Les dynamiques paysagères du bocage du Sillon de Bretagne

Exemple d’évolution caractéristique de l’unité sur le secteur du Temple de Bretagne


Un village rue dans un bocage de prairies humides La lecture de la carte d’état-major montre que le bourg ancien du Temple-de-Bretagne s’étire en rue sur l’ancienne route de Nantes Pontchâteau. Il s’inscrit en point haut au cœur d’un réseau bocager dense qui s’implante sur de nombreux petits vallons. L’ensemble des hameaux s’implante de manière groupée et diffuse sur ces petits vallons.

Un développement du bourg en étoile dans un réseau bocager dense
L’orthophotoplan de 1948 montre un développement du bourg en étoile le long des voies rurales vers le sud. La structure du village rue se renforce sur l’axe principal. Les parcelles de cultures sont découpées en lanières le long des voies dans une maille bocagère plus large (regroupant 3 à 5 lanières de cultures). Ce bocage de polyculture enchâsse les prairies de pâture qui s’organisent le long des petits vallons. Les hameaux s’épaississent et dans les parcelles bocagères autour on observe souvent la présence de vergers de pommiers extensifs. Il en résulte une composition paysagère riche et complexe qui donne une impression de bocage « labyrinthique ».



Un paysage qui s’urbanise et change d’échelle : L’orthophoto et la carte IGN de 2013 montrent que la mise en place de la 2x2 voies Nantes Vannes a été l’élément majeur induisant de profondes mutations dans le paysage :
  • La réorganisation de la trame parcellaire liée au remembrement consécutif à la création de la voie : cela se traduit par l’ouverture du bocage et la création de plus grandes parcelles (que l’on retrouve au nord de la voie)
  • La mise en place de l’échangeur qui autorise un accès rapide aux agglomérations proches (Nantes - Savenay - Pontchâteau) avec pour conséquence le développement pavillonnaire autour du bourg ou dans la campagne et la création de zones d’activités à l’ouest (en vitrine sur la voie)
  • L’évitement du bourg que l’on ne traverse plus mais dont on perçoit les arrières (avec ses conséquences certaines sur l’occupation de la rue principale et la viabilité de ses commerces)
    En parallèle, la mécanisation des pratiques agricoles a aussi contribué au rassemblement des parcelles de cultures pour créer des grands champs. Sur les parties hautes à l’appui des routes le bocage change d’échelle et beaucoup de haies disparaissent. Dans les vallons, la trame bocagère semble résister (les prairies humides aux terrains lourds sont plus difficilement valorisables par des cultures). Cependant on observe une fermeture de ce bocage par le boisement ou l’enfrichement de ces parcelles

Une fermeture du paysage lié au couple diffusion urbaine et déprise agricole



On observe un développement du secteur résidentiel sous forme de mitage ou d’opérations groupées pavillonnaires, et à l’apparition corollaire de dents creuses agricoles évoluant vers des friches (voir du boisement) et une disparition globale des parcelles agricoles proches de l’urbanisation. Ces développements se greffent le plus souvent sur des bourgs, hameaux ou infrastructures routières existants.

L’unité paysagère subit globalement une forte pression à la périphérie des bourgs et aux abords des infrastructures majeures comme la RN 165 ou la RN 137. Cette pression est particulièrement forte au Sud-Est, à l’approche de Nantes et s’exprime à travers une diffusion urbaine importante. Le paysage bocager y est déjà fortement déstructuré.

Vers une banalisation de l’architecture et du paysage urbain

Cette nouvelle urbanisation est souvent peu respectueuse des structures traditionnelles. Ces maisons entourées de jardins et en retrait des voies contrastent fortement avec les groupements de l’habitat traditionnel comme les centres bourgs où les hameaux.

L’intégration architecturale fait souvent défaut. Les opérations n’intègrent pas toujours d’espaces publics de qualité et sont souvent construits à partir des réflexions de circulation automobile. La palette végétale horticole qui prédomine dans le paysage des bourgs est rarement reprise.

La banalisation du paysage est ainsi fortement avancée sur l’unité, notamment au sud : les caractéristiques du paysage rural deviennent de plus en plus difficilement perceptibles.

Une activité agricole qui subit les pressions urbaines ou les projets d’équipements

La matrice agricole de l’unité a été relativement préservée aux abords de Notre-Dame-des-Landes compte tenu du projet d’aéroport (dont la planification depuis plusieurs décennies a gelé le développement urbain dans les zones rurales concernées).

Ailleurs, la pression urbaine a eu une incidence forte sur les terres agricoles. L’ouverture des paysages a participé à la « mise à nu » des nouvelles franges urbaines ou de pavillons isolés.


Dans l’ensemble, de plus en plus de nouveaux espaces sont arrachés aux terres agricoles, afin de devenir constructibles et ainsi d’accueillir les logements et les activités. À la périphérie des bourgs, la périurbanisation au gré des opportunités foncières isole parfois certaines parcelles agricoles. Ces parcelles se trouvent coupées du reste de l’espace rural et leur surface ne suffit plus pour une exploitation devant être rentable. Ces terrains deviennent ainsi des friches agricoles en attendant qu’une nouvelle fonction leur soit attribuée (le plus souvent elles sont finalement dédiées à leur tour au développement urbain). On assiste ainsi à la disparition progressive des parcelles agricoles proches de l’urbanisation.

Des infrastructures toujours en expansion et une économie dynamique

Le projet de liaison RN137 / RN165, qui a pour objectif de mieux desservir le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes induira un très important changement de paysage. Ainsi, la question du positionnement de l’éventuelle liaison structurante Nozay / Savenay au sein de la matrice agricole sera essentielle pour l’évolution des paysages.

Les 2x2 voies sont des vecteurs de diffusion urbaine importants ; à leurs abords, le paysage tend à se banaliser et à perdre ses caractéristiques propres. La RN 137 véhicule son propre paysage de « tunnel vert ». De plus ces axes de communication génèrent un développement linéaire du bâti à proximité des échangeurs.


En recherche d’accessibilité, des activités ainsi que des habitations s’insèrent à proximité des axes routiers, créant des formes linéaires et imposantes ainsi de nouvelles règles d’organisation spatiale en rupture avec les formes traditionnelles.

L’unité a par ailleurs été marquée par la mise en place d’un parc éolien sur le secteur de Campbon.

A plus petite échelle, les voies de transit ou d’accès aux lotissements créent un paysage linéaire propre. Ce sont souvent d’anciennes voies communales dont l’aménagement paysager s’est limité à un élargissement de l’emprise routière accompagné de mobilier de type routier (dispositifs anti-bruit, glissières, lampadaires, merlons qui masquent le paysage) sans intégration paysagère à l’environnement qu’elles traversent.

Des vitrines économiques qui ne jouent pas toujours la carte de la qualité paysagère


Le développement économique se concentre aux abords des principales infrastructures. Les zones d’activités situées le long de l’axe Nantes Vannes ont un impact visuel fort et bénéficient rarement d’un traitement paysager. Le nombre d’implantations se multiplie.

Deux futures zones d’activité sont prévues dans le cadre du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, aux abords immédiats du site ou de l’axe Nantes/Rennes : extension de la zone de Grandchamps en bordure de la RN137 et création d’une zone d’activité au lieu-dit La Gazelle (au nord de l’échangeur d’accès à Temple de Bretagne).

Le pays de Pontchâteau / Saint-Gildas-des-Bois prévoit l’aménagement de zones d’activité aux abords de la RN 175.

Le paysage actuel des zones d’activités est peu structuré, les activités implantées étant juxtaposées les unes aux autres sans réel travail sur les lisières ou sur l’identité architecturale et urbaine de ces ensembles.

Pour en savoir plus sur les dynamiques des paysages à l’échelle régionale

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