Les dynamiques paysagères des vallées des marches de bretagne

Sources :
- VU D’ICI, AGENCE ROUSSEAU, ALTHIS, AQUALAN. Atlas des paysages de Loire-Atlantique. DREAL des Pays de la Loire, DDTM de Loire-Atlantique. 2010.

Exemple d’évolution caractéristique de l’unité sur le secteur de Derval

Dans le cadre de l’analyse des dynamiques paysagères, pour chaque unité paysagère, un secteur particulier est choisi de manière à caractériser, en tant qu’échantillon représentatif de l’unité, une large partie des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Cette analyse s’appuie notamment sur la comparaison des données cartographiques et des photographies aériennes à différentes époques données. Ce zoom est représentatif mais non exhaustif des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Les dynamiques de l’unité qui ne s’illustrent pas à travers cet exemple sont donc détaillées à la suite.

Une place forte de la Marche de Bretagne
Entre la route de Redon à Châteaubriant et celle de Bordeaux à Saint-Malo, l’implantation des premiers sites datent de l’Antiquité. Le territoire est malgré tout enclavé car peu dynamique à l’époque. C’est l’activité agricole qui est à la base du développement du terroir environnant et ce depuis le Moyen-âge. L’unité appartient à la Marche de Bretagne. Apparue au VIIIème siècle, cette Marche est une zone stratégique, espace d’échanges économiques, sociaux et culturels, mais aussi terrain d’affrontements et de rivalités entre souverains Bretons et Francs.
Derval a fait partie des forteresses construites au XIIe, sous l’autorité du roi franc Philippe Auguste. Il n’en reste aujourd’hui que des ruines. La campagne demeure relativement peu peuplée, et l’activité qui y prédomine est l’élevage. Une activité métallurgique se développe au XVIIIème siècle à Derval.
Au XVIIIème siècle, l’unité est traversée par une voie commerciale importante reliant Roue, Rennes et Nantes (importation de beurre et de toiles vers Nantes notamment).
Comme le montre la carte de l’État-Major, Derval s’est implanté stratégiquement entre deux voies importantes et très commerçantes. Le château de Derval constituait une des places les plus fortes de Bretagne dont aujourd’hui on ne discerne plus que les ruines.


Un carrefour stratégique Le réseau s’est intensifié et la ville s’est développée petit à petit de façon concentrique autour du noyau ancien. Un premier contournement du tissu urbanisé s’est propagé à l’Est et a structuré la première expansion. Dès la seconde moitié du 20ème siècle, les principales diffusions se sont opérées vers le Nord et vers le Sud, sur l’ancien axe Rennes-Nantes (D537). Sur l’orthophoto de 1961, on distingue une première zone d’activités au Sud, en discontinuité du tissu urbanisé de la centralité. La campagne s’est dessinée autour par des exploitations moyennes et notamment avec un parcellaire bocager assez dense.
Une pression urbaine importante L’orthophoto de 2013 montre la progression de l’urbanisation jusqu’au début du 21ème siècle. La route nationale entre Rennes et Nantes a été construite à l’Ouest du bourg. Un premier développement s’est propagé sous forme de mitage dans l’espace rural et de bâti sans organisation particulière le long des voies devenues secondaires. Les opérations groupées de type lotissements sont venues gonfler le bourg plus tardivement, notamment à l’Est et à l’Ouest.

Les dents creuses laissées par l’urbanisation diffuse ont été partiellement comblées, notamment sur l’ancien axe vers Rennes. L’espace agricole a petit à petit reculé. Le maillage bocager est devenu plus lâche, moins structurant, laissant place à une agriculture plus productiviste. Les vergers et pommiers ont pratiquement tous disparus. En revanche les masses boisées très peu présentes en 1961 sont plus largement parsemées sur le territoire au début du 21ème siècle.


La propagation de l’habitat pavillonnaire L’arrivée de la 2x2 voies entre Rennes et Nantes a amélioré la desserte du territoire et a engendré une attractivité particulière. L’urbanisation s’est propagée librement autour de cet axe sans pour autant freiné la constitution d’un bourg étoffé à Derval. Mais le modèle d’habitat qui s’est diffusé était le même : le pavillon. Cette nouvelle urbanisation a peu de liens avec les structures traditionnelles. Ces maisons entourées de jardins et en retrait des voies et des limites séparatives contrastent fortement avec les groupements de l’habitat traditionnel comme les centres bourgs où les hameaux de la région. La qualité architecturale fait souvent défaut. Les opérations n’intègrent pas d’espaces publics de qualité et manquent de repères. Cette urbanisation consommatrice d’espace se situe en continuité des bourgs et hameaux préexistants, aux franges urbaines souvent exposées au paysage.
Une économie productive et des nouveaux besoins Le développement urbain a été associé à un renforcement des pôles d’activités et des services à la population. L’offre commerciale s’est développée en marge Est du bourg et le parc d’activité Sud a rejoint la continuité du tissu aggloméré. Les équipements se sont multipliés, souvent assez visibles le long des axes où sur la base d’anciennes bâtisses. Derval assume son rôle de pôle rural au cœur de la campagne de la Haute-Bretagne. La présence d’exploitations agricoles tout autour du bourg témoigne de l’importance de cette activité.

Les vallées productives des Marches de Bretagne

Un développement rural multipolaire


Située entre deux aires urbaines dynamiques, Rennes et Nantes, l’unité des vallées des Marches de Bretagne connait une croissance démographique assez importante. Les parties les plus rurales sont situées le long d’axes stratégiques et d’autres sont en plein essor, notamment au Sud de Redon et autour de Guémené-Penfao. La production de logements a été assez forte sur la période 2007-2011 et cela témoigne du dynamisme économique et de la qualité du cadre de vie. Le contexte a d’ailleurs fortement évolué dans les polarités et dans les campagnes. D’une part les villes ont grossies, notamment par coup d’opérations pavillonnaires, d’autre part le milieu rural a vu l’intensification de son activité agricole et la multiplication des sites de production.

L’espace agricole en mutation
Dans l’ensemble, de plus en plus de nouveaux espaces sont arrachés aux terres agricoles, afin de devenir constructibles et ainsi accueillir les logements et les activités. L’implantation des nouvelles extensions urbaines peut souvent compromettre l’activité agricole. La consommation d’espace a été conséquente sur le milieu agricole et sur les paysages entre ruralité et périurbanité. Les franges entre le monde agricole et le tissu urbanisé ne sont pas traitées de manière qualitative dans les opérations d’extensions des bourgs et des villes.
Elles laissent place à des covisibilités importantes qui s’ouvrent dans le paysage des vallées.
La pression est d’autant plus grande le long des axes stratégiques routiers où, d’une part, la fragmentation végétale s’accentue et où le mitage a longtemps été autorisé. Les anciennes maisons d’exploitants sont réinvesties pour des usages sans lien avec l’activité agricole. Cela augmente ainsi le morcellement et la diminution de la surface continue dédiée au monde agricole.
La filière agricole est encore très dynamique, mais elle subit des pressions importantes. Le bon taux de remplacement des agriculteurs témoigne de ce dynamisme. Les filières bovines et laitières sont encore très dynamiques, mais présentent des fragilités.

La généralisation des dynamiques infrastructurelles
La mise en place du canal de Nantes à Brest et des liaisons Nantes/Rennes et Nantes/Brest ont contribué au développement des bourgs les plus proches. Le territoire a globalement évolué à l’appui de ses liaisons Nord-Sud sans véritablement tisser des relations Est-Ouest : la conséquence est la perception d’un paysage rural quand on traverse le territoire d’Est en Ouest et d’un paysage plutôt périurbain quand on emprunte les grandes voies Nord-Sud.

Les axes de communication ont généré un développement linéaire du bâti. En recherche d’accessibilité, des activités ainsi que des habitations s’insèrent à proximité des axes routiers, créant des formes linéaires et imposant ainsi de nouvelles règles d’organisation spatiale en rupture avec les formes traditionnelles.
Les voies de circulation sont confrontées à une augmentation générale du trafic. Elles prennent une importance de plus en plus grande, aussi bien en termes de surface qu’en termes d’impact visuel.
De plus, Les voies ont souvent des aménagements propres sur l’emprise routière qui créent un paysage linéaire avec des outils associés (dispositifs anti-bruit, glissières, lampadaires, des merlons paysagers qui masquent le paysage) qui s’opposent à l’environnement dans lequel elles sont implantées.


Commerce et économie rurale le long des vallées et des axes Les nouveaux espaces aménagés pour les entreprises ont globalement un impact visuel fort. On observe de nouveaux types d’architecture, avec des bâtiments uniformes de formes rectangulaires sur de grandes parcelles qui s’intercalent dans le tissu urbain des bourgs. Les activités implantées étant juxtaposées les unes aux autres sans réel travail sur les lisières entre zones d’activités et campagne ou sur les clôtures, l’impact paysager au cœur des espaces de transit est d’autant plus fort.

Une alternance de sites de qualité et de paysages variés

Le patrimoine touristique
L’unité paysagère est composée d’un patrimoine naturel et culturel riche. La valorisation de certains sites (exemple du canal de Nantes à Brest) a engendré une augmentation du tourisme et de la fréquentation sur ces espaces. Des aménagements spécifiques ont été entrepris et de nouveaux équipements se sont développés afin de répondre à la demande grandissante.
L’attractivité touristique a permis aussi de protéger et de valoriser des espaces jusqu’alors délaissés ou peu entretenus. Plusieurs bases de loisirs et plans d’eau, le canal de Nantes à Brest, les vallées du Don et de l’Issac, le patrimoine des Marches de Bretagne…


L’ouverture des paysages

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