

Ainsi, les terrasses se caractérisent par la présence de décrochés typiques, verticaux et souvent de quelques mètres, correspondant aux anciens lits des rivières. Les formations alluviales sont particulièrement riches et font l’objet d’une exploitation agricole mêlant sylviculture (peupleraies), prairies, céréaliculture (sur les terres maintenues hors de l’eau)…


Vallées méandreuses et vallées sèches des plaines calcaires du jurassique

Formées par sédimentation sur des secteurs qui ont globalement peu rejoué, les roches des bassins parisien et aquitain favorisent la perception d’espaces globalement plans correspondant à des plaines et des plateaux.

Certaines couches des bassins sédimentaires accueillent des roches calcaires dont la perméabilité et la porosité sont telles que l’eau ne reste pas en surface mais est absorbée jusqu’à ce qu’elle rencontre une couche imperméable en profondeur (argiles, socle varisque…). Circulant dans les pores et au gré des fissures, elles ressurgissent sur les points intercalaires entre deux roches de perméabilité différentes sous forme de source et constituent alors un réseau hydrographique surfacique, souvent temporaire.

Ces structures sont présentes dans la plaine calcaire entre Fontenay-le-Comte et Luçon en Vendée, et sur la partie Ouest de la Sarthe, se localisant dans chaque cas à la zone de transition entre les terrains sédimentaires et le socle du massif armoricain.

Il en résulte deux éléments fondateurs du paysage :

  • Des vallées et vallons secs, visibles par de légères dépressions topographiques aux formes douces, viennent en modulation des étendues planes calcaires et créent de micro-événements paysagers ;
  • Des vallées plus importantes, comme l’Erve ou le Lay, vers lesquelles converge le réseau hydrographique, se caractérisent par de nombreux méandres resserrés et un relief particulier de cirques témoignant d’un phénomène d’érosion/engraissement des rives de la rivière. La rive concave est la plus abrupte car elle est soumise à l’action d’un courant rapide qui érode la berge tandis que la rive opposée, au débit plus lent, fait l’objet de dépôts d’alluvions qui tendent à adoucir les pentes (phénomène d’engraissement).

Le littoral, une limite naturellement mobile

Le trait de côte sous influence dunaire est naturellement mobile et fluctue sous l’influence des courants, des marées, des tempêtes et des apports alluviaux des rivières. Les effets des grandes tempêtes récentes (1999 et 2010) montrent l’impact de ces événements, ponctuels ou non, sur les lisières maritimes.

A titre d’exemple, Le Perrier constituait il y a encore quelques siècles une île protégée par un cordon dunaire en formation et le marais Breton-Vendéen était sous les eaux.

Le littoral de la région Pays de la Loire prend deux configurations :

  • Sur les secteurs cristallins, un littoral de falaises rocheuses,
  • En avant des dépressions des marais une côte sableuse, marquée par un paysage de cordons dunaires souvent boisés, qui renvoient dans l’imaginaire collectif aux images identitaires de l’atlantique vendéen.

En résumé : le relief accroche le regard et dessine la variété des paysages de la région des Pays de la Loire

Les reliefs façonnés par l’eau à l’ère quaternaire restent effectivement anecdotiques à l’échelle nationale mais revêtent une importance majeure à l’échelle régionale. Ils sont souvent ce qui crée le paysage, les accidents (buttes, effets de parois, collines successives, lignes de crête, falaises, dunes, vallées encaissées…) créent des points d’appel et de repère, des éléments d’animation… en parallèle, le caractère plat et horizontal (plateaux, plaines, marais, cœur de vallées …) permet au regard de glisser, de s’échapper, mettant ainsi en scène les « accidents » si souvent recherchés.

Partager la page

S'abonner