Les dynamiques paysagères des marches entre Anjou et Bretagne

Exemple d’évolution caractéristique de l’unité sur le secteur de Pouancé

Dans le cadre de l’analyse des dynamiques paysagères, pour chaque unité paysagère, un secteur particulier est choisi de manière à caractériser, en tant qu’échantillon représentatif de l’unité, une large partie des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Cette analyse s’appuie notamment sur la comparaison des données cartographiques et des photographies aériennes à différentes époques données. Ce zoom est représentatif mais non exhaustif des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Les dynamiques de l’unité qui ne s’illustrent pas à travers cet exemple sont donc détaillées à la suite.

Une implantation à la croisée des chemins
Le lieu d’habitation primitif de Pouancé semble se situer dans le bourg de Saint Aubin, situé au nord du bourg, datant probablement du VIIIème siècle. La place forte de style motte féodale, pour des raisons défensives, fut construite à environ 1 km au sud du bourg de Saint-Aubin, sur un éperon de schiste rocheux. Un bourg médiéval s’y développa et à la fin du XIIe siècle, on construisit les premières tours du château fort et on fortifia le bourg. Le site développe ainsi sur une position stratégique, à la croisée des axes reliant Angers à Rennes et Châteaubriant à Laval. La présence des forges, qui se développent à partir du XVIème siècle, est signalée au sud du bourg sur la carte d’État-major de 1866.


Une simplification parcellaire progressive

L’orthophoto de 1958 montre une organisation assez homogène de la trame parcellaire qui se forme d’entités morcelée dont la taille s’amenuise sur les pentes des vallées, prenant ponctuellement des formes laniérées perpendiculaire à la vallée. La comparaison des orthophotos de 1958 et 2012 permet de constater une dynamique de simplification parcellaire modeste mais généralisée sur la période. Peu à peu, les initiatives de remembrement tendent à proposer un parcellaire de taille plus importante, de forme plus géométrique, bien qu’à l’approche des vallées le tissu soit plus resserré. Le rapide développement de la céréaliculture favorise la remise en cause de la présence bocagère. Peu à peu, les paysages s’ouvrent avec la diminution du réseau bocager, agrémenté çà et là d’arbres isolés, reliquats des linéaires bocagers anciens.

Un développement des grandes cultures
Le paysage du Segréen est traditionnellement rythmé par des lignes végétales denses avec des strates arborées et arbustives. On note visuellement une évolution du bocage qui semble tendre vers une diminution, certains secteurs étant aujourd’hui totalement déstructurés, notamment dans le secteur de Saint-Julien-de-Vouvantes. Si cette tendance s’amplifie, le paysage des secteurs en creux va progressivement s’ouvrir et s’homogénéiser, la trame bocagère jouant un rôle fondamental dans l’intégration des bâtiments ruraux, bourgs et villages et dans la valorisation du paysage (écrans successifs, effet de transparence, augmentation de la profondeur paysagère…).





Le développement des grandes cultures se lit au travers de la multiplication des bâtiments d’exploitation (stockage, stabulation… et ce notamment dans le nord) Traditionnellement, les bâtiments étaient relativement modestes, dans une palette chromatique sombre (schistes - brique - ardoise) Les dynamiques en cours vont vers un développement de bâtiments aux volumes imposants, souvent implantés sans réflexion particulière par rapport aux lignes de crêtes. On constate également une évolution de la palette chromatique vers des couleurs claires. Ceci implique un impact visuel majeur.


À la périphérie des bourgs, la périurbanisation au gré des opportunités foncières isole parfois certaines parcelles agricoles. Ces parcelles se trouvent coupées du reste de l’espace rural et leur surface ne suffit plus pour une exploitation devant être rentable. Ces terrains deviennent ainsi des friches agricoles en attendant qu’une nouvelle fonction leur soit attribué (le plus souvent elles sont finalement dédiées à leur tour au développement urbain). On assiste ainsi à la disparition progressive des parcelles agricoles proches de l’urbanisation. La matrice agricole structurante du paysage s’ouvre et trouve de nouveaux repères comme les éoliennes.
Le renforcement des boisements sur les crêtes et la fermeture des vallées A l’image des dynamiques observées à l’est de Pouancé, l’unité paysagère est en proie à un renforcement des boisements sur les crêtes. Si le maillage des haies bocagères constitue la principale couverture végétale de l’unité, de nombreux bois prennent le relais sur les lignes de crêtes. Écrans et/ou relais visuels, ils soulignent le sommet des ondulations. De plus en plus, la part des conifères augmente dans les replantations, ce qui change totalement la silhouette de ces bois.
Par ailleurs, l’unité paysagère connaît des dynamiques de fermeture progressive des vallées en lien avec l’enfrichement des abords des cours d’eau et le développement de la populiculture.

Un développement urbain pavillonnaire qui créé de nouveaux enjeux
La comparaison des orthophotos de 1958 et de 2012 montre le phénomène d’extension urbaine exponentielle connue par Pouancé entre les deux dates. Ces évolutions sont particulièrement visibles sur la partie est du bourg sous forme de poches résidentiels qui par à-coup successifs, épaississent le bourg sur des surfaces quasi-équivalentes à celle de la ville ancienne.
Plus récemment, la ville s’est orientée vers l’étang de Saint-Aubin vers le nord, se diffusant en surplomb du plan d’eau. Les dernières implantations ont lieu sur les coteaux de l’ouest surplombant le bourg ancien et créant de nouveaux enjeux en termes de covisibilité avec le patrimoine historique de la commune.




La nouvelle typologie, s’inspirant de formes architecturales contemporaines, crée un nouveau langage architectural qui ne correspond plus à l’architecture traditionnelle. L’habitat traditionnel associant une unité d’habitation, des dépendances et comportant une ou plusieurs caves est désormais remplacé par une maison individuelle accompagnée d’un garage. Il est à noter que le schiste est parfois repris dans des projets contemporains, marquant ainsi une volonté de s’ancrer dans l’identité du territoire.

Un développement des équipements de loisirs
Le secteur de Pouancé connaît un développement des activités de loisirs aux abords de l’étang de Saint-Aubin. Ces dynamiques se matérialisent par l’aménagement d’équipements de type aire de jeux, base nautique…


Un développement des zones d’activités L’exemple de Pouancé souligne le développement des zones d’activités en extension des bourgs. Ainsi, au nord-est du bourg, la commune a connu une multiplication des bâtiments d’activités à proximité de la voie de contournement est. Le positionnement stratégique en situation d’entrée de ville de cette zone d’activités créé de nouveaux enjeux en termes d’intégration paysagère. Si l’entrée de ville est relativement préservée du fait de la présence d’alignement d’arbres bordant la voie, la présence de la zone d’activités est très visible depuis le nord de Pouancé. L’ensemble des bâtiments d’activités aux volumes imposants, aux couleurs claires, composent le paysage de frange urbaine.
La présence des zones d’activités en situation d’entrée de ville des principales agglomérations est une constante de l’unité des marches entre Anjou et Bretagne. Le plus souvent, ces zones se développent à proximité des carrefours connectés aux axes principaux et aux axes de contournement de la ville, bénéficiant ainsi des conditions d’accessibilité routières optimales.

Un développement des infrastructures routières A l’instar de la prolongation de la voie de contournement de Châteaubriant sur la partie sud, le renforcement des infrastructures routières est une dynamique forte de l’unité. L’aménagement de la rocade Sud de Châteaubriant a été engagé dès 2006 avec un premier giratoire opérationnel sur la RD 771 à l’entrée Sud-Ouest. Le pont permettant de passer au-dessus de la ligne du futur tram-train vers Nantes a été construit fin 2008. La mise en service de la rocade est effective depuis le 5 novembre 2010.

De la même façon dans l’unité, de nombreuses infrastructures routières se sont renforcées par des contournements (D775 à Pouancé), l’élargissement des voies avec retraitement de leurs abords et développement des carrefours giratoires (notamment l’axe Angers-Rennes et l’axe Candé - Ancenis). Cela se traduit directement par une présence plus forte de ces infrastructures dans le paysage et indirectement par le renforcement ou la création de zones d’activités à proximité. Ces dernières marquent les franges d’agglomération de l’unité.

L’ensemble de ces développements contribuent à renforcer la présence des infrastructures de transport dans le paysage. Les axes de contournement sont de nouvelles entités qui s’installent dans le paysage des périphéries urbaines et créent de nouveaux points de vue sur les franges de la ville.

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Des pressions plus fortes à proximité des agglomérations voisines et de Châteaubriant

La carte des dynamiques constructives sur la période 2007-2011 affiche des tendances bien marquées pour la période 2007-2011. Ainsi les communes situées à proximité des grandes agglomérations voisines ont connu des dynamiques plus soutenues, tout particulièrement autour du pôle angevin (Le Louroux-Béconnais, Candé). Par ailleurs, les pôles castelbriantais et segréen ont également connu un rythme de construction élevé sur la dernière période attestant d’une attractivité particulièrement forte à l’échelle de l’unité.

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Pour les bourgs sous influence d’Angers, les extensions se font alors généralement en continuité du bourg, avec, lorsque la pente le permet, un étagement de l’habitat. Pour les centres urbains de l’unité, les extensions urbaines importantes s’accompagnent d’une consommation d’espace conséquente, de la banalisation des lisières urbaines avec parfois une perte de la lisibilité, de la structure urbaine ancienne, noyée dans les nouveaux lotissements. Segré, Candé, Pouancé, Châteaubriant concentrent l’essentiel du dynamisme économique, qui se traduit par le développement d’infrastructures particulières comme les rocades de contournement, les zones industrielles et d’activités, des zones résidentielles de type lotissement. Les voies de contournement jouent un rôle fondamental dans la perception de ces villes, remplaçant une traversée du tissu urbain traditionnel par un contournement du tissu périphérique peu traité. Un tram-train reliant Châteaubriant, Issé, et Abbaretz, à Nantes est en service depuis 2014, complétant ainsi la ligne de Train Express Régional existante avec Rennes. La remise en service de cette ligne s’accompagne d’une requalification du quartier de la gare à Châteaubriant pour accueillir logements, commerces, bureaux, halle de loisirs, plateforme de regroupement des bus scolaires, et zone de stockage de wagons. Le pôle segréen connait lui aussi une réorganisation urbaine liée à la requalification du quartier de gare à la porte d’entrée sud de l’agglomération.

Activités de carrière et patrimoine

La partie ouest de l’unité paysagère est concerné par un important patrimoine en lien avec les activités minières et de carrière, notamment des mines de fer. En dehors des vestiges présents dans le paysage (chevalement, urbanisation de type corons….) et de quelques sites en activité (comme à Chazé-Henry, La Cornuaille…).
A Abbaretz, un terril de 80m constitue une véritable curiosité perturbant les rapports d’échelle du paysage. Le terril et l’étang sont les marques laissées par l’extraction de la cassitérite (dernière exploitation 1951-57). Les 209 marches à gravir pour atteindre le sommet mènent à une vue imprenable. Cette zone a par ailleurs été reconvertie en base de loisirs avec tables d’orientation au sommet du terril, sentiers de randonnée (VTT, pédestre), parcours permanent d’orientation, tables de pique-nique.
De même, à Moisdon-la-Rivière, le passé minier est rappelé par le musée des forges.

Sources bibliographiques

  • J.-B. HUMEAU et H. DAVODEAU. Dossier Étude de l’Atlas de paysages de Maine et Loire (1999 – 2001), volet dynamique réalisé par le Laboratoire du département de géographie de l’université d’Angers.

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