Les dynamiques paysagères des coteaux du Layon et de l’Aubance

Exemple d’évolution caractéristique de l’unité sur le secteur de Beaulieu-sur-Layon

Dans le cadre de l’analyse des dynamiques paysagères, pour chaque unité paysagère, un secteur particulier est choisi de manière à caractériser, en tant qu’échantillon représentatif de l’unité, une large partie des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Cette analyse s’appuie notamment sur la comparaison des données cartographiques et des photographies aériennes à différentes époques données. Ce zoom est représentatif mais non exhaustif des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Les dynamiques de l’unité qui ne s’illustrent pas à travers cet exemple sont donc détaillées à la suite.

Une implantation surplombant le Layon
Beaulieu-sur-Layon surplombe le Layon sur sa rive droite, à proximité de l’axe historique reliant Angers à Cholet. Le bourg affiche une trame bâtie très ancienne avec des ruelles étroites et sinueuses, d’ambiances moyenageuses, des façades ornementées d’ouvertures à meneaux. Autour de Beaulieu-sur-Layon, quelques villages et hameaux surplombent le Layon et l’Hyrôme.


Une relative stabilité du maillage parcellaire

La comparaison des orthophotos de 1959 et 2012 affiche une relative stabilité du maillage parcellaire de part et d’autre du Layon bien qu’une légère tendance au rassemblement parcellaire soit observable sur l’ensemble du secteur de Beaulieu-sur-Layon. Pour autant, les parcelles en lien avec l’activité viticole semblent se maintenir sous la forme d’un réseau parcellaire assez resserré. Celles-ci sont davantage laniérées et perpendiculaires au cours d’eau sur les coteaux. Elles deviennent plus larges sur les hauteurs surplombant la vallée. A l’inverse, les parcelles en lien avec les activités de céréaliculture situées au nord du bois de Beaulieu-sur-Layon semblent connaitre des dynamiques de remembrement plus intensives.

L’affirmation et le changement d’échelle de l’activité viticole
La commune de Beaulieu-sur-Layon se situe, avec 27 autres communes, dans l’aire géographique de l’appellation d’origine contrôlée « Coteaux du Layon ». Ce vignoble couvre une superficie d’environ 1 400 hectares (dont 300 hectares pour les appellations communales) au sud-ouest d’Angers dans le département de Maine-et-Loire.


La comparaison des orthophotos de 1959 et 2012 affiche une légère dynamique de regroupement des parcelles viticoles situées sur les plateaux, laissant ainsi place à des parcelles de plus en plus grandes visibles notamment entre le bourg de Beaulieu-sur-Layon et la forêt de Beaulieu. Par ailleurs, l’activité viticole du secteur connaît une mutation sur les dernières périodes, qui au-delà de l’ouverture des paysages, s’expriment à travers le développement de bâtiments toujours plus imposants. Aux chais traditionnels succèdent aujourd’hui de nouveaux types de bâtiments : grands entrepôts à la colorimétrie différente et au volume qui rompt les rapports d’échelle. Si l’activité viticole, largement dominante dans le paysage, semble ainsi bénéficier d’un certain dynamisme (importance des surfaces en vignes, multiplication des équipements), elle fait face à des enjeux d’intégration des nouveaux bâtiments et de préservation des bâtiments anciens.



La présence grandissante de la céréaliculture Après la viticulture, l’autre grande activité agricole de l’unité des coteaux du Layon et de l’Aubance est la céréaliculture qui se développe progressivement. Dans le secteur de Beaulieu-sur-Layon, les plateaux situés au nord de la forêt de Beaulieu connaissent un développement de cette activité qui se matérialise notamment à travers des dynamiques de regroupement parcellaire nettement plus soutenues que pour les parcelles viticoles. Cette tendance au développement des grandes cultures est par ailleurs plus visible dans le secteur du Puy-Notre-Dame qui présente de plus en plus de paysages ouverts, conséquences de l’intensification de l’activité et de la diminution du réseau bocager.

Entre les parcelles de céréaliculture au nord, et les terres viticoles au sud, la comparaison des orthophoto de 1959 et 2012 permet de constater la stabilité de la forêt de Beaulieu dont le périmètre reste quasi-inchangé.
Une fermeture dominante des vallées malgré des épisodes plus ouverts en lien avec les dynamiques agricoles Le secteur de Beaulieu-sur-Layon connaît une fermeture progressive des vallées en lien avec la densification végétale aux abords du Layon. Si quelques sites de peupleraies expliquent ces évolutions, il apparaît que la fermeture de ces paysages est davantage due à un enfrichement des abords du cours d’eau. Dès lors, la présence visuelle du Layon s’efface progressivement du paysage. Parfois, il réapparaît lorsque le paysage s’ouvre. En effet, les fonds de vallée connaissent également un développement des activités de céréaliculture qui rouvre ponctuellement le paysage. Il est à noter dans l’unité une amélioration de la qualité des milieux aquatiques avec la suppression ponctuelle d’ouvrages artificiels (seuils, clapets, ce qui ne signifie pas suppression du moulin attenant quand il y en a) :cela contribue à une nouvelle esthétique des rivières, pour lesquels les faibles débits estivaux sont plus prégnants dans le paysage (vues sur le fond de la rivière, abaissement de la lame d’eau…).



La présence des peupleraies est par ailleurs plus marquée dans les secteurs de grandes cultures céréalières et notamment aux abords de Puy-Notre-Dame.

Un développement urbain pavillonnaire



A partir de l’agglomération ancienne surplombant le Layon, la commune de Beaulieu-sur-Layon a connu des développements urbains qui ont contribué à étendre la ville dans plusieurs directions : vers le sud et le Layon, vers le nord et la forêt de Beaulieu. Les opérations récentes ont pris la forme d’opérations de type lotissement qui ont investi d’anciennes parcelles viticoles. Un modèle d’habitat pavillonnaire a ainsi peu à peu investi le paysage des franges nord du bourg. Récemment Beaulieu-sur-Loire s’est également étendue vers l’ouest et l’A87.

Une des conséquences des développements urbains récents résident dans des phénomènes d’enclavement (terres agricoles progressivement entourées de réseaux et de développement urbain qui enferme les parcelles) des terres agricoles qui sont visibles aux abords des axes de diffusion. Dans certains cas, l’extension urbaine dessine intégralement le périmètre des parcelles viticoles. Dans d’autres cas, les menaces d’enclavement sont réelles, l’absence de diffusion urbaine n’ayant lieu que sur une seule des franges des parcelles viticoles.
Ces dynamiques de diffusion urbaine et ces phénomènes d’enclavement sont également visibles dans d’autres secteurs de l’unité paysagère. Ainsi, le secteur de Vauldenay, qui connaît une activité de céréaliculture dominante, présente également des exemples de ces évolutions.

L’aménagement des infrastructures autoroutières
Le secteur de Beaulieu-sur-Layon connaît un phénomène de développement des infrastructures d’ampleur avec l’aménagement le passage de l’A87 à l’ouest du bourg. Afin de franchir le Layon, un viaduc a été en 2002. Sous l’édifice passe également la D160 qui relie Beaulieu-sur-Layon à Saint-Lambert-du-Lattay.
Un développement des zones d’activités La comparaison des orthophotos de 1959 et 2012 ainsi que la carte IGN de 2012 permet de constater le développement de la zone d’activités située à l’ouest de l’unité le long de la D160. Labellisé Anjou Actiparc, ce site a vu s’implanter récemment de très grosses plateformes logistiques au nord-ouest du bourg. Si un premier développement des zones d’activités « économiques étaient déjà visibles à l’ouest du bourg, l’arrivée de l’A87 a stimulé l’attractivité du site de Beaulieu-sur-Loire qui bénéficie par ailleurs d’une sortie autoroutière. D’importants bâtiments d’activités composent aujourd’hui le paysage d’entrée de ville nord depuis l’autoroute et posent de nouveaux enjeux en termes de gestion d’entrée d’agglomération.

Une exploitation de carrière qui se renforce L’orthophoto de 1959 laisse déjà apparaître les premiers développements de la carrière de Pierre-Bise située à l’ouest du bourg de Beaulieu-sur-Layon. Elle s’étend aujourd’hui sur une superficie de 26 ha. Cette carrière est composée de roches massives. Une modernisation des installations de la carrière de Pierre Bise a été menée avec un transfert sur la plate-forme encaissée à -15 m par rapport au terrain naturel des installations tertiaires er des stocks de granulats. Par ailleurs, des écrans végétaux ont été aménagés afin de limiter l’impact paysager des infrastructures.

Des pressions accentuées à proximité de l’agglomération angevine


Au nord-est, Brissac-Quincé constitue le pôle principal de l’unité. Issus de deux formations urbaines historiquement, l’agglomération de Brissac-Quincé a connu un développement qui s’organise globalement selon une orientation nord-sud, parallèle à l’Aubance. Si les développements ont étendu la ville vers le nord et le sud sur les dernières périodes, le château et son parc à l’ouest ainsi que le contournement routier à l’est dessine aujourd’hui les limites de la ville résidentielle. Par ailleurs, la comparaison des orthophoto de 2005 et de 2012 affiche le développement soutenu de la zone d’activités des Fontenelles qui peu à peu étend la ville vers le sud-est. L’ensemble de ces développements tend progressivement à menacer la préservation des perspectives sur le château.

Les dynamiques constructives de l’unité des coteaux du Layon et de l’Aubance sont plus soutenues sur la moitié nord : ainsi des communes telles que Saint-Lambert-du-Lattay, Saint-Aubin-de-Luigné sur la partie nord-ouest, ou Mozé-sur-Louet, Soulaines-sur-Aubance, Faye-d’Anjou au centre-nord connaissent des dynamiques constructives bénéficiant notamment des influences angevines. Ces secteurs, à l’instar de Rablay-sur-Layon jouissent d’une certaine attractivité qui repose sur la proximité de l’agglomération angevine, mais également sur la présence d’un patrimoine immobilier ancien riche qui renvoie l’image d’un cadre de vie qualitatif. Les initiatives de rénovation du bâti ancien, de même que les opérations de requalification de l’espace public se présentent comme des témoignages visuels d’une attractivité résidentielle exponentielle, et d’une volonté de préservation de paysage urbain qualitatif.

La valorisation du patrimoine et du terroir

L’unité paysagère des coteaux du Layon et de l’Aubance abrite un patrimoine urbain, architectural et paysager riche et diversifié. Les différents châteaux (Brissac, la Constantinière à Soulaines-sur-Aubance), moulins (moulin de la Montagne à Thouarcé, Moulin de la Pinsonnerie à Faye-d’Anjou), les chais anciens, les demeures viticoles,… constituent des éléments patrimoniaux qui génèrent une attractivité touristique grandissante. Ces éléments sont complétés par tout un patrimoine vernaculaire lié à l’eau (pont, lavoir…) et à l’activité viticole (pressoir, loges de vigne…) qui sont de plus en plus l’objet d’une préservation et d’une valorisation. Le patrimoine bâti semble être entretenu, restauré, et voué d’une part à une occupation et d’autre part au tourisme (gîtes, auberges), programmes festifs et artistiques comme le « village d’artistes » de Rablay-sur-Layon ou encore le programme artistique de Cerqueux-sous-Passavant.
Pour favoriser la découverte de ces paysages, les initiatives locales en faveur de l’accessibilité à ces paysages se développent. Ce sont tout en premier lieu les sentiers pédestres, les itinéraires cyclables qui se multiplient, parfois en lieu et place d’anciennes voies ferrées comme à Faye d’Anjou, Beaulieu sur Layon et Thouarcé.

Sources bibliographiques

  • J.-B. HUMEAU et H. DAVODEAU, Dossier Étude de l’Atlas de paysages de Maine et Loire (1999 – 2001), volet dynamique réalisé par le Laboratoire du département de géographie de l’université d’Angers.
  • J.-L. POURCHER, R. KRIM. Beaulieu vu du ciel.

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