Les dynamiques paysagères des vallées du pays de Laval

Exemple d’évolution caractéristique de l’unité sur le secteur de Port-Brillet

Dans le cadre de l’analyse des dynamiques paysagères, pour chaque unité paysagère, un secteur particulier est choisi de manière à caractériser, en tant qu’échantillon représentatif de l’unité, une large partie des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Cette analyse s’appuie notamment sur la comparaison des données cartographiques et des photographies aériennes à différentes époques données. Ce zoom est représentatif mais non exhaustif des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Les dynamiques de l’unité qui ne s’illustrent pas à travers cet exemple sont donc détaillées à la suite.
Implantation historique
« L’agglomération de Port-Brillet doit son existence à la présence d’anciennes forges. C’est surtout au siècle dernier [lire au XIXème siècle] que celles-ci se sont développées, ainsi que l’agglomération qui a vu l’apparition des cités ouvrières. Le premier site urbanisé est un coteau à forte pente exposé au sud, les forges se trouvant dans le fond de la vallée au bord de la rivière dont elles tiraient profit. Plus récemment, l’urbanisation a gagné le coteau (déjà partiellement urbanisé) qui fait face. » (Source : CERESA, Atelier TRIGONE. Atlas des paysages de la Mayenne. Tome 3 : études de cas. DIREN Pays-de-la-Loire, DDE Mayenne, 1999).


Née des anciennes activités métallurgiques, dont la présence est attestée historiquement depuis le XVème siècle, la fonderie Tebeco ouvre au début du XVIIème siècle pour se spécialiser dans un premier temps dans la fabrication de canons et boulets puis d’inserts de cheminée, d’éléments de mobilier urbain et de décoration. Les facteurs expliquant l’implantation de la fonderie à Port-Brillet sont multiples : la proximité de la ressource en minerai de fer, mais également la présence du bois (Bois aux Moines, Bois du Misdon, Bois de Clermont) et de l’eau (Étang des Forges, Étang du Moulin). La carte d’état-major de 1866 laisse déjà apparaître la ligne de chemin de fer Paris-Brest qui dessert Port-Brillet dès 1853, et plus spécifiquement le site des forges à travers un aménagement ferroviaire adapté. Avec le développement de l’activité et l’implantation des ouvriers dans le secteur, la commune de Port-Brillet naît en 1874, par l’agglomération de terres des communes voisines. A la suite de la Première Guerre mondiale, période durant laquelle l’activité des forges s’intensifie, le déclin industriel du site s’opère lentement jusqu’à la cessation définitive de l’activité en 2011.
L’orthophoto de 1958 montre l’emprise foncière importante du site industriel. L’usine est ainsi constituée d’un ensemble de bâtiments au volume important, et organisée autour d’un complexe central et rectangulaire habillé d’un toit à sheds. La ligne de chemin de fer dessert le site et marque une frontière entre les quartiers résidentiels des ouvriers et l’usine. Sur la frange nord de l’usine, un étang artificiel a été aménagé. Face à l’usine, les logements ouvriers gagnent les coteaux exposés au sud. Ils s’articulent sous la forme d’un alignement de petites maisons avec jardins privatifs.

Suite la cessation des activités de la forge en 2011, les acteurs locaux interviennent aujourd’hui pour requalifier le site et proposer une alternative à l’abandon des bâtiments existants par la création d’un « village artisan » qui met à la disposition des entreprises intéressés les anciens bâtiments industriels.


Des extensions récentes dépassant la ligne de crête au Nord et empiétant sur la forêt au Sud L’orthophoto de 1969 laisse apparaître la construction d’un nouveau bâtiment sur la partie sud du site industriel, témoignage visuel d’un certain dynamisme économique connu pendant la période des Trente Glorieuses. Elle montre également une accélération du développement résidentiel par la construction de lotissements pavillonnaires épaississant l’enveloppe urbaine sur le coteau nord. L’urbanisation du plateau au sud se prolonge en gagnant sur l’espace boisé, ce qui tend à recentrer les forges dans l’espace urbain.
La comparaison des orthophotos de 1969 et 1996 montre la diffusion de l’urbanisation sur les franges orientales et septentrionales du bourg. Au nord, le développement pavillonnaire continue de gagner du terrain sur l’espace agricole en investissant notamment les parcelles qui accueillaient jusqu’alors des vergers. A l’ouest, le bourg s’étend avec l’aménagement de nouveaux équipements : terrain de sports, déchetterie. L’orthophoto de 2013 permet de constater que ces évolutions urbaines tendent à se prolonger avec des extensions pavillonnaires qui continuent à gagner le haut des coteaux au nord de la commune.

Une évolution des activités agricoles qui déstructurent progressivement le réseau bocager

La comparaison des orthophotos de 1958 et 2010 permet de constater les évolutions qui touchent les espaces agricoles du secteur de Port-Brillet et notamment une modification, certes modérée, mais effective de l’organisation parcellaire. Sur les secteurs de plateaux, les processus de remembrements ont entraîné une diminution du nombre et un élargissement de la taille des parcelles. A l’inverse, sur les coteaux et au niveau des vallées, la simplification du maillage est nettement moins prégnante. Ainsi, si les prairies occupent toujours une place importante, on observe une progression constante des activités liées à la céréaliculture (maïs et du blé).

L’intensification de l’activité agricole et le développement de l’élevage hors-sol ont contribué au développement des bâtis agricoles aux volumes imposants, qui ne sont plus accompagnés de linéaires bocagers.
Face à la diminution du réseau bocager, des initiatives locales sont engagées et visent à préserver le réseau existant. A ce titre, la Communauté de Communes du Pays de Loiron a engagé un Plan Bocage issue des préconisations de la Charte paysagère et urbanistique de 2010, elle-même réalisée dans le cadre de la Charte de territoire de la communauté de communes. La charte paysagère du Pays de Loiron met en exergue la qualité encore préservée des paysages, mais également la fragilité du bocage, et notamment des haies, qui le constituent. Les objectifs du plan sont de :
  • Réaliser un état des lieux du bocage, tant qualitatif que quantitatif
  • Valoriser et favoriser l’entretien du linéaire de haies existant, de la faune et de la flore associées
  • Sensibiliser et informer sur le rôle de la haie et inciter si nécessaire, à la plantation et au regarnissage sur l’ensemble du territoire
  • Informer et valoriser la filière bois (en lien avec la construction de la plate-forme de stockage de bois déchiqueté

Si le maintien et le développement des linéaires bocagers est un objectif des campagnes de replantation en cours, la manière dont celles-ci se pratiquent tend à créer un paysage agricole contrastant avec les paysages bocagers traditionnels. En effet, si les haies traditionnelles se distinguaient par leur importance (en termes de densité), elles comprenaient une certaine diversité dans le contenu des essences.
La fermeture des paysages de vallée La comparaison des orthophotos de 1958 et 2010 montre une tendance à une densification végétale au niveau des vallées, notamment par des plantations de production de type peupleraies. Cette dynamique se manifeste également à travers des phénomènes d’enfrichement des vallées qui tendent à fermer les paysages et à limiter leur accessibilité. A noter que si les dynamiques de plantation de peupleraies sont perceptibles à l’échelle de l’unité, celles-ci sont plus importantes le long de la Mayenne au sud de l’agglomération lavalloise.
La tendance au renforcement des grands boisements A l’instar des dynamiques visibles au niveau des bois des Gravelles et de Misedon à Port-Brillet, l’unité paysagère connaît un maintien voire un renforcement de la taille des boisements. Alors qu’elles constituaient très souvent historiquement d’anciennes réserves de chasse, notamment au sud de Laval, la vocation de ces boisements a évolué et s’est diversifiée. La production sylvicole se développe en lien avec l’énergie (débouché local évoluant aujourd’hui du particulier vers la chaudière collective), et avec l’industrie (panneaux particules, papier). Concernant le contenu des boisements, pour les parcelles ayant un document de gestion durable, elles se convertissent majoritairement vers la futaie feuillue.

Des dynamiques constructives plus soutenues à proximité de l’agglomération lavalloise


Comme l’indique la carte des dynamiques constructives de la période 2007-2011, les communes situées à proximité de l’agglomération lavalloise enregistrent une progression plus importante du nombre de constructions. Les communes de Louverné, d’Argentré et d’Entrammes notamment, connaissent ainsi un fort développement de quartiers résidentiels. Cette tendance a pour conséquence une extension exponentielle de la ville et une homogénéisation des paysages périphériques par la prolifération du tissu pavillonnaire. « Des pressions croissantes sont induites à proximité directe du cœur d’agglomération de Laval (phénomène de périurbanisation) et par l’augmentation du prix du foncier. Les images bâties subissent des mutations accélérées (actions renforcées sur la rénovation du patrimoine bâti dégradé et vieillissant, développement urbain résidentiel sous forme de lotissements pavillonnaires). Une banalisation des typologies urbaines : L’urbanisation périurbaine repousse les limites de la ville. Il s’y produit une concurrence ville/campagne. Les espaces construits aux motifs souvent répétitifs et banals (peu de recherche dans la composition et l’architecture) et aux espaces résiduels flous et sans réelle vocation dégrade la typicité des villages et des bourgs patrimoniaux. Ceci impose une politique volontariste axée sur la mixité des fonctions, la diversité des formes urbaines et la poursuite du concept d’une consommation limitée des espaces naturels et ruraux périurbains (densification et renouvellement urbain (ex : Reconversion du site militaire du 42ème régiment sur 50ha en milieu urbain, remplissage des dents creuses, réhabilitation du bâti ancien) » (Source : Charte urbanistique et paysagère du Pays de Loiron) .

Une autre caractéristique des extensions résidentielles doit être évoquée ici, avec le phénomène de diffusion de l’urbanisation au niveau des coteaux surplombant la Mayenne. Celui-ci est notamment perceptible dans le secteur de Saint-Jean-sur-Mayenne au nord de l’agglomération lavalloise et s’exprime à travers une diffusion urbaine sur les lignes de crêtes qui tend à fermer l’accessibilité à la vallée.

Des infrastructures en développement constant

Entourant l’agglomération lavalloise, l’unité paysagère du Pays de Laval est fort logiquement concernée par la présence des axes structurants (RN 157 dans un sens est-ouest, RN 162 dans un sens nord-sud) qui lie le pôle principal aux grandes villes voisines par un important réseau en étoile. Par ailleurs, l’autoroute A81 marque également le paysage de l’unité en créant un couloir
infrastructurel imposant d’orientation est/ouest accompagné des équipements associés de type échangeur (notamment au niveau de Gravelle) et aire de repos. La ligne de chemin de fer reliant Rennes à Vitré complète le tissu infrastructurel.
Aujourd’hui la ligne LGV reliant Le Mans à Rennes s’étend sur l’unité paysagère en reprenant l’orientation en confirmant l’orientation est-ouest de l’inscription paysagère des réseaux. La nouvelle infrastructure, par son caractère imposant, son installation sur talus, sa linéarité, son tissu de câblage électrique marque fortement le paysage de l’unité.

La succession et la proximité entre elles de ces infrastructures tendent à créer des effets de couloirs au sein desquels les terres majoritairement agricoles sont menacées d’enclavement. Le secteur nord de Loiron fournit un exemple de ce phénomène né de la superposition des réseaux.



Le développement des activités industrielles : entre tradition et projet

Les sites industriels de l’unité paysagère du Pays de Laval sont pour la plupart implantés le long de la voie ferrée. A l’instar de l’exemple évoqué à Port-Brillet, les sites d’activités ont été choisis en lien avec la proximité de la ressource. La présence de l’énergie-bois, des lignes de chemin de fer ont ainsi dessiné le paysage industriel de la périphérie lavalloise. Plusieurs sites en lien avec l’extraction du sous-sol sont toujours en activité et contribuent à sculpter des paysages spécifiques associant bâti industriel, carrières,… La carrière d’Entrammes, à titre d’exemple se localise sur un espace très peu visible depuis l’espace public. On se rend compte à proximité seulement de l’ampleur du site d’extraction.


A l’inverse, la cimenterie (la plus importante en France) et la carrière de Saint-Pierre-la-Cour installées depuis plus de 50 ans constituent un élément prégnant du paysage. Localisé à 500 mètres au sud-ouest du bourg de Loiron, le site s’étale sur 30 hectares. Une nouvelle autorisation d’exploitation a été émise en 2008 pour les 30 prochaines années.
L’autorisation d’exploitation ainsi qu’une autorisation de défrichement pour 62 hectares de bois (situés sur la commune de Saint-Pierre-la-Cour) ont été accordées. Cette exploitation a été conditionnée à la réalisation de 188 hectares de boisements compensatoires dans le même massif forestier. Fin 2013, 155 hectares ont déjà été réalisés.
Conséquence de la concentration importante des activités industrielles et artisanales au niveau de Laval, les zones d’activités se situent à proximité des axes structurants, comme à Loiron aux abords de la RN 157, ou au niveau de l’échangeur autoroutier au nord-est de Laval. Pour le reste, il s’agit essentiellement d’activités anciennes en lien avec l’extraction et l’exploitation des matières premières. La présence des zones d’activités dans le paysage de l’unité devrait évoluer avec le projet de Parc logistique multimodal, s’étendant sur 160 hectares entre Bonchamp, Louverné et Argentré et qui bénéficie d’une situation stratégique à proximité de l’A81. Fin 2013, deux giratoires sont aménagés pour accéder à la plate-forme depuis Argentré via la RD 32 et Louvigné via la RD 57. A noter que contrairement au projet initial, le train ne desservira pas le parc multimodal. Il bénéficiera cependant d’une connexion avec le rail puisque la base de travaux de la LGV de Saint-Berthevin sera transformée en une plateforme de transport rail-route à partir de 2017.

La Mayenne, une rivière source d’attractivité

La rivière de la Mayenne est historiquement support de dynamiques diversifiées. Sa vocation industrielle a ainsi évolué au cours du temps avec le développement de l’activité textile du XVème au XVIIème siècle bénéficiant de l’énergie hydraulique (Papeterie Sainte Appolonie à Entrammes). Par ailleurs, des microcentrales électriques sont expérimentées sur le cours d’eau au nord de Laval. Au total, ce sont 24 microcentrales hydroélectriques qui jalonnent la Mayenne.
Si la vocation de support des flux commerciaux a disparu, la navigation de plaisance s’impose aujourd’hui avec des haltes nautiques aménagées notamment au niveau d’Entrammes qui se matérialisent par la mise en place de pontons flottants ou débarcadères. La vocation touristique de la rivière s’affirme également au niveau des écluses qui peuvent aujourd’hui accueillir des sites de restauration comme à Montflours en limite nord de l’unité.
De part et d’autres de la Mayenne, des aménagements spécifiques se développent : aires de pique-nique, panneaux informatifs, signalétique directionnelle… Les anciens chemins de halage sont par ailleurs réhabilités pour devenir des sentiers de randonnée très fréquentés.
Enfin, la Mayenne abrite également des sites patrimoniaux dont l’attractivité s’est accentuée sur les dernières périodes, générant des besoins nouveaux en termes d’accessibilité mais également de visibilité. A titre d’exemple, l’abbaye du Port-Salut a dépassé sa seule vocation de fabrique artisanale alimentaire pour devenir une étape touristique des bords de la Mayenne avec la création d’un musée à cet effet.




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