Les dynamiques paysagères de l’agglomération nantaise

Exemple d’évolution caractéristique de l’unité sur le secteur ouest de l’agglomération nantaise

Dans le cadre de l’analyse des dynamiques paysagères, pour chaque unité paysagère, un secteur particulier est choisi de manière à caractériser, en tant qu’échantillon représentatif de l’unité, une large partie des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Cette analyse s’appuie notamment sur la comparaison des données cartographiques et des photographies aériennes à différentes époques données. Ce zoom est représentatif mais non exhaustif des dynamiques vécues à l’échelle de l’unité. Les dynamiques de l’unité qui ne s’illustrent pas à travers cet exemple sont donc détaillées à la suite.

Des implantations urbaines liées aux méandres de la Loire
Indre (Basse et Haute), Saint-Herblain, Chantenay, sont autant d’implantations historiques qui trouvent leur explication par la situation insulaire, rivulaire ou simplement de coteaux de la Loire. Les hameaux agricoles constituaient déjà au XIXème siècle une diffusion bâtie importante et à l’est du zoom, les prémices de l’agglomération nantaise se dessinent.


Le dessin de la Loire et l’émergence de terres neuves
Les méandres de la Loire ont été progressivement aménagés et les îles rattachés aux coteaux, faisant émerger de nouvelles terres de part et d’autre des rives du fleuve. Ces terres dont les paysages sont encore marqués par la présence de la Loire contrastent avec le fin parcellaire agricole environnant. A l’ouest, de Nantes à Haute Indre, les prémices d’une conurbation se dessinent le long de la Loire en lien avec le développement industriel de la ville.

Une diffusion urbaine importante


Saint-Herblain, bourg étagé sur le coteau de la Loire, s’est développé depuis l’après-guerre sous la pression exercée par l’extension nantaise vers la vallée de la Loire, mais surtout le long des infrastructures en allant vers le nord. Le paysage communal est constitué d’une juxtaposition de tissus urbains d’époques différentes présentant relativement peu de continuités de voiries et d’ambiances.
A l’image de l’unité paysagère, le secteur de Saint-Herblain subit une grande pression urbaine depuis les années 60 qui se manifeste par une diffusion de l’habitat sur l’ensemble du territoire. Des bourgs se développent progressivement sur d’anciennes parcelles agricoles. L’extension urbaine se traduit le plus souvent par des zones pavillonnaires. Ces maisons entourées de jardins et en retrait des voies contrastent fortement avec les groupements de l’habitat traditionnel comme les centres bourgs où les hameaux. L’urbanisation de Saint-Herblain a progressivement rejoint celle de la ville de Nantes. La conurbation entre les différentes communes de l’agglomération est récente et rapide. En 1954, l’agglomération (elle ne porte pas encore le nom de métropole) ne compte que deux communes. En 1982, elle s’appuie sur 19 communes.

Un maillage des infrastructures qui influence l’évolution des paysages
A l’appui et en complément du développement urbain, un important maillage routier s’est développé aux abords de la ville de Nantes.
La construction du boulevard périphérique a commencé dans les années 1970 par le périphérique Est entre les actuelles Porte de la Chapelle et Porte d’Anjou. La construction du périphérique ne se poursuivit qu’à la fin des années 1980 pour s’achever en 1994.
Le périphérique nantais a joué un rôle de catalyse du développement urbain et surtout du développement économique. Il ne marque plus que partiellement la séparation entre Nantes et Saint-Herblain. Le pont de Cheviré, inauguré en 1991 et haut de 52 mètres offre un nouveau franchissement de la Loire et fait évoluer sensiblement le paysage de l’ouest de l’agglomération en marquant un nouveau repère majeur.
Le long de la Loire, la D107 rejoint les anciennes îles et construit avec la voie ferrée un couloir reprenant en partie l’ancien lit de la Loire.


Une multiplication des zones d’activités en parallèle aux mutations du tissu industriel Au nord du bourg de Saint-Herblain, la zone d’activités commerciales d’Atlantis s’est progressivement étendue depuis la fin des années 80. Avec plus de 70 hectares à vocation commerciale, la zone est la plus vaste de l’ouest de la France. Les secteurs émergés du lit de la Loire ont connu un développement industriel important, fermant les accès au fleuve, et faisant émerger un paysage caractéristique. Les activités industrielles identitaires de la « ville de fer » ont aujourd’hui disparues (port et les chantiers navals, Raffinerie de sucre, Conserveries, Biscuiteries, Manufacture de tabac…) mais marquent encore l’identité des lieux, notamment à travers des opérations de réhabilitation.
Nantes s’affirme désormais comme une métropole de services majeure. Les sociétés de conseil et assistance (TIC, conseils aux entreprises, médias), les activités financières et les biotechnologies constituent le cœur de développement du secteur tertiaire local. La fermeture ou la délocalisation de certaines activités ont engendré une transition vers un paysage économique commercial notamment en rive gauche de la Loire en situation d’entrée de ville. Les dernières décennies ont connu de nombreux projets de renouvellement urbain sur ces sites industriels, à l’image du secteur du Bas-Chantenay.
Une activité agricole en mutation La ville a tendance à grignoter la campagne. Les nouvelles extensions urbaines peuvent souvent compromettre l’activité agricole en isolant et en enclavant certaines parcelles agricoles. Ces terrains délaissés, deviennent des friches agricoles. Dans les secteurs de vallées, cela se traduit par un renforcement des boisements presque systématique. Dans l’unité paysagère, la part de l’agriculture traditionnelle diminue au profit d’une agriculture intensive qui optimise la production par l’intégration de nouveaux éléments artificiels pour les besoins du maraîchage. Le développement urbain a ainsi repoussé progressivement la ceinture de maraîchage périurbaine, aujourd’hui située en troisième couronne. Des initiatives locales visent à garantir la pérennité des espaces agricoles, de maintenir l’usage agricole des terres et des sièges d’exploitation, et de soutenir le défrichage des terres susceptibles d’être à nouveau cultivées.
Valorisation du rapport à la Loire et de l’invitation au voyage paysager

En 2007, 2009 et 2012, trois événements culturels ont sensiblement marqué le phénomène de patrimonialisation de l’estuaire. Les événements simplement nommés « Estuaire » ont fait l’objet d’une trentaine d’œuvres réalisées in situ, de Nantes à Saint-Nazaire, ponctuant le fleuve et invitant à sa découverte et à une perception nouvelle. Ce projet artistique et culturel avait pour ambition de rapprocher Nantes de Saint-Nazaire en créant un patrimoine commun, dans l’objectif de création de la métropole.
La Serpentine rouge à Indre, le Pendule à Rezé, les Anneaux de Buren à Nantes et les nombreuses autres réalisations, notamment sur l’île de Nantes, sont autant d’œuvres qui interpellent le voyageur et son rapport au paysage. Depuis 2011, le Voyage à Nantes a pris le relais d’une valorisation du paysage, essentiellement urbain, à travers la déambulation et la ponctuation d’oeuvre qui modifient l’espace publique, de manière pérenne ou éphémère.

Un développement d’agglomération à maitriser


La progression de la population de Nantes Métropole sur les 20 dernières années a été deux fois plus rapide que la moyenne nationale. Outre sa capacité d’attraction de nouveaux arrivants, Nantes Métropole peut miser, sur le long terme, sur l’énergie et le devenir d’une population particulièrement jeune, au sein de laquelle 2 habitants sur 3 ont moins de 40 ans. Ce sont les communes situées en deuxième et troisième couronne qui connaissent aujourd’hui la plus forte progression du nombre de logements, et la plus forte évolution des paysages par le biais du mitage urbain notamment. Les collectivités territoriales souhaitent mettre un frein à l’étalement urbain de ces dernières décennies, pendant lesquelles les logements construits ont été essentiellement des pavillons sous forme de lotissements, fortement consommateurs d’espace. Les acteurs de la ville font désormais la promotion de la ville compacte, avec des opérations de maisons en bande ou de petits (compacité, économie des réseaux et voiries…). Les opérations innovantes se multiplient.

La reconstruction de la ville sur la ville

L’un des grands axes d’intervention est aussi de refaire la ville sur la ville.

Il est à noter qu’un certain nombre de cœurs d’îlots verts traditionnels disparaissent actuellement dans le cadre de projets immobiliers de logements collectifs. L’ « échelle humaine » des jardins en cœur d’îlot disparaît alors avec la suppression des jardins, des cheminements piétons intérieurs, des arbres de haute tige (souvent supprimé par la création de parkings sous dalle)…
La conception de certains nouveaux quartiers est parfois refermée sur elle-même, peu intégrée au tissu urbain existant, ce qui ne facilite pas la « greffe urbaine ».


Île de Nantes : un laboratoire du renouvellement urbain Les transformations de l’île de Nantes et le renouvellement urbain des anciens chantiers navals tiennent une place à part dans l’évolution récente des paysages de l’unité. A l’appui du Plan Guide d’Alexandre Chemetoff, la période 2000-2010 a marqué une évolution radicale du paysage de l’ouest de l’île de Nantes. Basé sur des principes de valorisation du patrimoine industriel et maritime ainsi que sur une reconquête de l’espace public, c’est à la fois une nouvelle centralité et un nouveau paysage identitaire qui ont émergé.
Euronantes / Malakoff : vers une plus grande ouverture sur le fleuve
Nouveau quartier d’affaires de l’agglomération, situé en centre-ville, à proximité de la gare, Euronantes se veut à terme un quartier de mixité fonctionnelle. C’est dans cet objectif que la plupart des opérations immobilières sont mixtes : logements, hôtellerie, services et commerces y sont combinés. Le quartier de grands ensembles de Malakoff a observé une mue urbaine importante associant requalification des bâtiments existants, opérations de démolition/reconstruction, aménagement des espaces publics et surtout ouverture du quartier.

Un paysage qui évolue avec le développement des réseaux de transports en commun

Au cours du développement du réseau contemporain de tramway, ce moyen de transport est devenu un vecteur essentiel de l’urbanisme nantais. Les lignes de tramway constituent un trait d’union entre les quartiers. Il est vecteur de transformation du paysage en réintroduisant une nouvelle animation. Toutes les lignes, n’ont pas bénéficié du même accompagnement par le traitement de l’espace public.
Le tramway permet de réhabiliter l’espace public, afin d’améliorer la qualité urbaine et privilégier les circulations piétonnes au détriment du transit automobile, par exemple sur le cours des 50 otages. Il est aussi utilisé pour structurer la création de nouveaux quartiers et de manière plus classique pour créer des « corridors de densification urbaine ». Enfin, le tramway est utilisé comme un outil de la politique de la ville, au titre du désenclavement des quartiers en difficulté.

La disparition du paysage viticole

De façon générale, l’activité viticole a diminué sur la plupart des communes de l’unité, voire complètement disparue aux portes de l’agglomération. Néanmoins, sa part reste stable dans les communes au sud, comme par exemple la commune de Saint-Léger-les-Vignes.


Source bibliographique

  • VU D’ICI, AGENCE ROUSSEAU, ALTHIS, AQUALAN. Atlas des paysages de Loire-Atlantique. DREAL des Pays de la Loire, DDTM de Loire-Atlantique. 2010

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