Les dynamiques paysagères des balcons de la Sarthe

Exemple d’évolution du secteur de Sainte-Jamme-sur-Sarthe et Montbizot

Dans le cadre de l’analyse des dynamiques paysagères, pour chaque unité paysagère, un secteur particulier est choisi de manière à caractériser, en tant qu’échantillon représentatif de l’unité, une large partie des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Cette analyse s’appuie notamment sur la comparaison des données cartographiques et des photographies aériennes à différentes époques données. Ce zoom est représentatif mais non exhaustif des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Les dynamiques de l’unité qui ne s’illustrent pas à travers cet exemple sont donc détaillées à la suite.


Les formations originelles de Sainte-Jamme-sur-Sarthe et Montbizot prennent position de part et d’autres de la Sarthe, sur les coteaux à pente douce pour Sainte-Jamme, rive droite, et en flanc de colline pour Montbizot, rive gauche. La carte d’état-major de 1840 ne montre pas de liaison puisque le pont Napoléon fut bâti dans les années 1870. Autour des agglomérations historiques, de nombreux hameaux et habitat dispersés investissent l’espace rural, principalement sur les hauteurs surplombant la Sarthe, mais également au bas des pentes à proximité de la rivière. A l’ouest du Bois de la Boissonnière, la voie royale relie Le Mans à Caen via Beaumont-le-Vicomte. Cet axe ne fait pas l’objet d’une implantation particulièrement marquée, sauf sur le hameau bien nommé « la Route » situé à quelques centaines de mètres à l’est du centre de Saint-Jean d’Assé.

Vers une simplification progressive de la trame parcellaire

La comparaison des orthophotos de 1958 et 2010 montre une tendance au regroupement parcellaire des terres agricoles. Autour des bourgs de Sainte-Jamme-sur-Sarthe et de Montbizot, le processus de remembrement entraîne un agrandissement des parcelles en lien avec le développement de l’agriculture céréalière. La construction de l’A28 dans les années 2000 a également participé à la dynamique de remembrement des parcelles agricoles. A noter que les plateaux, dont le relief n’est pas perturbateur pour l’activité agricole, observent un processus de remembrement plus intense que sur les vallées. Ainsi, si la tendance à la simplification du parcellaire s’impose sur l’unité paysagère, les vallées de la Sarthe et de l’Orne Saosnoise maintiennent une diversité de formes en préservant des parcelles plus petites et moins géométriques.



Une diminution du réseau bocager et un maintien des principaux boisements

Corolaire de l’agrandissement parcellaire, la trame bocagère, notamment sur les plateaux au nord des deux bourgs, disparaît progressivement, laissant place à un paysage de champs ouverts. Certains linéaires ont été conservés mais ne forment plus un réseau continu, même dans les secteurs où la présence bocagère est encore visible. La présence passée d’un réseau dense se caractérise encore par des résidus de haies ou des arbres isolés. Le nord-est et le sud-est du bourg de Montbizot sont typiques de ces paysages.


Sur les plateaux au relief plus horizontal, l’ouverture progressive des paysages agricoles contribuent à accentuer la visibilité des bâtiments agricoles aux formes imposantes.
La comparaison des orthophotos de 1958 et 2010 montre un maintien du boisement de la Boissonnière. Sa présence est rendue plus imposante encore avec l’ouverture des parcelles agricoles qui le sépare du bourg.
Une fermeture modérée des vallées

La comparaison des orthophotos de 1958 et 2010 montre qu’une tendance à la fermeture des vallées est en cours sur le secteur de Sainte-Jamme-sur-Sarthe et de Montbizot. Pour autant, ce phénomène reste très modéré. Il est visible plus précisément dans le secteur de vallée situé entre les deux bourgs, et notamment sur la rive gauche. Par ailleurs, la vallée de l’Orne Saosnoise connaît également une tendance à la fermeture modérée du paysage. Cette évolution des paysages de vallée se retrouve sur d’autres secteurs de l’unité des balcons de la Sarthe, notamment dans le secteur de Neuville-sur-Sarthe.



Un phénomène de diffusion urbaine qui contribue à créer des délaissés agricoles

L’urbanisation qui s’observe sur l’orthophoto de 1958 se caractérise par un développement linéaire progressif à partir des principales implantations historiques. Toutefois, trois modèles différents s’observent : un développement resserré à Sainte-Jamme-sur-Sarthe, un développement plus lâche et discontinu sur le bourg de Montibizot et un rattachement du bourg de Saint-Jean d’Assé et du hameau de la Route.
Le développement urbain récent, s’est effectué essentiellement sous la forme de lotissements pavillonnaires réalisés soit en extension linéaire, poursuivant le modèle historique, comme c’est le cas à l’est de Sainte-Jamme sur Sarthe ou au nord-ouest de Montbizot, soit en épaississement du tissu existant ou comblement des « enclaves » agricoles, notamment à Montbizot. Les parcelles agricoles désormais entourées par les lotissements pavillonnaires sont relativement nombreuses et la lisibilité du paysage est de fait perturbée par une absence de limite nette entre l’espace agricole et l’espace urbain. A terme, la dynamique de comblement des enclaves agricoles par l’urbanisation devrait se poursuivre, avec une vrai réflexion urbaine et démarche paysagère sur l’aménagement de ces enclaves, comme trame paysagère habitée et espaces de liaisons entre les quartiers nouveaux et le centre-ville.


La diffusion des modèles pavillonnaires en extension de l’enveloppe urbaine modifie fortement le paysage des franges urbaines à la rencontre de l’espace agglomérée et des espaces agricoles. A l’ouest de Sainte-Jamme-sur-Sarthe, les paysages de grande culture favorisent l’exposition des extensions urbaines. Il s’en dégage une urbanisation déstructurée ou? le bâti pavillonnaire est en flottaison, déconnecté? de l’implantation historique, des usages du bourg et très mal inscrit dans le paysage bocager.
Les développements urbains de l’unité se réalisent principalement en épaississant les bourgs en appui des pentes hautes des coteaux ou dans la plaine. Le secteur de Beaumont-sur-Sarthe, à titre d’exemple, montre un développement urbain de type pavillonnaire qui s’est principalement effectué depuis le bourg historique vers le nord. Là encore, le développement diffus aux abords des voies créé une forme d’enclavement des anciennes terres agricoles. Dans le cas de Fresnay-sur-Sarthe notamment, ces dynamiques contribuent à créer des paysages au sein desquels se superposent les implantations anciennes et les extensions récentes.

Une diffusion ancienne de la zone d’activités dans la vallée

La commune de Sainte-Jamme-sur-Sarthe connaît une histoire industrielle riche tournée autour de l’activité métallurgique. Aujourd’hui encore, malgré leur disparition progressive, certains témoignages de cette époque subsistent dans le paysage économique du bourg, notamment l’ancienne cantine des fonderies. L’implantation de l’activité était alors guidée historiquement par la présence de l’énergie hydraulique, celle du bois et des minerais. Progressivement, l’héritage de ce passé industriel fait l’objet d’une réhabilitation (exemple de l’ancienne cantine de la fonderie à Sainte-Jamme sur-Sarthe).


Bien que libérées de l’obligation de proximité de la ressource et de l’énergie hydraulique, les activités plus récentes se sont également implantées à proximité de la vallée de la Sarthe. D’un point de vue paysager, le choix de cette implantation connait au moins deux conséquences. D’une part, les bâtiments d’activités bénéficient d’une exposition particulièrement importante, en léger promontoire, dans un contexte de paysage très horizontal. Cette implantation est notamment liée à la nécessité de répondre au caractère inondable de la vallée. D’autre part, ce parti d’aménagement contribue à fermer davantage l’accessibilité à la vallée, qui semble disparaître du paysage au nord du Pont Napoléon, cloisonnée derrière les bâtis à vocation industrielle.
Le développement des infrastructures s’ancre dans le paysage
Tout le long de son parcours depuis l’agglomération mancelle jusqu’à Beaumont-sur-Sarthe, la vallée de la Sarthe constitue le support d’un réseau infrastructurel dense. Historiquement deux axes principaux suivent les courbes de la rivière à partir de Le Mans pour gagner Alençon puis Caen : la RD 338 et la ligne de chemin de fer qui relie Caen à Tours, ouverte en 1856 sur son tronçon Le Mans-Alençon. Cette voie ferrée ancienne n’étant pas électrifiée, sa présence visuelle reste discrète, a fortiori lorsqu’elle est entourée de haies denses. Entre Beaumont-sur-Sarthe et Fresnay-sur-Sarthe, le réseau d’infrastructures devient moins dense.
Comme toute la partie est de l’unité paysagère, le secteur de Sainte-Jamme-sur-Sarthe a connu une évolution de son paysage induite par l’aménagement de l’Autoroute A28, reliant Le Mans et Alençon, qui a ouvert en 2005. Si la structure, imposante, de par son emprise au sol et sa linéarité, a logiquement contribué à modifier le paysage, son passage au sein de l’unité paysagère des balcons de la Sarthe reste relativement discret du fait de la présence de nombreuses haies bordant la voie. Sur les portions non boisées, l’ouverture des paysages en lien avec le développement de l’agriculture céréalière accentue la visibilité de l’ouvrage. La succession des axes routiers et ferroviaires favorise l’émergence de délaissés agricoles. Ces espaces enclavés, particulièrement nombreux au niveau des échangeurs routiers, participent à caractériser les paysages d’infrastructure à travers des friches enherbées. D’une manière générale, l’impact visuel des différentes infrastructures contribue à modifier le paysage, principalement en lien avec l’aménagement des remblais qui sont régulièrement mis en place pour pallier les risques d’inondation. A Sainte-Jamme-sur-Sarthe par exemple, la RD 38 qui rejoint Montbizot est surélevée et très visible dans le paysage de la vallée, qui plus est lorsqu’elle est accompagnée d’alignements d’arbres qui renforcent son inscription paysagère.

L’arrivée de l’infrastructure autoroutière a encouragé le développement d’une zone d’activités au niveau de l’échangeur de Maresché. Cette zone en cours d’aménagement, nommée « Maine Ecopark », fait partie des parcs d’activités d’intérêt départemental de la Sarthe. Le schéma départemental impose pour l’aménagement de ces dernières la prise en compte de données paysagères, architecturales et environnementales qualitatives. La zone d’activités de Maresché bénéficie par ailleurs d’une forte visibilité depuis l’A28 qui surplombe sa frange ouest. Toutefois, l’aménagement de cette zone étant davantage liée à l’opportunité de sa localisation stratégique qu’à une demande particulière, la commercialisation et la construction de cette zone d’activités s’effectue au compte goutte et laisse donc place à un paysage atypique, souvent appelé « zone fantôme ».
Un nouvel événement récent vient enrichir la présence infrastructurelle au sein de l’unité paysagère : l’aménagement de la LGV Bretagne-Pays de la Loire qui relie Le Mans à Rennes et dont la mise en service est prévue pour 2017. Contrairement aux autres axes structurants qui parcourent l’unité paysagère dans un sens nord-sud, le tracé de la LGV coupe la vallée d’est en ouest. Étant donné que la liaison Paris - Le Mans était déjà assurée par le réseau à grande vitesse et que ce projet n’est pas accompagné d’une nouvelle gare, les incidences paysagères induites par une accentuation du développement économique ou résidentiel devraient être limitées.

La pression urbaine s’accentue en approche de l’agglomération mancelle


Comme le montre la carte des dynamiques constructives sur la période 2007-2011, l’influence mancelle dans le rythme des productions de logements est prégnante. La partie sud de l’unité paysagère est ainsi soumise à des pressions urbaines plus soutenue qui sont visibles sur le territoire. L’orthophoto de 2010 ci-dessous montre le phénomène de diffusion de l’urbanisation dans le secteur sud de l’unité paysagère des balcons de la Sarthe notamment au niveau des bourgs de La Guierche, de Sainte-Jamme-sur-Sarthe et Montbizot. La pression mancelle se matérialise ici par des développements pavillonnaires conséquents qui se font en extension des bourgs, mais également en diffus sur les coteaux de la vallée, contribuant ainsi à fermer progressivement le paysage.

Des évolutions du paysage en lien avec la valorisation des paysages

La vallée de la Sarthe offre l’image d’un paysage qualitatif avec en point d’orgue le patrimoine urbain des bourgs anciens surplombant la rivière. Les bourgs de Beaumont-sur-Sarthe, de Fresnay-sur-Sarthe sont l’objet d’une attractivité touristique grandissante et cette évolution se traduit de manière de plus en plus visible dans le paysage. Ainsi le développement d’un tourisme « vert » encourage l’aménagement des sentiers de randonnées au niveau des chemins de halage, le tourisme fluvial (nautisme…) et de loisirs (pêche, chasse…) attirent une population grandissante. Les aires de camping, les constructions d’embarcadères et aménagements de plaisance sont ainsi de plus en plus présent dans le paysage de la vallée. Ils sont rejoints par la construction des cabanes de pèches et autres abris de villégiature qui contribue progressivement à miter les abords de la Sarthe. Ce phénomène de cabanisation visible de part et d’autre de la vallée a lieu notamment dans le secteur de La Guierche.



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