Les dynamiques paysagères de l’agglomération angevine

Exemple d’évolution caractéristique de l’unité sur le secteur sud-ouest de l’agglomération angevine

Dans le cadre de l’analyse des dynamiques paysagères, pour chaque unité paysagère, un secteur particulier est choisi de manière à caractériser, en tant qu’échantillon représentatif de l’unité, une large partie des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Cette analyse s’appuie notamment sur la comparaison des données cartographiques et des photographies aériennes à différentes époques données.


Une installation primitive sur un promontoire rocheux Implantée historiquement sur un promontoire rocheux, la cité médiévale de la ville d’Angers se situe au point de convergence hydrographique du Loir, de la Mayenne et de la Sarthe qui forme la Maine au nord de la ville et de la Loire plus au Sud. La lecture de la carte d’état-major de 1840 montre que la structuration resserrée de la cité médiévale sur la rive gauche de la Maine s’accompagne jusqu’à la moitié du XIXème siècle d’un développement modéré aux abords des axes principaux, ainsi que sur la rive droite de la Maine. La multiplication par quatre de la population entre 1826 et 1896 stimule le développement de la ville vers l’extérieur, dessinant alors les faubourgs de la ville. A cette époque, alors que les remparts de la cité historique ont déjà été remplacés par une ceinture de boulevards plantés, les gares Saint-Laud et Saint-Serge s’installent dans le paysage de la ville, en induisant le développement de nouveaux quartiers vers le sud.

La Maine un couloir paysager majeur
Au milieu du XIXème siècle la Maine présente encore sa configuration de large vallée inondable. Elle se caractérise par une vallée dissymétrique avec un coteau abrupt qui plonge directement dans la rive droite. Sur la rive gauche, de larges prairies (500m) drainées par un réseau de canaux se terminent par une levée plantée d’un double alignement de platanes au pied d’un coteau doux viticole.
La Maine s’écoule ensuite dans la ville rejointe par trois ponts. Les rives sont structurées par des cales et des quais. Des canaux délimitent deux îles dont l’une est urbanisée (actuel bas de la Doutre où se trouvait le canal des tanneurs).
En aval de la ville la Maine traverse de grandes prairies inondables, constituant un vase d’expansion des crues de plus d’un kilomètre carré. L’ensemble est dominé par des coteaux viticoles marqués.


Des paysages ruraux contrastés qui ceinturent la ville
Au sud de la voie ferrée s’étend un paysage horticole qui se décompose en une première ceinture arboricole extensive et une seconde ceinture maraîchère et horticole. L’ensemble s’enchâsse dans une trame bocagère relativement dense.
A l’ouest sur les plateaux du haut de la Maine se développe une trame bocagère dense. Elle se termine sur une série de boisements qui occupent la ligne de crête aux sols plus pauvres. Ce plateau bocager boisé est profondément incisé par la vallée du Brionneau occupée par deux grands étangs : l’actuel étang Saint Nicolas et l’étang qui alimentait le moulin de la Haie (disparu aujourd’hui). La route de Nantes était déjà plantée d’alignements d’arbres.


Les axes historiques structurent les premiers développements de la ville

L’ortho photo de 1958 montre que le développement de l’urbanisation de la première moitié du XXème siècle, qui s’accélère après les années 1950, s’opère en continuité de l’existant avec le prolongement des implantations aux abords des axes historiques et un comblement progressif des espaces interstitiels situés entre ces derniers.
L’après deuxième guerre mondiale accentuera ce phénomène avec l’apparition des premiers grands ensembles (Verneau, Belle-Beille, Montplaisir) et l’implantation des premières zones d’activités telle que celle de Croix-Blanche à l’est de la ville.
Dans le centre-ville, les canaux de la Maine sont comblés et la place de La Rochefoucauld est créée par remblaiement de la rive droite en prolongement de l’ancienne île de la Doutre.
La progression de l’espace urbanisé sur la rive droite s’opère sous des formes assez contrastées. Il apparaît globalement que la diffusion vers le nord-ouest reprend un modèle traditionnel au sein duquel l’axe qui rejoint historiquement Avrillé constitue l’élément structurant du développement urbain. De l’autre côté de l’étang de Saint-Nicolas, l’architecture générale de la formation se veut moins orientée par la présence de l’axe historique qui rejoint Beaucouzé. Ici, un modèle de développement par grappes monofonctionnelles semble s’être imposé. La présence incontournable des bâtiments d’activités, voisine des premiers quartiers de grands ensembles de la ville, prolongée par de vastes zones résidentielles, confirment cette tendance.
En parallèle les infrastructures sont développées : une nouvelle voie ferrée est créée au nord pour desservir la gare Saint-Serge qui s’installe sur une zone remblayée sur les anciennes prairies de la Mayenne. Elle interrompt l’ancienne levée dont il ne reste qu’une petite section plantée au nord. De même, les prairies sont remblayées au sud pour les besoins de la caserne qui s’implante au niveau des nouvelles voies de triage ferroviaire.

Des mutations de l’espace agricole
Au sud de l’agglomération, la poussée urbaine déplace les parcelles horticoles qui se développent par ailleurs sur l’ensemble de la haute terrasse de la confluence. L’habitat s’y étend de manière linéaire au milieu des parcelles laniérées. Seuls les parcs boisés de la côte de Frémur se distinguent.


A l’ouest, la trame bocagère se développe sur l’ensemble du plateau. Les boisements disparaissent sauf ceux qui s’étendent sur les domaines de l’Abbaye de la Haye sur les coteaux du Brionneau, et ceux des châteaux de Mollières et de Guinezert. Le parcellaire viticole se réduit sur le coteau de la Maine pour ne subsister qu’au-dessus des grandes prairies à l’aval d’Angers. Ces dernières sont pour partie drainées par un dense réseau de canaux et valorisées en parcelles maraîchères.
A Noter : L’orthophoto de 2002 (ci-dessus) est pour cette unité spécifiquement analysée pour compléter la lecture de l’évolution des paysages urbains afin de mieux apprécier les changements depuis la réalisation de l’atlas des paysages de Maine-et-Loire (édité en 2002).

L’émergence des paysages péri-urbains
La ville s’étire fortement vers le sud sur les zones maraîchères qui sont de fait repoussées vers la Loire. Ces dernières changent par ailleurs de physionomie avec le changement des modes de culture : développement des tunnels de plastique et des grandes serres de verre qui donnent un caractère plus industriel à ces paysages.


Au cœur de ville, l’urbanisation des bords de Maine se prolonge notamment à l’appui de la nouvelle autoroute qui fige la rive gauche en détruisant notamment les îlots urbains aux pieds du château. Le MIN (Marché d’Intérêt National) et la zone commerciale s’installent sur ce qui reste des prairies de Saint-Serge.
Ce qui marque principalement sur cette période, c’est le développement des nouvelles infrastructures routières périphériques de la ville. De nouvelles liaisons permettent de contourner la ville à l’ouest en s’appuyant sur l’échangeur de Beaucouzé. A l’accroche de ces échangeurs se développent de vastes zones d’activités et le nouveau campus universitaire qui relient les quartiers angevins aux bourgs de la première couronne. Ces derniers s’étendent fortement avec de grandes surfaces pavillonnaires. Le bocage du plateau ouest est à la fois morcelé et enclavé dans les nouvelles franges urbaines, mais aussi distendu par les opérations de remembrement qui accompagnent les nouvelles infrastructures. Avec son changement d’ambiance et d’échelle le paysage péri-urbain apparaît. Les boisements enchâssés dans la trame urbaine deviennent des espaces de loisirs.

L’émergence du quartier Lac de Maine
Dans les années 70, les prairies des Aloyaux sur la rive droite de la Maine en aval d’Angers, sont exploitées en gravières pour financer la création d’un espace de loisirs autour d’un lac. Dans le prolongement, le plateau sportif est créé puis le parc inondable de Balzac. Sur le coteau la vigne laisse place à l’accroche d’un nouveau quartier d’habitat qui se développe dans la trame bocagère du plateau autour du bois de Mollières.


Sur l’autre rive, les constructions de la caserne s’étendent sur tout leur site et les prairies de la Baumette sont aménagées d’équipements sportifs et de la station de traitement des eaux. Avec son extension l’agglomération angevine « consomme » les prairies de la Maine pour composer son paysage d’activités et de loisirs.

La diffusion du modèle pavillonnaire « standardisé » L’ortho photo et la carte IGN de 2013 montrent une diffusion large et accélérée de l’urbanisation de la ville, qui déborde désormais sur les communes voisines, à la rencontre des développements simultanés d’Avrillé, de Saint-Barthélemy-d’Anjou, de Trélazé ou des Ponts-de-Cé. La propagation du modèle pavillonnaire contribue à créer un modèle standardisé qui arpentent désormais les périphéries de la ville, bien que contraint au nord et au sud par la zone inondable et l’économie horticole. Le phénomène est particulièrement marqué au niveau du Val de Maine et du quartier des Pruniers, qui s’étend désormais jusqu’à la RD 102.

La prolifération du modèle pavillonnaire sur les périphéries de la ville contribue à la création d’un paysage urbain « reproductible ». Sa constitution est fondée sur les canons multicritères tels que l’emplacement de la construction au centre de la parcelle, une hauteur du bâti ne dépassant que rarement R+2. Au sud de l’unité paysagère, la rive droite de l’agglomération est particulièrement marquée par la diffusion de ce modèle, notamment au niveau du quartier des Pruniers et de Val de Maine. Il en est de même au sud, pour le développement urbain sur la façade ligérienne.

Des paysages bocagers dont la dynamique d’ouverture se poursuit
Au-delà de l’espace aggloméré, l’espace rural à l’ouest de la ville est particulièrement marqué par un délitement progressif du réseau bocager. Sous la pression de l’arrivée d’infrastructures nouvelles telles que l’A11, et face aux nouveaux impératifs liés à l’intensification de l’activité agricole, le maillage traditionnel des espaces ruraux laisse place à un paysage plus ouvert. La trame de haies résiste encore sur la lisière du bois de Guinezert.

L’optimisation foncière et réappropriation des espaces en friche
Le développement urbain de l’agglomération angevine ne s’est pas réalisé qu’en extension. De manière spontanée ou faisant l’objet de projets urbains d’envergure, de nombreuses constructions ont émergé dans le tissu urbain constitué, participant à l’évolution du paysage urbain.
Ainsi des opérations de renouvellement urbain composent de nouveaux quartiers mêlant habitat, services, équipements commerces et parfois activités sur l’ancienne caserne Desjardins, le quartier de la gare, le quartier Verneau en lien avec toute l’opération urbaine des Capucins et du plateau de la Mayenne.
De la même façon, les anciennes enclaves horticoles de l’agglomération font l’objet d’opérations urbaines qui font la couture entre Angers et les communes de première couronne du sud, quartier Grandes Maisons, les Hauts de Loire, la Monnaie aux Ponts-de-Cé, de la Jolivetterie à Sainte-Gemmes-sur-Loire et la Maraîchère, Grand Bellevue à Trélazé.

Un paysage où le maillage des infrastructures se renforce, donnant une nouvelle lecture de l’agglomération
Cette dernière décennie est marquée par la mise en service du contournement nord de l’agglomération par l’A11 et le renforcement à 2x2 voies de la rocade ouest. Les échangeurs de ces secteurs sont redessinés aux normes de circulation grignotant un peu plus sur les espaces ruraux ou péri-urbains.
Sur chaque échangeur se greffe un nouveau quartier redessinant à une autre échelle les portes de la ville.
Au nord, le plateau de la Mayenne compose un pan de ville reliant Avrillé au quartier Verneau et au parc de loisirs Terra Botanica. Ces derniers se développent à l’appui du tracé du nouveau tramway qui participe par ailleurs, sur le reste de son tracé, à la requalification des espaces publics.


Le vaste échangeur nord-ouest conforte le développement d’une zone commerciale nouvelle génération : l’atoll, dont le premier anneau central à l’architecture soignée vient englober l’ensemble des enseignes dont une partie constituait l’ancienne zone commerciale de la route de Nantes. Cette dernière se vide de fait et devient une friche commerciale qui attend une restructuration.

De même l’espace rural autour de l’atoll est en attente du développement de nouvelles unités commerciales en périphérie de l’anneau central. En parallèle, la zone du campus et de la technopole s’étirent jusqu’au nouveau contournement englobant la frange est de Beaucouzé. Les vergers de l’INRA restent la dernière enclave cultivée dans ce secteur. Même si ce paysage a beaucoup muté en l’espace d’une décennie il est en attente de nouvelles évolutions.

Quelques éléments de prospective par l’analyse du SCoT

Le maintien d’un paysage agricole au sud de l’unité paysagère


De manière à préserver les paysages viticoles des coteaux de l’Aubance qui se positionnent en limite sud de l’unité paysagère, le SCoT du Pôle métropolitain Loire Angers a anticipé dès 2011 la mise en place d’une Zone Agricole Protégée (ZAP) sur les communes de Juigné-sur-Loire, Mûrs-Erigné et Saint-Melaine-sur-Aubance. Le 21 mars 2014, un arrêté préfectoral a créé cette Zone Agricole Protégée qui s’étend sur environ 235 ha. En compléments des limites artificielles que constituent l’A87 et la D748 et des limites naturelles que constitue le vallon de l’Aubance, le classement en ZAP assure la préservation d’un paysage viticole et un arrêt du développement urbain sur ce secteur.
Les principaux secteurs de développement de l’agglomération angevine se situent dans le tissu constitué et représentent donc une mutation ou requalification des paysages urbains existants. Sur les franges urbaines, le SCoT affiche des limites à l’urbanisation qui se traduisent essentiellement par une préservation des secteurs agricoles limitrophes, comme c’est le cas à l’ouest de la RD 775 et de la ville de Beaucouzé mais aussi à l’ouest de Bouchemaine et à l’est de l’agglomération, entre l’A11 et la voie ferrée. Au sud d’Angers, la frange urbaine pourra se matérialiser à long terme par l’émergence d’une voie de contournement. Ainsi, contrairement aux dynamiques observées depuis les années 50, l’évolution des paysages urbains de l’agglomération angevine ne devrait plus se traduire par la poursuite d’un étalement en étoile le long des grands axes de déplacements dont les directions étaient déjà données sur la carte d’État-major, mais par un comblement des interstices urbains, en conservant les séquences paysagères que constituent les multiples vallées angevines.

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