Les dynamiques paysagères du bocage rétro-littoral

Exemple d’évolution secteur de Chéméré et d’Arthon-en-retz

Dans le cadre de l’analyse des dynamiques paysagères, pour chaque unité paysagère, un secteur particulier est choisi de manière à caractériser, en tant qu’échantillon représentatif de l’unité, une large partie des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Cette analyse s’appuie notamment sur la comparaison des données cartographiques et des photographies aériennes à différentes époques données. Ce zoom est représentatif mais non exhaustif des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Les dynamiques de l’unité qui ne s’illustrent pas à travers cet exemple sont donc détaillées à la suite.


Des formations historiques denses aux abords des voies La carte d’état-major de 1866 présente deux formations urbaines bien distinctes : Arthon-en-Retz, l’agglomération principale qui présente un bâti dense, implanté à l’alignement de la rue principale, et Chéméré qui forme une petite enveloppe urbaine, ancrée ponctuellement sur la route de Nantes. Prenant sa source dans la commune de Chéméré pour rejoindre Pornic, le canal de Haute Perche longe le bourg sur sa partie nord. Son aménagement visait initialement à relier l’océan au réseau du Pays de Retz et à la Loire par l’Acheneau et le Tenu. Chéméré est traversé par la Blanche qui se jette ensuite dans l’Acheneau. Autour de ce réseau fluvial, un ensemble de voies rurales dessert les campagnes environnantes dans un maillage rayonnant autour des bourgs. Les hameaux s’implantent au coeur des plateaux (le Breuil, la Davière-des-landes) ou en surplomb des vallées (la Meule). Quelques parcelles viticoles ponctuent le bocage.


Le renforcement des infrastructures modifie en profondeur le paysage L’orthophoto de 1958 montre qu’à cette époque, la mise en réseau du territoire s’articule principalement à partir d’un réseau viaire dense de petites routes de campagne qui relient les bourgs et les hameaux entre eux. L’augmentation des flux sur la route de Nantes à Pornic a encouragé le développement de la RD 751. Au niveau d’Arthon-en-Retz et de Chéméré, cela s’est matérialisé par l’aménagement d’un contournement au nord des bourgs historiques. Cet axe impose ainsi dans le paysage un couloir viaire de grande échelle, créant un effet de rupture entre la partie sud urbanisée en continu et la partie nord majoritairement agricole. Complémentaires de la RD 751, de nombreux aménagements viennent modifier le paysage du secteur : échangeurs, ponts, talus, dispositifs anti-bruits, glissières…), tout comme les zones d’activités qui caractérisent les entrées est et ouest du regroupement Arthonen-Retz/Chéméré.
Le développement des axes est-ouest est un élément répétitif du paysage de l’unité, illustrant le développement des liaisons entre les grandes agglomérations et le littoral : cas de la RD 753 entre Cholet et Saint-Jean-de-Monts, de la D117 entre Nantes et Saint-Jeande-Monts, de la D160 entre La Roche-sur-Yon et les Sables d’Olonne. L’ensemble de ces infrastructures connaissent des caractéristiques et des abords semblables : aménagées ponctuellement en 4x4 voies et accompagnées régulièrement de la mise en place d’échangeurs locaux, d’équipements et de structures spécifiques.

Le site de la Mothe-Achard, situé dans l’arrière-pays des Olonnes et du Talmondais, répond à une même logique de développement de zone d’activités industrielles, artisanales et commerciales greffé sur la RD 160 reliant La Roche-sur-Yon aux Sables d’Olonne. Ces deux exemples, à des échelles différentes, illustrent des dynamiques qui contribuent à modifier fortement le paysage aux abords des principales infrastructures. La typologie, les volumes des bâtiments d’activités, ainsi que leur colorimétrie et les affichages publicitaires qui les accompagnent, sont à la base des nombreux enjeux qui se posent en termes d’intégration paysagère.


Par ailleurs, la ligne de chemin de fer reliant Saint-Hilaire-de-Chaléons à Paimboeuf et qui marquait historiquement la limite nord-est de l’enveloppe urbaine de Chéméré ayant cessé de supporter le moindre trafic ferroviaire depuis 1998, l’emplacement de l’infrastructure dans le paysage est désormais marquée par le linéaire de haies qui se constitue progressivement autour de rails, marquant l’enfrichement progressif de l’infrastructure.

La prolifération du modèle pavillonnaire vers une continuité bâtie
La comparaison des orthophoto de 1959 et 2010 du secteur d’Arthon-en-Retz et de Chéméré montre une extension importante de l’enveloppe urbaine à partir des deux formations historiques, conséquence de l’attractivité forte de ce secteur situé à proximité de la métropole nantaise et du littoral. Dans le cas de Chéméré, cette extension s’est réalisée principalement aux abords de l’ancienne route principale reliant Nantes à Pornic. Illustrant la pression urbaine vécue par la commune, l’urbanisation s’est diffusée de manière importante vers le sud sur les dernières années. Le cas d’Arthon-en-Retz montre également une expansion très importante de l’habitat pavillonnaire vers le nord-est et le sud-ouest, tandis qu’un hameau ancien, désormais coupé du bourg depuis l’implantation de la RD 751, s’épaissit sur les dernières décennies avec un apport de nouvelles constructions. Ces évolutions ont ainsi contribué à la fusion récente des tâches urbaines des deux communes, constituant une forme de conurbation.
Ces extensions urbaines récentes se sont développées sous la forme d’un tissu pavillonnaire diffus où la construction principale est non mitoyenne et implantée en retrait des voies, en contraste avec la morphologie des centres anciens au sein desquelles le bâti s’implante de manière continue, à l’alignement de la rue. La diffusion de ce modèle d’expansion des bourgs en appui des hameaux des zones rurales, contribue ainsi à modifier le paysage des franges urbaines.


L’évolution de la structure bocagère : entre ouverture et fermeture des paysages La comparaison des orthophotos de 1958 et de 2010 ainsi que la carte IGN de 2013 permettent de constater une diminution du maillage bocager qui s’opère de façon concomitante à un phénomène de regroupement parcellaire. La vue aérienne de 1959 montre ainsi une structuration parcellaire en lanière, découpées le long des voies, au sein de laquelle le maillage bocager entoure régulièrement plusieurs parcelles. Au cœur des vallons, la structure parcellaire perd de sa géométrie en répondant aux courbes creusées par le passage de l’eau et le maillage bocager s’épaissit. Le paysage rural subit deux évolutions qui se distinguent facilement sur les orthophotos. D’une part, un éclatement progressif de la maille bocagère, qui contribue à ouvrir le paysage, et qui résulte d’un double phénomène avec d’un côté le développement de l’activité agricole céréalière ou maraîchère et, de l’autre, l’affirmation des grands axes routiers. D’autre part, au contraire, certains secteurs sont soumis à une fermeture progressive par un renforcement du linéaire de haies ainsi qu’un confortement des boisements situés au niveau des vallons. C’est notamment le cas au sud où le bocage reste assez dense. A noter que certains secteurs, et notamment à l’est de Chéméré, connaissent une relative stabilité de leur maille bocagère, témoignage possible d’un remembrement plus tardif que 1958.

Une activité agricole qui évolue et qui change le paysage
L’exemple du secteur d’Arthon-en-Retz et de Chéméré illustrent le phénomène d’ouverture des structures bocagères sur les plateaux, conséquence en partie, du développement des grandes cultures céréalières. Par ailleurs, le développement de l’activité maraîchère, étroitement liée à celui des infrastructures viaires, progresse dans l’unité paysagère du bocage rétro-littoral. Les grandes parcelles sont souvent recouvertes de tunnels de plastiques ou d’alignement de serres qui sont très visibles au sein des paysages ruraux, car laniérées et de couleurs vives ou brillantes dans un contexte paysager bocager. C’est le cas notamment aux abords de la RD 117 à proximité de Machecoul où cette activité est particulièrement importante.

Un paysage à l’interface de plusieurs pressions urbaines

L’unité paysagère du bocage rétro-littoral, si elle renvoie aujourd’hui à un secteur bocager relativement préservé, n’en reste pas moins concernée par des pressions urbaines fortes, aux confluences des dynamiques urbaines (métropole nantaise au nord et yonnaise plus au sud), et du report des pressions du littoral vendéen. La rencontre de ces influences se matérialise d’ailleurs par un maillage est-ouest qui se renforce toujours plus et qui devient le support du développement urbain et économique de l’unité.

Du fait de la saturation de la bande côtière, la pression urbaine se reporte progressivement sur le bocage rétro-littoral. L’axe de communication nord sud qui dessert la côte se reporte progressivement en arrière des stations balnéaires. Cet axe forme un vecteur d’urbanisation puissant le long duquel un tissu urbanisé continu se forme progressivement. Cette bande urbanisée vient s’intercaler entre les sites préservés de la façade maritime (sites classés, zone Natura 2000) et le bocage rétro littoral. Cela risque à terme de fermer les fenêtres paysagères qui permettent de sauvegarder la continuité entre littoral et bocage. Il est souhaitable que les documents d’urbanisme intègrent cet enjeu paysager majeur que représente le maintien de transepts est-ouest. A l’échelle de l’unité, les rares secteurs qui affichent des dynamiques plus faibles sont ceux situés à l’écart des influences des grandes aires urbaines.



Sur la partie ouest de l’unité, les évolutions récentes connues par un grand nombre de formations urbaines témoignent du report de l’attractivité littorale vers l’intérieur des terres. Le coût du foncier sur le littoral, ainsi que les dispositifs de protection expliquent les implantations sur les communes rétro-littorales.
Aussi le développement des extensions pavillonnaires y est particulièrement prégnant et le report des influences littorales est visible par l’aménagement des sites d’hébergements de plein air.

Des paysages agricoles traditionnels, une présence viticole qui s’amenuise

Le bocage rétro-littoral s’organise historiquement autour d’une activité agricole structurante qui a notamment contribué au développement d’un habitat rural isolé. Au sein des vallées, et notamment dans la sous-unité paysagère des vallées de la Vie et du Jaunay ou encore à l’est de la sous-unité du plateau bocager du pays de Retz, les grandes vallées et les prairies inondables sont le support idéal des activités d’élevage et du maintien des prairies de pâtures.
A l’ouest de l’unité, au niveau des coteaux, l’activité viticole qui a longtemps contribué au dynamisme de l’économie rurale, tend à s’amenuiser.

L’inscription récente des parcs éoliens dans le paysage

Le bocage rétro-littoral connaît depuis plusieurs années un développement des éoliennes avec notamment le parc éolien de La Garnache ou encore celles de Vairé au sud de l’unité. Dans un contexte de relief très horizontal, l’implantation de ces nouveaux points de repère dans le paysage inscrit un nouveau rapport d’échelle dans le paysage.

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