Les dynamiques paysagères des gâtines tourangelles

Exemple d’évolution secteur de Chenu

Dans le cadre de l’analyse des dynamiques paysagères, pour chaque unité paysagère, un secteur particulier est choisi de manière à caractériser, en tant qu’échantillon représentatif de l’unité, une large partie des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Cette analyse s’appuie notamment sur la comparaison des données cartographiques et des photographies aériennes à différentes époques données. Ce zoom est représentatif mais non exhaustif des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Les dynamiques de l’unité qui ne s’illustrent pas à travers cet exemple sont donc détaillées à la suite.

Une installation historique sur les bords du ruisseau de Chef de Ville
A quelques encablures au sud de la vallée du Loir, les premières implantations sur le secteur de Chenu prennent position dans le vallon du ruisseau de Chef de ville, affluent de la Fare qui borde la commune sur la partie ouest. Alimentant le lavoir et les douves du château du Paty érigé au XVème siècle, le ruisseau de Chef de Ville guide l’orientation générale de l’organisation urbaine historique dans un sens sud-ouest / nord-est. Les premières implantations en cœur de vallon se diffusent historiquement sur les coteaux nord et sud en s’alignant sur la rue. Autour de l’agglomération principale, la carte d’État-major de 1840 laisse apparaître la multitude de hameaux et habitats dispersés qui occupent les secteurs de vallée, principalement autour de la Fare, ou les plateaux au nord-est. La trame bocagère apparaît lâche sur les plateaux, mais plus dense sur les cordons prairiaux des vallées.


Des dynamiques d’ouverture des paysages en lien avec le développement des grandes cultures

L’orthophoto de 1958 montre une organisation parcellaire très hétérogène du secteur de Chenu. Ainsi, les mouvements des reliefs et les courbes des vallées influent fortement sur la composition générale du parcellaire. Les surfaces plus larges et les formes plus géométriques découpent les terres au sud-ouest de Chenu, alors que sur les coteaux des vallées et dans les secteurs aux reliefs plus ondulés, les formes et les orientations des parcelles plus resserrées suivent les pentes. La comparaison des orthophotos de 1958 et 2010 permet de constater un phénomène de simplification de l’organisation parcellaire principalement en lien avec l’accroissement de la céréaliculture. L’intensification de l’activité agricole favorise ainsi les regroupements parcellaires qui sont particulièrement visibles au sud-ouest du secteur de Chenu. Le développement de la céréaliculture sur de larges parcelles cultivées a contribué à diminuer la présence des bois et des haies, avec pour conséquence une ouverture progressive des paysages agricoles. Une des conséquences de ces dynamiques en lien avec l’activité agricole réside dans l’augmentation des volumes agricoles et leur visibilité accentuée dans le paysage. A l’échelle de l’unité paysagère, l’ouverture progressive des paysages agricoles s’illustre de manière particulièrement soutenue à l’est, dans les gâtines tourangelles du Loir viticole.

Le maintien voire le renforcement de l’activité arboricole dans le paysage La culture arboricole constitue une activité structurante du secteur de Chenu et par extension de la sous-unité des gâtines sous influence du Loir. L’orthophoto de 1958 indique dès cette époque la présence de vergers dans les paysages du secteur, principalement sur les versants sud des coteaux surplombant la rivière de la Fare. L’orthophoto de 2010 confirme le maintien voir le renforcement de l’activité sur le secteur de Chenu. Cette évolution s’accompagne d’un déplacement progressif des cultures arboricoles vers les hauteurs des plateaux, bien que certaines exploitations continuent à s’inscrire sur les coteaux notamment à l’est du bourg. Cette remontée de l’arboriculture fruitière sur les plateaux contribue à renforcer la visibilité de l’activité qui simultanément connaît un développement des techniques de production lui conférant un caractère plus « industriel », comparé à l’image traditionnelle de la culture des vergers. Le paysage est fortement marqué par le rythme des rangs fruitiers, par les nappes que constituent les filets de protection des arbres, ainsi que par le volume des structures de stockage.

Les structures de stockage en lien avec l’arboriculture fruitière, bien qu’elles soient peu nombreuses (hangars fruitiers, silos agricoles) ont un impact visuel important généré par leur implantation, notamment sur les lignes de crête et les plateaux agricoles ouverts, par leur volume imposant.
Un renforcement des boisements qui contribue à fermer les vallées Simultanément à l’ouverture des paysages de champs de céréaliculture qui a provoqué une diminution du linéaire bocager, le secteur de Chenu connaît un renforcement assez intensif des boisements qui viennent fermer une partie des paysages. Ce phénomène est particulièrement marqué par la densification du bois de Sautloup au sud de Chenu ainsi que les bois connexes, notamment en frange sud du bourg. Par ailleurs, les vallées connaissent également, sur certaines portions, une perte de lisibilité paysagère liée au renforcement de la trame boisée. Le renforcement de la Fare à l’est du bourg, de même que celui du ruisseau de Chef de ville, sont des exemples particulièrement parlants de cette évolution.



L’exploitation des carrières et sablières Le secteur de Villiers au Bouin abrite une cimenterie implantée depuis plus de quarante ans sur le plateau, au sud du bourg de Chenu. Si la cimenterie en elle-même est implantée en limite de la Sarthe, sur le département de L’Indre-et-Loire, tout comme le premier site d’extraction, l’extension de l’exploitation entre dans le département de la Sarthe. L’extraction des matières premières (calcaire et argile) est réalisée à quelques encablures de l’établissement industriel, dans une carrière à ciel ouvert plus ou moins visibles en fonction de l’éloignement et du positionnement par rapport au site. La construction de la cimenterie et l’aménagement de la ligne de chemin de fer desservant le site d’exploitation constituent un modèle d’implantation guidée par la présence de la ressource.

Un arrêté préfectoral de 2013 autorise l’exploitant actuel à poursuivre l’activité d’extraction pendant trente ans, sur une emprise autorisée totale de 75 hectares.
Il impose dans le cadre de la remise en état du site le « nettoyage de l’ensemble des terrains et la suppression de toutes les structures n’ayant pas d’utilité après la remise en état du site », et « l’insertion satisfaisante de l’espace affecté par l’exploitation dans le paysage, compte tenu de la vocation ultérieure du site ». Par remise en état, il est entendu notamment la création d’une dépression, le modelage d’un talus à pente douce, la reconstitution de prairies agricoles, la constitution de zones humides, la reconstitution de boisements (avec les essences locales) et de haies.



Une extension urbaine modeste sous forme de mitage
Dans la logique des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité paysagère des gâtines tourangelles, le secteur de Chenu connaît des dynamiques constructives très modestes. En témoigne la faible extension de l’urbanisation visible par la comparaison des orthophotos de 1958 et 2010. A Chenu les rares implantations nouvelles se sont éparpillées aux abords des axes routiers contribuant à réduire la lisibilité des franges villageoises. Le caractère non organisé de ces extensions est renforcé par l’impression d’hétérogénéité des modes d’implantation (alignement ou non sur l’espace public) et des tailles et formes parcellaires.

Des développements urbains mesurées mais très visibles dans les vallées

Cette unité ne subit pas de forte pression urbaine et appartient à un secteur de faible densité urbaine. L’évolution des paysages induite par les nouvelles constructions n’est cependant pas nulle, notamment au regard des implantations disséminées sur l’unité.
L’évolution non structurée de l’urbanisation se prolonge au niveau des vallées. Ainsi la vallée de la Dême notamment au sud de Marçon, livre des exemples de constructions nouvelles ne respectant pas la logique d’urbanisation traditionnelle de la vallée en s’implantant en pied de coteau et parallèle à ce dernier (et non perpendiculaire). Les constructions nouvelles implantées au pied des coteaux, parallèles à la voie et à la vallée, sont particulièrement exposées visuellement, notamment dans le rapport aux versants opposés qui s’articulent autour d’une covisibilité sensible.






L’inscription de l’activité viticole s’estompe progressivement

Les hauteurs de Marçon gardent quelques traces de l’activité viticole dynamique qui arpentait anciennement les hauteurs des coteaux du Loir, en témoigne notamment les loges de vigne isolées qui restent visibles. Pour autant, l’inscription de cette activité dans le secteur s’estompe progressivement au profit des grandes cultures qui composent une des caractéristiques fortes des paysages agricoles.




Sources bibliographiques

  • CERESA. Atlas des paysages de la Sarthe. Conseil Général de la Sarthe, DDE de la Sarthe, DIREN Pays de la Loire, 2005.

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