Les dynamiques paysagères des marais de Brière

Exemple d’évolution caractéristique de l’unité sur le secteur de Saint-Malo-de-Guersac

Dans le cadre de l’analyse des dynamiques paysagères, pour chaque unité paysagère, un secteur particulier est choisi de manière à caractériser, en tant qu’échantillon représentatif de l’unité, une large partie des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Cette analyse s’appuie notamment sur la comparaison des données cartographiques et des photographies aériennes à différentes époques données. Ce zoom est représentatif mais non exhaustif des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Les dynamiques de l’unité qui ne s’illustrent pas à travers cet exemple sont donc détaillées à la suite.

Une implantation sur l’île culminante
La position de Saint-Malo-de-Guersac sur la plus grande et la plus haute des îles de Brière (Guersac), ainsi que les dimensions de son église qui culmine à 37 m au-dessus des marais, l’ont fait surnommer « Le petit Mont Saint-Michel de la Brière ».


La position de Saint-Malo-de-Guersac, à la jonction du Brivet et du marais, en a fait un port important pour les transports : la tourbe et le « noir » étaient acheminés jusqu’à Nantes ou Vannes à bord des « chaloupes » chargées à Rozé. Des chantiers de construction navale s’y sont développés jusqu’à la moitié du XIXème siècle. Traditionnellement, comme sur les autres îles de Brière, les habitations sont installées sur le pourtour de l’île. Comme nous le montre la carte de l’État-major, les principales habitations sont situées sur les contours et les coteaux.
Au XXème siècle on assiste à une densification du centre-bourg : peu avant 1914, des terrains sont dégagés au centre de l’île de Guersac, pour accueillir des logements ouvriers dépendant des Forges de Trignac. Mais la guerre va retarder le projet, puis les Forges vont fermer. Le marais est toujours bien constitué et conserve sa place et son état naturel ou exploité. Des voies de déplacements commencent à s’organiser et à se multiplier, augmentant le risque de fragmentation végétale sur le site. Comme nous le montre l’orthophoto de 1948, toute une partie du marais de Brière, à l’Ouest de Saint-Malo-de-Guersac notamment, a été investi par l’homme. Les voies reliant les différentes poches ou îlot d’habitation se relient de plus en plus et le désenclavement du marais s’accentue. Chaque îlot constitue une poche agricole au milieu d’un vaste domaine maraîchin.
Le développement d’un urbanisme insulaire des marais de Brière Entre les années 1960 et 1970, la commune décide de réhabiliter les terrains situés en cœur d’île et de nouveaux lotissements s’y implantent. Depuis, l’habitat s’est aussi développé de manière linéaire le long des voies de circulation. Ce qui était auparavant un grand îlot agricole se découpe. Cette nouvelle urbanisation dessine des dents creuses agricoles dans un tissu d’habitat diffus. L’accentuation de l’urbanisation a eu des effets importants sur les écosystèmes et sur la pratique agricole. La diffusion d’habitations sous forme de pavillons le long des axes a fait reculer l’activité agricole qui se retrouve encore plus isolée.

La pression du pavillon
Comme nous le montre l’orthophoto de 2012, la pression urbaine a continué. Un modèle s’est développé, celui de la maison individuelle pavillonnaire le long d’un axe et avec un jardin (la plupart du temps, le faîtage de la maison est en parallèle de la voie et le terrain en lanière, perpendiculaire à la route). L’impact de la répétition de ces pavillons sur le paysage a été important. D’une part, il a consolidé les bordures des îlots du marais et a eu tendance à fermer les vues sur les plaines humides. D’autre part, à l’intérieur des îles, le pavillon s’est généralisé et les points de vue sur le monde rural et naturel ont disparus. Depuis les voies routières, la continuité d’un bâti lâche amène des ambiances de périurbanité et non plus de ruralité.
La pression urbaine a été telle que les points de vue sur le milieu agricole sont devenus rares, alors que l’activité occupe encore une place amoindrie au centre de l’île, sous forme de grosses « dents creuses ».


La préservation du site Si d’un côté l’urbanisation s’est fortement répandue le long des axes, elle s’est cantonnée à rester sur les anciennes rives des îlots. Le marais a pu préserver son lit. En comparant la carte de l’Etat-major et l’IGN, on remarque que l’empreinte initiale du bâti et des voies de déplacements sont restées identiques. L’île de Guersac s’est développée sur elle-même, fortement, mais l’urbanisation ne s’est pas introduite hors de ce périmètre historique et a su se contenir au socle.
Un patrimoine naturel riche et le développement des activités récréatives : les marais indivis Avec la petite Brière à l’Ouest et une multitude d’autres marais autour, Saint-Malo-de-Guersac a su tirer avantage de sa position pour développer des activités essentiellement récréatives ou liées au tourisme. Les équipements principaux se sont développés implantés au centre du bourg, mais les infrastructures spécifiques, comme le port de plaisance, ont été localisées en périphérie. La position de Saint-Malo-de-Guersac, à la jonction du Brivet et du marais, en a fait un port important pour les transports : la tourbe et le « noir » étaient acheminés jusqu’à Nantes ou Vannes à bord des « chaloupes » chargées à Rozé. Des chantiers de construction navale s’y sont développés jusqu’à la moitié du XIXème siècle. Nombre d’habitants de Guersac étaient marins ou capitaines au long cours. Aujourd’hui, un tout autre paysage est donc disponible depuis l’eau, plus rural et naturel que sur les routes.

Un archipel urbanisé, une organisation répétée

Une forte pression démographique


La pression démographique forte du début du 21ème siècle a eu pour incidence la construction de nombreux logements neufs sur l’unité paysagère. L’évolution des paysages a été assez brutale et l’impact de cette urbanisation important. La perception de la ruralité a pratiquement disparu pour laisser place à une urbanité villageoise qui s’est généralisée d’île en île sur le marais de Brière. Les opérations d’habitat ont de plus des caractéristiques similaires sur l’ensemble du territoire, tant au niveau de l’organisation du bâti et des formes urbaines, qu’au niveau des typologies de logements et de leur conception architecturale. Le mitage s’est également largement propagé sur des communes plus éloignés de la Grande Brière comme à Crossac.
En recherche d’accessibilité, des activités ainsi que des habitations s’insèrent à proximité des axes routiers, créant des formes linéaires et imposant ainsi de nouvelles règles d’organisation spatiale en rupture avec les formes traditionnelles.

Un manque de hiérarchisation des voies aux multiples conséquences


Les extensions urbaines impliquent la construction de nouvelles infrastructures afin d’accorder le nouveau tissu bâti aux réseaux : routier, électrique, d’eau, d’assainissement ou téléphonique. Quand les voies traversent les bourgs et les villages, elles sont confrontées aux tissus urbains existants qui sont souvent peu appropriés à une telle utilisation de la voiture et à un partage modal entre différents usagers (piétons, vélos, voitures, poids lourds…). Le manque de hiérarchie des voies des extensions récentes et les opérations en impasses pose trois problèmes :
  • la lisibilité du paysage et du fonctionnement urbain,
  • l’économie de l’espace et l’imperméabilisation des sols (le linéaire de voirie n’est pas optimisé),
  • La poursuite de l’urbanisation future, qui ne peut pas se greffer sur l’existant et retrouver des continuités.

La rupture des paysages entre urbain et rural
On observe une pression urbaine sur les franges de certains marais qui modifie la qualité de l’horizon ainsi que les relations entre terres hautes et terres basses.
Les bourgs se développent et le paysage change. Des poches urbaines résidentielles constituées de pavillons individuels apparaissent. Les extensions urbaines se traduisent le plus souvent par la création des lotissements de maisons individuelles. Ces constructions entourées de jardins et en retrait des voies, contrastent fortement avec l’habitat traditionnel groupé des centres bourgs, des hameaux ou l’organisation de l’habitat insulaire des marais de Brière.
Cette forme d’urbanisation consommatrice d’espace se situe dans le prolongement des centres-villes préexistants, en limite avec le marais, dans une zone souvent très sensible sur le plan paysager. Les dynamiques observées ont un fort impact sur les silhouettes urbaines et sur la conservation de leur caractère identitaire. La physionomie des entrées de bourg connait une évolution particulièrement marquée. Les abords d’infrastructures qui engendrent une diffusion urbaine linéaire, soulèvent des enjeux majeurs de structuration du paysage urbain et rural.


Saint-Joachim, la préservation des chaumières
Sur la commune de Saint-Joachim, les chaumières, encore très nombreuses, ont conservé leurs particularités. Elles font parties intégrante du patrimoine de la commune et du marais de Brière et elles ont conservé leur implantation perpendiculaire à la voie, et un ainsi qu’un traitement spécifique de la clôture. L’impact paysager est différent avec une lisibilité plus grande de la structure originale. L’île Fédrun s’est densifiée sur son socle et a conforté l’ensemble des contours de l’îlot par de l’urbanisation. La plupart des habitations ont gardé une organisation traditionnelle, mais des espaces libres ont été comblées, parfois sans respecter les matériaux ou les implantations. Ceci a généré des petites alternances dans le paysage villageois de Grande Brière.

La fermeture des paysages habités
Les pressions urbaines générées par la croissance de l’agglomération nazairienne, le report de l’urbanisation littorale ou la présence de la RN 165 s’exercent autant sur les îles situées au cœur du marais, que sur les franges de la zone humide.
Ces îles sont particulièrement menacées dans leur structure traditionnelle unique, à cause de cette attractivité combinée du littoral et du pôle d’emploi nazairien subie par l’unité.
Actuellement les bourgs en frange sud et ouest du marais connaissent une dynamique d’évolution forte et rapide, donnant naissance à un paysage périurbain mal délimité et mal identifié, souvent peu rattaché au centre bourg en termes de fonctionnement et d’ambiance.
La limite sud de la sous-unité est ainsi aujourd’hui peu qualifiée et mal définie.
On observe par ailleurs de vastes zones de diffusion urbaine dans le bocage et notamment sur le coteau bocager habité du sillon de Bretagne, qui marque l’horizon.

Le marais de Brière, un patrimoine à accessibilité limitée

Le développement infrastructurel limité
On observe globalement une augmentation régulière du trafic routier et de la pression urbaine exercée aux abords des infrastructures, liée à la proximité des agglomérations.
Le territoire est fortement contraint par l’eau. Les projets d’infrastructure sont ainsi dans la majorité des cas situés sur les unités de paysage voisines. En revanche, elle a connu une multiplication des infrastructures liées aux télécommunications et aux énergies. Les lignes à haute-tension ont notamment pris place dans les paysages ouverts en marge du marais.


Le rapport à l’eau Les espaces de l’unité définissent un rapport subtile entre terre et eau : celui-ci est parfois menacé par l’urbanisation récente. De nouvelles ouvertures sont ponctuellement ménagées sur les franges de certains marais. Sur la Grande Brière, la présence de l’eau est constante. Les fonds de parcelles sont souvent inondés et une relation forte existe toujours entre les habitants et le marais. Différentes activités récréatives se sont développées comme les balades en barque et la découverte de la faune et de la flore. Le paysage est beaucoup plus ouvert sur cette partie centrale mais peu accessible. Il offre des vues sur l’ensemble des coteaux environnants d’où l’on peut percevoir les crêtes des horizons arborés ou urbanisés.
La place de l’agriculture menacée Les pressions urbaines observées sur le territoire de l’unité induisent un grignotage progressif des terres agricoles. Sur les espaces de bocage en bordure de marais, le lien entre terres hautes et terres basses qui définit un équilibre agricole stratégique (en été, les bêtes pâturent sur les terres basses, tandis qu’en hiver elles trouvent refuge dans le bocage des terres hautes) est par endroit menacé par l’urbanisation récente. Le bocage traditionnel s’est dégradé sur certains secteurs sous pression. L’ouverture des paysages a participé à la « mise à nu » des nouvelles franges urbaines, peu valorisées.

Une diversité de paysages spécifiques
La diversité et l’ampleur des espaces qui constituent le marais de Brière composent un ensemble de paysages originaux et variés. Paysages d’eau par excellence, ces marais jouent sur l’horizontale. Ils sont souvent le creuset d’une culture spécifique et de modes d’appropriation particuliers du territoire en lien avec le rythme des inondations. Ils sont parmi les paysages les moins peuplés du département et constituent de fait des espaces naturels remarquables, ce qui leur vaut des niveaux de protection souvent très importants.


Si pour la plupart, ce sont des paysages construits et riches d’une histoire où l’eau prend une part importante, ce sont aujourd’hui, des espaces fragiles car dépendant de mode de gestions ruraux, parfois anciens, qui ont souvent du mal à perdurer en tout équilibre avec l’environnement spécifique qu’ils constituent. Cela se traduit parfois par des dynamiques naturelles qui tendent à refermer complètement ces paysages par une densification végétale. Le marais de Brière est un territoire sous une forte pression urbaine, ce qui pose inéluctablement l’enjeu majeur de l’évolution de ces paysages.

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