Les sous-unités paysagères des marches entre Anjou et Bretagne



Cette unité paysagère se caractérise par un relief ondulé, orienté et souligné par une trame bocagère plus ou moins dense s’accrochant sur des crêtes boisées. Les variations dans la perception de ces paysages tiennent principalement à la lisibilité des orientations du relief, à la densité de la trame bocagère, à la richesse et la lisibilité du patrimoine industrialo-minier, à l’implantation des bourgs et à la lisibilité de la pression urbaine des agglomérations ou des axes sur les bourgs. Ainsi 6 sous-unités paysagères se distinguent :
  • Les sillons ardoisiers et miniers
  • Les vallées du Sud segréen
  • Les crêtes sous l’influence urbaine d’Angers
  • Le plateau ouvert du Don
  • Les vallées du Castelbriantais
  • Les crêtes habitées du Don

Les sillons ardoisiers et miniers

Cette sous-unité exprime nettement les caractères de l’unité. On y retrouve l’alternance de vallées et de crêtes qui suivent cette direction de manière très lisible. Ponctuellement, on retrouve des petites vallées perpendiculaires qui perturbent localement l’organisation générale du paysage en constituant du coup un micro paysage spécifique comme la Brutz. Cette petite vallée se singularise par ailleurs par son paysage minier et assure la transition vers les crêtes de Bain-de-Bretagne (unité paysagère de l’atlas des paysages d’Ille-et-Vilaine). Les crêtes boisées de la forêt d’Araize et du bois de Tellay assurent un cloisonnement visuel qui sépare de manière lisible les régions Bretagne et Pays-de-la-Loire.


Ce socle paysager est animé par la ponctuation des repères que constituent les bourgs, et plus particulièrement leur clocher, qui s’implante sur les crêtes (ou sur la rupture de pente des coteaux). Cela se traduit par de fortes relations de covisibilités parfois très lointaines.

Les implantations bâties traditionnelles respectent la direction générale du relief (qui correspond à une implantation optimale par rapport à l’ensoleillement et à la topographie) et sont principalement localisées à mi pente sur les coteaux en relation directe avec les fonds de vallée. Outre l’orientation, on a donc dans cette unité une véritable stratification du paysage.
Ainsi en partie basse, au fond de vallée, on retrouve souvent un paysage plus fermé, cloisonné par le réseau bocager fermant d’anciennes prairies pâtures humides. Aujourd’hui, le réseau bocager est souvent relativement altéré mais subsiste toujours une ripisylve plus ou moins épaisse masquant le cours d’eau. Sur les coteaux, il ne reste en général que quelques haies bocagères bordant les anciens chemins creux ou des alignements d’arbres trahissant les anciennes haies. Sur le plateau, les grandes cultures ponctuées de quelques arbres isolés ou alignés d’anciennes haies laissent le paysage complètement ouvert.


Cette sous-unité est fortement marquée par la richesse du patrimoine minier (mines de fer de Brutz, de Nyoiseau) et ardoisier (carrières de Renazé, Misengrain). Cela se traduit par les chevalements qui pointent sur l’horizon des crêtes boisées, par les quartiers de de type corons près de la mine ou autour des bourgs voisins et par le paysage singulier des terrils d’ardoises sur lesquels ne poussent que les bouleaux. L’activité d’extraction est encore très présente dans le paysage avec notamment les carrières de roche massive.



Les vallées du Sud Segréen

Sur la structure paysagère marquée de l’unité, les fonds de vallons présentent dans ce secteur, un paysage confus et hétérogène avec alternance d’une végétation dense issue de la trame bocagère de qualité variable et de secteurs totalement remembrés et dénudés. De plus, entre les lignes de crêtes majeures, les zones en « creux » ne présentent pas une topographie homogène mais au contraire un réseau d’ondulations successives plus ou moins prononcées, qui rendent plus confuse la lecture générale de la structure identitaire. Cette alternance engendre des échelles de paysages différentes et une lecture plus difficile dès que l’on quitte les lignes de crêtes. Le degré d’ouverture du paysage n’est pas constant, parfois très fermé avec les vues très courtes bloquées par les écrans végétaux successifs et imbriqués de la trame bocagère ou au contraire un paysage très ouvert dévoilant des lignes de crêtes très sensibles et nues.


Les bourgs sont implantés dans les « creux » (c’est-à-dire entre les lignes de crêtes majeures), au niveau des vallonnements secondaires. Leur clocher constitue généralement un point d’appel mais leur silhouette reste généralement discrète. Implantés en charnière en périphérie de la sous-unité, les pôles de Segré, Candé et Pouancé se distinguent par leur paysage urbain structuré sur des vallées et par leur ceinture d’activités aux bâtiments souvent imposants et lisibles de loin. Quelques manoirs, chapelles, châteaux et moulins ponctuent et animent le paysage et jouent le rôle de points d’appels et relais visuels. Les éoliennes de Freigné marquent le paysage à l’ouest de la sous-unité.

Les crêtes sous l’influence urbaine d’Angers

L’ossature des marches entre Anjou et Bretagne est ici très claire et très lisible. Les lignes de crêtes orientées nord-ouest/sud-est sont parfaitement marquées et structurantes. Les creux sont, quant à eux plats et animés d’une trame bocagère équilibrée : jeux de transparence, de cadres et de fenêtres, mise en scène du paysage. La trame bocagère semble ici très préservée, voir même se referme par boisement ou enfrichement de certaines prairies. Les ruisseaux serpentent au cœur de ces « creux », soulignés par une ligne végétale sinueuse.


Les villages sont perchés sur les lignes structurantes. Leur urbanisation s’étage sur le coteau, dominé par l’église, l’influence architecturale de l’Anjou se fait ressentir dans les encadrements de fenêtre en tuffeau. Des relations visuelles très fortes existent de bourg à bourg, renforcées par des liaisons routières directes : dans l’axe de la voie se situe le clocher du village vers lequel on se dirige et à l’arrière celui du village que l’on vient de quitter (exemple : entre La Pouëze, Bécon-les-Granits et Saint-Augustin-des-Bois). De par leur position et leur implantation, ces bourgs présentent des lisières très sensibles notamment au niveau de la ligne de crête et sur la pente du coteau.
La proximité de l’agglomération angevine et les facilités de desserte ont valu aux bourgs de la sous-unité un très fort développement de zones pavillonnaires qui enchâssent voir masquent aujourd’hui les centres anciens. C’est véritablement cette dynamique résidentielle qui distingue fortement cette sous-unité des vallées du Sud Segréen.

Le plateau ouvert du Don

Cette sous-unité se caractérise par un relief moins marqué qui dessine un large plateau creusé par de nombreuses petites vallées (qui impriment la direction dominante de l’unité, notamment le val de Don amont). Les lignes topographiques permettent de séparer bien distinctement les petites vallées du plateau dans lequel elles s’insèrent. Le plateau est parcouru par de faibles ondulations qui vont tour à tour cacher ou dévoiler le paysage, rythmant les voies de circulation et ménageant des espaces de respiration visuelle


Cette relative planéité est marquée par une ouverture importante du paysage. Sur les plateaux, la maille bocagère est très lâche et ne se limite parfois qu’aux bas-côtés de la route. Cela donne un espace ouvert qui offre les vues sur le lointain et laisse apparaître franchement les repères paysagers que sont les lignes de crêtes, les masses boisées et les autres éléments anthropiques, tels que châteaux d’eau ou installations industrielles importantes.
A contrario, les vallons dégagent des ambiances intimistes. Le passage des vallées est marqué par un resserrement de la topographie et une végétation plus importante que sur le plateau. On retrouve ainsi sur les aplombs rocheux de grandes bandes boisées ou de landes. Les vues se trouvent fortement raccourcies et cadrées par les coteaux. La ripisylve se caractérise par des arbres et des buissons de moindre taille qui permettent de suivre la ligne du cours d’eau et créent des ambiances intimistes. L’absence de boisement sur certains coteaux permet des vis-à-vis des hauteurs, mettant les vallées en perspective dans le grand paysage auquel elles appartiennent. La vallée du Don est particulièrement intéressante du fait qu’elle concentre les éléments historiques identitaires de cette unité paysagère.

Même si l’habitat se regroupe au sein de bourgs denses, la sous-unité est marquée par un habitat épars de type pavillonnaire en zone rurale. En périphérie, de nombreuses fermes et de petits hameaux se distinguent, privilégiant les hauts de relief pour s’implanter. On y retrouve notamment, d’anciens moulins qui se posent en repère dans le paysage.

Les vallées du Castelbriantais


C’est véritablement dans cette sous-unité que s’expriment tous les caractères identitaires de l’unité. De manière très lisible dans le paysage, on y retrouve les jeux d’ondulations nord-ouest/sud-est, souvent relayés par des petites vallées secondaires. L’agglomération de Châteaubriant s’est d’ailleurs directement implantée sur l’une de ces crêtes qui répond aux crêtes boisées qui encadrent le territoire de la sous-unité. Le paysage est refermé sur lui-même, tourné vers ses vallées (la Chère, la Brutz, la Verzée et le Néant). Sur ces vallées et sur les ruisseaux affluents se succèdent en chapelets, les retenues d’eau qui font tourner les moulins et alimentent les nombreux étangs. Autrefois, le rôle des étangs était purement fonctionnel, ils prennent aujourd’hui des fonctions de loisirs importantes, notamment auprès des bourgs ou des centres urbains. L’alternance des vallées et des crêtes donne dans ce paysage tout son sens à l’expression "aller par monts et par vaux".
Dans les méandres des vallées, le bocage est encore relativement dense. Il cloisonne l’espace et referme un peu plus les vues. Seuls émergent les vieux moulins, les clochers des bourgs perchés, les éoliennes, les silos et les châteaux d’eau. Sur les hauts de coteaux, les pentes sont moins fortes autorisant plus facilement la mécanisation de la culture, ce qui se traduit par une ouverture plus importante de la maille bocagère.

Dans ce contexte bocager plus ouvert, les nouvelles extensions agricoles apparaissent plus fortement. Les anciens corps de fermes sont adossés de hangars métalliques et de bâtiments d’élevage longilignes et colorés. Les ensembles bâtis sont plus imposants et plus lisibles dans le paysage.


Edifié sur une butte de schiste et de grès, le château de Châteaubriant marque en repère la cité médiévale au cœur de l’agglomération castelbriantaise. Véritable axe commercial protégé, la vieille ville charme aujourd’hui par ses ambiances intimistes de vieilles rues bordées de maisons à colombages et jalonnées de porches et de portes. Les extensions urbaines récentes notamment vers la gare et les grands axes routiers offrent aujourd’hui un tout autre paysage. Les importantes zones industrielles et commerciales donnent une lecture plus monumentale de la ville avec un important jalonnement publicitaire. Les quartiers étroits et denses du centre sont aujourd’hui entourés d’importantes zones pavillonnaires.

Les crêtes habitées du Don

Cette unité s’articule autour de la vallée du Don et de son affluent le Ruisseau de Sauzignac qui, à partir de Moisdon-La-Rivière, prennent une amplitude beaucoup plus importante qu’à l’amont. Leur gabarit s’approche de celui de l’unité voisine des vallées des marches de Bretagne.


Ce paysage se distingue par des ondulations du relief Est/Ouest de plus grande amplitude. Cela se traduit non seulement dans le relief mais aussi dans toutes les autres composantes paysagères. La végétation suit les lignes de crête en s’appuyant notamment sur l’ensemble boisé rassemblant la forêt d’Ancenis et la forêt de Saint-Mars-la-Jaille, Quelques petits boisements habillent les hauts de crête mineurs, entrecoupés par des parcelles cultivées. Un maillage bocager assez lâche lie l’ensemble.
Les lignes de crête supportent l’essentiel du bâti ancien mais aussi récent, tandis que les fonds de vallées, larges et inondables, abritent un important patrimoine industriel représenté par des forges et des carrières. L’activité extractive se manifeste également dans le paysage, via le terril d’Abbaretz, témoin des anciennes mines d’étain, depuis lequel il est possible d’avoir un large panorama sur l’ensemble du territoire.
La voirie présente un maillage assez orthogonal : les voies principales sont perpendiculaires aux vallées et les voies de dessertes, sur lesquelles s’alignent le bâti, suivent l’orientation Est/Ouest. Le bâti forme des structures linéaires denses aux cours orientées vers le sud et s’adosse parfois au coteau comme le manoir du site du Grand Val.

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